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LA COUR DE VIENNE ET LES UÉCLAMATIONS DES L'MS

Catholiques; il leur parle aussi d'honneur, de gloire, pour les flatter et pour obtenir davantage. » De Vienne on écrivait à l'Électeur de Mayence : « La ligue catholique est loin d'être de force à se mesurer avec l'Union, et il est impossible de compter sur des secours étrangers-, le Pape n'est qu'un vieillard débile; le roi d'Espagne ne parvient même pas à soumettre ses sujets rebelles, à plus forte raison ne pourra-t-il rien faire en Allemagne; bien plus, il vient de conclure avec les Provinces-Unies une trêve humiliante. La couronne de France a bien assez à faire avec les Calvinistes, la Pologne avec les rebelles qui troublent continuellement le royaume, avec les Moscovites et les Suédois; les princes d'Italie ne sont occupés qu'à défendre leur propre sécurité. Les Unis, au contraire, sont en bonnes et confiantes relations avec les Turcs et les pays héréditaires ; ils sont alliés aux États-Généraux, à l'Angleterre, à la Suisse; relativement à eux, les membres d'Empire catholiques et l'Empereur sont extrêmement faibles. Mathias pourrait très bien avoir la main forcée, et alors c'en serait l'ait de la religion catholique en Allemagne. Les membres catholiques feraient donc bien de se rapprocher des Protestants, surtout au sujet de la Réserve ecclésiastique, contre laquelle ces derniers n'ont cessé de protester; du reste, cette loi n'a jamais été appliquée, puisqu'on a laissé les Protestants dans la tranquille possession des évêchés. Il semble donc sage de concéder à son souverain actuel l'évêché de Magdebourg et d'accorder aux autres évêques protestants le siège et la voix aux assemblées d'Empire; il faudrait aussi« modifier »la paix de Religion dans le sens où les Unis le souhaitent. Si l'on prend le parti contraire, il faut s'attendre à la dissolution; alors la justice cessera de fonctionner, et l'Empire périra infailliblement. Voici sur la situation actuelle l'opinion des théologiens les plus éclairés : Si la voie qu'on suit actuellement doit procurer à la religion catholiqueplusdemaux que d'avantages, il serait criminel de s'y obstiner, car très certainement ce serait un plus grand malheur de voir les Turcs et les hérétiques envahir et persécuter l'Allemagne et la foi catholique, que de consentir à faire aux Protestants de sages concessions ^. »

L'archevêque de Mayence, prélat d'un caractère timoré, ennemi par nature de toute entreprise belliciueuse, n'avaitfait jusque-là que trop de concessions -. Mais ses illusions étaient tombées, et il en était venu à la conviction « que toutes les compositions avaient même refrain, et que c'était toujours aux Catholiques à en payer

» WoLF, t. III, pp. 331-3:^2. 337-340.

* Par exemple en 1607. Voy. plus haut, p. 311.

l'ÉLRCTEUR de MAYENCE contre les réclamations des unis. 1612. 689

les frais ». « D'ailleurs, »disait-il à un conseiller deTrancFort, « on ne peut ajouter foi aux promesses des calvinistes; si aujourd'hui on leur accorde un doigt, demain ils en voudront trois, bientôt la main, puis enfin le bras, pour en frapper rudement l'imprudentqui se serait fié à leurs paroles. » « Les Luthériens, »ajoutait-il, « n'ont pas moins de raisons de se méfier d'eux que les Catholiques. Je leur conseille de se rappeler le passé, et ce qui leur est advenu toutes les fois que les Calvinistes ont eu les dés en main, notamment en Hesse ^. Avec les réformés, aucune parole donnée, aucun titre d'ancienne amitié ne met à l'abri des surprises : une promesse solennellement signée et scellée nedonne pas desécurité. »« La. cour impériale s'efforce d'obtenir la dissolution de l'Union et de la ligue catholique : ces ligues, dit-elle, font courir de grands dangers au Saint-Empire. Le mal qu'elles font saute en effet aux yeux de tout le monde; le mieux serait que des deux côtés on se fît de loyales promesses, et que ceux-là commencent à dissoudre qui ont premièrement établi, et qui ont forcé les Catholiques à se mettre sur la défensive. Gela est juste, mais que les Catholiques, comme on le leur propose, renoncent à leur ligue au moment où la Diète va s'ouvrir, où leurs adversairess se fortifient et conspirent avec l'étranger, c'est un projet absurde plus qu'on ne saurait dire ; je ne puis ni l'appuyer ni le conseiller; j'agirais bien plutôt dans le sens contraire, et de toutes mes forces; et cela non pour provoquer de nouveaux troubles, non parce que je convoite le bien d'autrui, mais uniquement pour maintenir nos droits, pour conserver du moins ce qui est encore à nous -. »

« De tout temps, » écrivait encore l'Électeur à Klesl, « j'ai tenu les ligues particulières pour dangereuses et funestes; pour ma part, j'ai fait tous mes efforts pour rester dans l'observation stricte des lois de l'Empire, des articles delà paix religieuse et civile, et je n'ai pas de plus grand désir que de voir l'Empereur, par un gouvernement ferme et sage, rendre un peu de sécurité aux membres catholiques, ecclésiastiques et laïques. Mais nos adversaires, par leur confédération, ont fourni le premier prétexte à la « sécession »; ils se sont unis aux ennemis de l'Église Catholique et de l'Empire ; ils ont même fait alliance avec les Turcs et les Tartares ; il ressort de leurs actes et do leurs écrits qu'ils sont déterminés à détruire lo Catholicisme, à renverser la constitution, à ruiner la Maison de

* Voy. plus haut, pp. 528 et suiv.

- * Mémoires du conseiller de Mayence von Essern, 13 juillet 1013, communiqué par Böhmer.

G90 l'kLEGTKUR DK MAYRNCK CONTRK LKS Hl'CLAMATlO.NS DES UMS. 1612.

Habsbourg. Chacun sait qu'ils n'ont plus aucun respect pour la Majesté impériale, (pie, par leur faute, la justice ne fonclionne plus, (jue les lois ne sont plus obéies, que robslinalioii, la déloyauté, la duplicité, la ruse oot pris chez eux de telles proportions qu'on ne peut se lier ni à leurs assurances les plus solennelles, ni aux traités conclus, ni à leurs lettres et à leurs sceaux, pas même à leur foi jurée, car tout cela, selon l'abominable doctrine de Machiavel, peut et doit disparaître devant ce qu'ils appellent la raison d'état*. Vous savez combien il me serait facile de vous en fournir des prouves, tirées d'événements récents. »

« Nous autres Catholiques, » disait encore Schweikart, u nous avons perdu la plus grande partie de ce qui nous appartenait par un excès de confiance et de crédulité; ce qui nous reste est en péril; dans un tel,état de choses, que les membres catholiques pacifiques et fidèles se laissent ravir, avec leurs territoires et leurs sujets, leur foi et leur culte; qu'ils se soumettent sans mot dire au bon plaisir de leurs ennemis, ce serait une faiblesse qui n'aurait aucune excuse devant Dieu, et la postérité ne nous absoudrait point d'une telle lâcheté. Puisque les membres catholiques ne peuvent obtenir aucune sécurité par les voies régulières, personne ne s'étonnera de les voir se préparer à la guerre pour une défense devenue indispensable, car ils doivent sauver leur culte, leur liberté; ils ont le droit de jouir en paix de tous les bienfaits de l'Empire dans une obéissance fidèle à l'Empereur. Ils doivent obtenir justice, et pour eux et pour leurs sujets. Or voilà toute la raison d'être, voilà toutlebutde la ligue catholique. Quant à l'Électeur de Saxe et autres membres pacifiques de la Confession d'Augsbourg, je crois et j'espère, me fondant sur la loyauté de leurs actes et de leurs résolutions précédentes, qu'ils ne changeront point de manière d'agir. D'ailleurs Klesl sait depuis longtemps qu'on ne peut faire aucun fond sur les bonnes paroles de nos adversaires toutes les fois qu'il s'agit de religion ou des choses qui en dépondent, surtout quand ils convoitent ce qui esta nous. De plus, tout le monde sait avec quel zèle, quelle habileté, à l'aide de quels mensonges on cherche à exciter contre nous les princes fidèles à l'Empire, et en premier lieu l'Électeur de Saxe, dont le crédit et l'autorité ont maintenu jusqu'ici l'équilibre entre les deux partis. Si les Unis réussissent à gagner la Saxe, la Maison d'Autriche et les princes catholiques sont en grave péril; il faut donc qu'ils se décident à s'armer pour leur défense, et qu'ils ne viennent

'tt... Scd liœc omnia ad quamvis occasionem ex deleslanda Machicvelli doctriiia rationi status, ut vocant, sedere cogantur. »

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