CHAPITRE IX
TROUBLES ET SÉDITIONS (1614-1616). LES ÉTATS-GÉNÉRAUX SOUVERAINS MAITRES DANS l'eMPIRE
Tandis que l'Empereur perdait toute autorité dans ses terres liéréditaires, des lueurs sinistres, brillant çà et là dans plusieurs territoires de l'Empire, faisaient présager un prochain et général incendie.
Dans les pays de Juliers-Glèves les « princes possédants », c'està-dire l'Électeur de Brandebourg et le comte de Neubourg, vivaient en fort mauvaise intelligence. A la cour de Neubourg, on crut un moment obtenir la réconciliation et la paix par le mariage du comte palatin Wolfgang-Guillaume avec une des filles de l'Électeur Jean- Sigismond; ce prince parlait de renoncer en faveur de sa fille à la succession de Juliers; mais le mariage n'eut pas lieu; Wolfgang- Guillaume épousa, en 1613, Madeleine, sœur du duc Maximilien de Bavière; quelques mois auparavant, il avait abjuré le Protestantisme. L'Électeur de Brandebourg, en cette même année, s'était fait recevoir dans l'Église calviniste •.
A Düsseldorf, oiî le comte palatin vint s'établir, les partisans du Brandebourg firent subir mille avanies au jeune couple. Quand la princesse palatine assistait à l'office catholique, on tirait du dehors sur les fenêtres de sa chapelle 2. « Je suis informé par les gens que j'ai donnés à ma sœur pour l'accompagner, » écrivait l'archevêque Ferdinand de Cologne le 27 janvier 1614 à son frère Maximilien, « que déjà les factions s'agitent, que, jusque dans le château, les serviteurs se querellent, les uns criant : vive le Brandebourg, les autres : vive Neubourg ! et qu'ils se jettent les flambeaux à la tête; c'est là un fort mauvais présage. » Il n'était pas rare que les gardes du corps des deux princes en vinssent aux mains ^.
• Voy. plus liaut, pp. 640 et suiv.
* Schreiber, Majcimilian, p. 270.
3 WoLF, Maximilian, t. III, p. 531, note.
LES HOLLANDAIS APPELÉS DANS l'eMPIRE. 1614.
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Maximilien et Ferdinand ne cessaient d'exhorter leur beau-frère à la modération, lui rappelant que, dans le cas d'un sérieux conflit, il n'aurait pas grand'chose à attendre des puissances catiioliques. Ferdinand écrivait à son frère : « Je suis absolument du sentiment de Votre Grâce quant à la prudence que doit avoir le comte palatin. Je lui ai dit, écrit et conseillé les mêmes choses que vous me dites; s'il est au monde un homme qui abhorre la discorde et la guerre, c'est assurément moi, et j'ai suffisamment payé à mes voisins le prix de mon apprentissage. Mais, soit dit en toute confiance, on n'est pas toujours disposé à suivre les bons conseils de ses amis. Dans l'entourage du comte, on le presse d'agir, on lui persuade que les Catholiques ne manqueront pas de l'aider et de prendre parti pour lui. Mais lorsque je pense à la mollesseavec laquelle l'Espagne a jusqu'à présent défendu sa propre cause ; lorsque je vois la France bien plus occupée de ses intérêts que de, ceux des autres, la timidité du Saint-Père et sa répugnance à tirer l'argent de son escarcelle; lorsque je réfléchis à notre propre conduite, à nous, catholiques allemands, qui montrons pour nos intérêts une ferveur telle qu'il ne faudrait pas s'étonner si nous étions complètement gelés quelque jour, je ne puis comprendre comment Woligang espère sortir de ce labyrinthe, surtout si c'est lui qui donne le signal de la guerre *. »
« Le signal » vint du Brandebourg. Pendant une absence de Wolfgang-Guillaume, les partisans de l'Électeur tentèrent de s'emparer de Düsseldorf (27 mars 1614). Leur entreprise ayant échoué, le gouverneur du Juliers pour le Brandebourg appela les Hollandais à son secours p(»ur mettre dehors les troupes de Neubourgen garnison dans la ville. Les Hollandais s'empressèrent de répondre à cet appel, et s'emparèrent de la citadelle, de Juliers, Georges-Guillaume transféra sa cour à Clèves, et se mit à enrôler des soldats. « Si tout va de mal en pis en Allemagne, » disait le docteur Mathieu Wacker, « c'est la faute des Hollandais. Bien que jusqu'à présent je me sois toujours déclaré leur ami, bien que Je sois l'admirateur de leurs brillants faits d'armes, je ne puis assez détester l'impudent orgueil avec lequel ils traitent l'Empereur et l'Empire, je ne puis leur pardonner leurs envahissements et leurs attentats. En s'emparant du Juliers, ils viennent de jeter un insultant défi à Sa Majesté Impériale aussi bien qu'à tout l'Empire -. »
Comme les Hollandais, non contents de s'être emparés de Juliers, avaient envahi tout le pays, comme on pouvait craindre que, presque sans coup férir, ils ne fissent la conquête des archevêchés et
* WoLF, Maximilian, t. III, pp. 556-557.
* Archivium Unito-Protestantium, pp. 41-42.