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L'ART ET LES ARTISTES SOUS « LE NOUVEL EVANGILE

écrits et prédications contre les briseurs d'images (1552-1553), il blâme ceux-ci d'avoir prétendu, pour excuser leur conduite, que les images et les statues sont adorées par les fidèles :« Les papistes pourraient te répondre que tuas perdu l'esprit! Comment peux-tu les accuser d'adorer la pierre ou le bois? » i Gomment, « diraient-ils, oses-tu nous reprocher d'adorer des images? Peux-tu lire dans notre cœur, peux-tu savoir si nous les adorons ou si nous ne les adorons pas? » « A cela, tu n'aurais rien à répondre! » a J'espère que personne ici n'est assez grossier, assez imbécile pour aller s'imaginer que ce crucifix, c'est mon Christ et mon Dieu! Tout le monde sait très bien que je le tiens seulement pour un signe qui me fait souvenir du Seigneur Jésus et de son amère passion. Mais la première et principale raison pour laquelle il vaut mieux s'abstenir entièrement des images, c'est que, dès qu'un chrétien en a fait placer quelqu'une dans une église, il se persuade qu'il arendu un grand service à Dieu, qu'il lui est agréable, qu'il a fait une œuvre pie, qu'il a mérité quelque récompense du Seigneur, ce qui est pure idolâtrie. Or, de celle-là, le monde est plein. Et qui voudrait mettre une image de bois, à plus forte raison d'argent ou d'or, dans une église, s'il ne pensait rendre par là service à Dieu? Croyez-vous que les princes, les évèques et autres illustres pitres commanderaient tant de précieux ouvrages d'argent et d'or pour les églises et les couvents, s'ils n'espéraient en être récompensés un jour? Allez! ils ne s'en soucieraient guère ! » Luther voulait que l'on n'attachât aucune importance aux images, et que l'on ne crût pas rendre service à Dieu en en faisant présent aux églises : « Si nous nous défaisons de ce préjugé, » disait-il, « les images s'en iront d'elles-mêmes, et l'usage s'en perdra'. » Cinq ans après, il ajoutait, dans son Commentaire sur le premier commandement : « Si tout le monde était bien convaincu que. devant Dieu, rien ne peut nous aider sinon sa grâce et sa miséricorde, on n'aurait plus aucun besoin d'images, et chacun les mépriserait, car on se dirait : Puisque ce n'est pas faire une bonne œuvre que d'offrir des images à Dieu, que le diable en fasse faire si cela lui plaît! Je garderai dorénavant mon argent, ou bien je l'emploierai à quelque chose de plus utile -. »

Cette doctrine ne fut que trop fidèlement obéie; on épargna souvent, dans les temples de confession luthérienne, des tableaux et des œuvres d'art, mais on ne commanda plus rien aux artistes. Partout où le dogme de la foi sans les œuvres était reçu, ce que Luther avait prédit se vérifiait. « On ne fonderait pas longtemps d'éghses, on ne

1 Sàmmtl. Werke, t. XXVIII, p. 22.5-229,309-310. Voy. aussi la lettre du 25 avril 1522 au comte Louis de Slolberg, De Weite, t. II, p, 188. î Sàmmtl. Werke, t. XXXVI, p. 50.

sculpterait plus d'autels, on ne commanderait pas d'images, » avaitil répété, « si l'on ne croyait rendre par là service à Dieu '. >

Au moyen âge, l'architecture religieuse, grâce à la foi vive et à la libéralité du peuple chrétien, avait créé les plus sublimes chefsd'œuvre, et dominé lart de construire : dans tous les territoires protestants, elle prit le second rang. Non seulement on n'éleva plus de nouveaux édifices religieux, mais beaucoup restèrent inachevés; d'autres furent démolis. Le nouvel évangile n'en avait plus besoin; les pierres destinées au saint lieu servirent à bâtir des châteaux, des demeures princières -, un grand nombre d'églises furent appropriées à des usages profanes. A Ulm, dès 1519. la construction de la cathédrale fut interrompue; la chapelle Saint-Valentin devint le marché aux graisses ; cependant défense fut faite « de jouer aux boules, de se battre dans le cimetière attenant à l'église, d'y déposer des ordures, et de jeter des pierres dans les verrières ' » . A Brunswick, aussitôt que la ville eut adopté la doctrine de Luther, la construction du clocher de l'église Saint-André fut arrêtée * .

Avant la révolution religieuse, les artistes et les artisans d'art avaient eu amplement de quoi vivre, grâce à l'ardeur de construire qui s'était emparée de tous, grâce à d'innombrables commandes de tableaux, de menuiserie d'art, d'ouvrages d'or et d'argent, de précieux bijoux, de meubles d'église et de riches ornements. Les grands, les riches bourgeois, les corporations, les confréries, les chrétiens fervents de toute condition avaient tenu à honneur de contribuer à l'ornement du lieu saint. « Ce beau zèle a passé de mode, » écrit un contemporain (1524). « Loin de songer à bâtir et à orner des églises et des couvents, on les détruit, de sorte que bien des mains restent oisives. » « Les beaux-arts ne sont plus en honneur, on n'en a plus grand besoin \ »

Artistes et artisans se plaignaient amèrement de cet état de choses. Ils accablaient Luther de reproches. Hans Sachs se fit l'interprète de leurs griefs :

Il réprouve la construction des églises et leur belle parure, Il n'a point l'esprit de sagesse !

Mais, au dire des Luthériens, les lamentations des artistes étaient « impies », et Jésus-Christ les punirait au jour de sa justice.

> Sämmtl. Werke, t. XV, p. 518.

* Par exemple à ^Yeima^ et à Güstrow. Voy. Lish, lalirbucher, t. III, p. 59, et t. V, p. 15, note 2; t. XXIII, note 1, p. 51. A Schleswig, Wiburg, etc., dix grandes églises au moins furent détruites (Po.nteppidax, Annales, t. III, p. 34).

3 Pressel, Ulm und sein Miinsler, p. 114, 115.

* Voy. Gesch. der deutschen Kunst, t. I, p. 288.

5 Glos und comment uff. LA'A'A' artickeln und Ketzerchen der Lulerischen, etc. (Strasbourg, 1524), f. K^.

Fondeurs de cloches et facteurs d'orgue, Batteurs d'or et eiilumineurs.

Miniaturistes, orfèvres et sculpteurs sur hois. Chaudronniers, peintres sur verre et brodeurs, ISlaçons, charpentiers, menuisiers.

Tout ce monde se plaint de Luther !

Seigneur, nous attendons ta sentence!

Jésus-Christ la prononce : Ceux qui gémissent tant et qui accusent de leurs maux la doctrine de Luther, ont tort de se préoccuper d'un avantage temporel, comme font les païens ; ils doivent chercher avec allégresse le royaume de Dieu; alors le nécessaire leur sera donné par surcroît, au lieu que, dans le cas contraire, ils auront l'enfer pour salaire '.

Mais dautres plaintes se font bientôt entendre; Hans Sachs fait parler les « muses » . Autrefois, < disent-elles, » les arts étaient en honneur en Allemagne, jeunes et vieux en faisaient grand cas; nombreux étaient ceux qui s'adonnaient aux sciences. Les libres artistes, les ouvriers habiles ne pouvaient se compter. Maintenant, au contraire, les arts sont méprisés; on ne se soucie plus que du bien-être. On ne pense plus qu'à s'enrichir, à dominer les autres, ou bien à les éblouir par son faste.

Vois comme l'usure et la fraude

S'étalent sans pudeur parmi nous!

Celui qui a de l'argent, celui-là a tout ce qu'il veut!

Aussi l'art ne compte-t-il plus pour rien !

Et nous? nous faudra-t-il donc mourir de faim

A cause de la folie de ce peuple?

Eh bien, non! Nous quitterons l'Allemagne !

Qu'elle se passe d'artistes et de savants - !

Le critique d'art protestant '^' alter Rivius, de Nuremberg, exprimait les mêmes regrets en 1548. C'était pitié, selon lui, de constater que non seulement les artistes de talent n'obtenaient pas la considération qui leur était due, mais qu'ils ne parvenaient pas même à gagner le pain de chaque jour. Rivius, lui aussi, en donnait pour raison que l'amour de l'argent, l'usure et la fraude avaient si bien pris la haute main et s'étalaient si eifrontément au grand jour que, non seulement les beaux-arts étaient regardés comme un stérile embarras, mais quïls étaient avilis et tournés en ridicule -. A peu près à la même date, un autre protestant, Henri Vogtherr, dans la préface

' Voy. Weller, Hans Sachs, p. 118-120.

* Hans Sachs, t. IV, p. 124-127. Voy. ?a complainte de lo58, t. VIII, p. 615.

3 Rivius, Vitruv (éd. de Bàle de 1614), p. 4ü-46, 181, 369.

de son Petit Manuel d'art, avouait qiie^ depuis la prédication du nouvel évangile^ les arts dépérissaient tous les jours davantage. « Dieu, » dit-il. « par une singulière disposition de sa sainte parole, a permis de nos jours, dans toute la nation allemande, une notable dépréciation et interruption des beaux-arts, de sorte que beaucoup d'artistes ont de justes motifs pour les abandonner, et se tournent vers des occupations plus lucratives. Aussi faut-il s'attendre à ce que, d'ici à quelques années, très peu de gens s'adonneront encore à la peinture ou à la sculpture'. » « A Bâle, en 1526, les peintres représentèrent au conseil combien leur situation était précaire ; ils manquaient d'ouvrage et ne parvenaient pas à soutenir leur famille. De plus, les colporteurs leur faisaient un tort considérable en vendant de fausses barbes et des masques au temps du carnaval, privilège qui jusque-là leur avait été réservé*. Le célèbre peintre de Berne, Nicolas Manuel, prit du service pour être en état de faire vivre les siens ^

« Comme il fallait de toute nécessité nourrir femme et enfants, comme on ne commandait rien aux peintres, et que très peu achetaient leurs ouvrages, » dans les villes, bien plus sévèrement quautrefois, la concurrence fut interdite aux artistes du dehors, et la libre expansion de l'art fut arrêtée. A Ratisbonne, par exemple, le peintre Georges Büheim, qui n'avait pas droit de cité, reçut, à la vérité, l'autorisation de peindre le monument funèbre de Sébastien Schilter, mais à la condition de n'entreprendre aucun autre travail''. A Mathias Kager qui demandait à s'établir à Augsbourg, on ne permit que la peinture à fresque, et non la peinture à l'huile ^ Les peintres de Brieg. ne trouvant presque plus rien à faire, ol)tinrent du conseil que trois d'entre eux seulement seraient autorisés à travailler dans la ville'''. Beaucoup de familles d'artistes renommés, celle, par exemple, de Hans Burkmaier, tombèrent dans la misère'. Michel Ostendörfer, peintre et sculpteur de grand talent, vivait à Ratisbonne dans la plus lamentable pauvreté. Le conseil rétribuait si peu ses tableaux qu'à peine avait-il de quoi acheter les couleurs, l'huile et la toile qui lui étaient nécessaires. Il fut et resta toute sa vie « le pauvre Michel, Michel le besogneux ». « Si vous pouviez, mes bons seigneurs, i> écrivait-il un jour aux conseillers, « me faire envoyer un muid de

1 Kunstbüchlein, préface. Strasbourg, lo4.5. - WoLT.MANN, Holbein, t. I, p. 340.

^ Gruneisex, p. 89.

♦ Gd.mpel2hai.\ier, t. II, p. 980. 5 RÉE, p. 83.

* Zahn, lahrbücher, t. Il, p. 3Ö6. Si l'on veut, en consultant plus de documents, savoir à quel point le libre exercice de l'art avait été restreint, voir A.xdresen, t. II, p. 211; Rée, p. 83-84; Merlo, Meister der alteolnischen Malerschule, j>. 220.

' Voy. V. LuTZOW, Zeitschrift, t. XIX, p. 399.

farine^ vous me feriez un singulier plaisir, et par cette bonne œuvre vous aideriez grandement mon travail! » C'est à sa misérable situation, au chagrin quil éprouvait de voir ses ouvrages peu appréciés, qu'il faut attribuer les écarts de conduite qu'on lui a si souvent reprochés'. A Francfort, le peintre et graveur sur cuivre Jérôme "Wannecker, tombé dans la misère et réduit au désespoir, se pendit*. L'influence de la révolution religieuse sur l'art allemand est surtout sensible dans la vie d'Holbein le jeune. En 4326. resté jusque-là fidèle aux traditions, à l'idéal catholique, le grand artiste peignit avec la plus tendre dévotion l'immortel tableau connu sous le nom de Madone du bourgmestre Jacques Meijer, qui représente la Sainte "Vierge, la Mère de miséricorde étendant son manteau sur ceux qui l'implorent à genoux ^ Ce fut son dernier tableau religieux, et c'est aussi l'un des derniers chefs-d'œuvre de l'art allemand au seizième siècle. A Bàle, où habitait Holbein, la révolution religieuse avait paralysé tout élan, tout intérêt pour les arts. Il reçut l'ordre de laisser inachevées les admirables fresques qu'il avait commencées pour l'hôtel de ville *. Obligé de soutenir sa famille, il dût se résoudre à accepter de vulgaires besognes. Voyant qu'en dépit de tous ses efforts il ne parvenait pas à se suffire, il se décida à partir pour l'Angleterre, « où les arts gèlent, » écrivait Erasme en 1326 en le recommandant à l'un de ses amis d'Anvers. En 1328, Holbein revint à Bâle, et ce fut l'année suivante, le mardi gras, qu'eut lieu dans la cathédrale l'effroyable brisement d'images dont nous avons parlé. Plusieurs tableaux du maître furent détruits en cette néfaste journée. Le nouveau règlement religieux édicté par le conseil portait au sujet des images : « Dieu maudit quiconque façonne des idoles. » C'était donner au grand artiste peu d'espoir d'obtenir de nouvelles commandes. On lui permit cependant de terminer les fresques de l'hôtel de ville; puis on le chargea de repeindre le « Laienkönig » , figure burlesque qui surmonte la grande horloge de la porte du Rhin. Ce fut tout. Holbein, resté sans travail, se vit forcé de partir une seconde fois pour l'Angleterre ' et il ne revint pas, bien que le conseil de sa ville natale eût fini par lui promettre de s'occuper da-

' Voy. ScHrEGR.\F, p. 8-76. Les détails concernant l'autel de l'église paroissiale et la manière dont il fut exécuté offrent le plus grand intérêt (p. 34-43). Voy.

GUMPELZH.\I.MER, t. II, p. 893.

- Kirchner, Gesch. von Frankfurt, t. II, p. 460.

^ Voy. C. vox LvTzow, dans la Chronik fur ver fiel f'àltig ende Kunst, 1888, n» 1 . Cette œuvre magistrale ne peut avoir été exécutée à une date antérieure à 152 ;. Voy. E. His, dans les Inhrbiicherde Zah.v, t. III, p. Ib".

* Voy. AVoLTMAxx, Holbein, t. I, p. 293-302.

5 « C'est ainsi que l'Allemagne perdit le plus grand peintre d'histoire qu'elle ait jamais produit, et cela faute d'avoir su employer son génie, » dit Ianitschek, Geschichte der deutschen Kunst, t. III, p. 463.

vantage de lui, et de lui fournir les moyens de nourrir sa femme et ses enfants. Henri VIII l'attacha à sa cour et le chargea de faire son portrait^ celui de ses courtisans et de ses femmes. On ne trouva point d'autre emploi à ce grand génie. Holbein se chargeait, outre cela, de menues besognes artistiques; il peignit des crédences et des horloges, des gardes d'épée, etc. A sa mort, il ne laissa qu'un cheval, quelques effets^ et des dettes. Il léguait de tristes exemples aux artistes de son pays, car il avait abandonné sa femme et ses enfants, qui ne sont pas même mentionnés dans son testament; il n'y est question que des deux enfants qu'il avait eus hors mariage en Angleterre. Ceux-ci, après la vente des pauvres effets de leur père, après le payement de ses dettes, obtinrent de la cour une pension mensuelle de sept schellings six pence ' .

Ainsi mourut, loin de sa patrie, un des plus grands artistes de l'Allemagne.

L'ancienne Église avait été la mère et la nourrice des arts : la nouvelle Église ninspira aucune œuvre religieuse d'une réelle valeur. Lucas Cranach, « le grand peintre du saint Évangile, » a composé un grand nombre de tableaux où il s'efforce de rendre intelligible le dogme luthérien de la justification sans les œuvres; mais, à leur sujet, à peine s'il peut être question d'art-. A partir de la seconde moitié du seizième siècle, c'en est fait de l'art religieux dans l'Allemagne protestante ^ On eut une fois de plus l'occa-

' WoLTMA.vN, t. II, p. 358-360; Gri.um, Kdnsller und Kunstwerke, t. II, p. 129. W. A. Becker e.\cuse comme il suit la conduite d'Holbein envers sa famille ; « Quand on étudie le portrait qu'il nous a laissé de sa femme et de ses enfants (la femme sans cliarme. l'air revêche, les yeux rougis, la fille sans beauté, et le jeune garçon déjà soucieux et chagrin), on comprend qu'il ait paru impossible à Holbein d'introduire cette femme dans le cercle de ses relations de Londres, sans compter qu'il devait désirer écarter de sa nouvelle sphère d'action les orages de la vie conjugale! «

- Sur ce point, la plupart des historiens de l'art protestant sont unanimes. Voy. Rosenberg, p. 23; Waagen, Malirci, t. I, p. 249-252; Woltmann, Deutsche Kunst und Reformation, p. 2o-26. Le mot d'ordre donné aux artistes était : » éclaircir le rébus de la pensée «(Lindau, p. 239-240). — La Chute de Z'/iomine, de Cranach, était accompagnée d'un texte explicatif collé au bas de la feuille (Schuchardt, t. III, p. 200. Voy. t. II, p. 107-109). Les grandes compositions exécutées par Cranach pour les églises paroissiales de Wittenberg et de Weimar manquent absolument de profondeur et d'originalité, ce sont des œuvres didactiques; elles mettent en relief des vérités doctrinales, mais rarement on y découvre une physionomie éclairée par la foi et l'amour (Leexer, p. 231). « Cranach »,dit Schnaase {Kunsblatt, 1849, p. 14), « laissait, il est vrai, en disparaissant, une école, mais une école stéréotype, dont toutes les productions ressemblaient à celles du maître ; àl'époque où la rupture avec l'ancienne tradition éclatait à tous les yeux, époque que l'on peut appeler celle de l'art protestant proprement dit, l'art du moyen âge n'était plus qu'un arbre dépouillé par les orages de la révolution religieuse ; Cranach et Holbein en avaient emporté les derniers rameaux dans la tombe (Lindau, p. 122-123 **. Voy. aussi Janitchek, Gesch. der deutschen Kunst, t. III, p. 493).

^ « Les confessions séparées, issues du mouvement réformateur, n'eurent point

sion de constater que l'art est intimement lié à la vie générale d'un peuple, qu'il en est le fidèle miroir. Sans parler d'autres raisons de sa décadence^, on peut dire que l'art religieux était condamné d'avance à un dépérissement lent, mais certain : car pendant les longues discordes religieuses^ un poison mortel lui avait été inoculé.

Autrefois, il avait été l'interprète des sentiments les plus purs, les plus élevés ; il avait soulevé l'homme au-dessus de l'angoisse terrestre pour lui annoncer « le joyeux message de l'éternité »; il avait accru la ferveur^ contribué à la sanctification des âmes; « comme un noble tils du ciel, » il avait prêché la paix; maintenant^, entraîné dans le tourbillon farouche des haines confessionnelles;, il était devenu le serviteur du démon de la haine et de l'injure.

d'art. La conlro-révolution catholique fit preuve de plus de force créatrice. C'est grùce à elle qu'un mince filet d'eau vive continua de couler ; le Protestantisme ne connut rien de semblable » (Woltmann, Deutsche Kunst und Reformation, p. 37). a Un étroit préjugé confessionnel peut seul nier que l'art allemand, surtout l'art plastique, fut plus florissant avant la Réforme qu'après. Pendant près de deu\ siècles, l'arcliitecture, la peinture et la sculpture ne produisirent rien qui puisse être comparé à ce que ces arts avaient produit avant ou pendant la révolution religieuse » (Schur, Germania, p. 240J. « Le monde protestant subit siins contestation la servitude imposée par ses prédicants. C'en était fait de la fraîche éclosion de la vie. Les formules dominaient tout : ici la lettre, là la morale; cela devait suffire à tranquilliser les consciences. Comment un art religieux eùt-il pu sortir d'un tel état do choses? Comment l'enthousiasme eût-il pris son essor? Or, comment bâtir des cathédrales, composer des tableau.x inspirés par la compréhension profonde des scènes évangéliques et bibliques sans cet enthousiasme, qui est l'âme même de l'art?» {Falke, Gesch. des Geschmaks p. 148-149). Une remarque de Riegel sur ce sujet résume la question : « A propre ment parler, il n'y a point d'art protestant, car dès que l'art veut être religieux il est ou sera nécessairement catliolique. »

« A rimi talion des Ilussites, lesquels, au quinzième siècle, ont répandu tant d'odieuses caricatures dans le but d'avilir le Pape et le clergé -, de nos jours, en Allemagne, quantité de peintres, de graveurs sur cuivre ou sur bois ont mis leur talent au service de la nouvelle doctrine, et se flattent, sans nul doute, de gagner ainsi beaucoup d'argent; mais, sans parler de ce qui intéresse l'art, ils sont bien coupables, car ils avaient pour mission de pacifier les âmes, de les édifier, et au lieu de cela, leurs caricatures, leurs images indécentes, ne servent qu'à exciter les baines et les plus basses convoitises ^ »

Ce qui caractérise la nouvelle école, c"est une aversion profonde pour tout ce qui est catbolique; c'est encore une prédilection marquée pour le vulgaire et l'indécent. Nicolas Manuel, peintre de Berne, fut l'un des principaux représentants de cet art dégénéré . Jeune encore, il ne s'était fait aucun scrupule d'insulter à la mémoire de son grand-père dans les peintures murales de sa propre maison*; plus tard, il ne rougit pas davantage de multiplier les plus grossières plaisanteries, les outrages les plus violents contre l'ancienne Église et tout le clergé catholique. Dans sa Résurrection du Christ, il trouve moyen de placer une scène indécente entre un moine et une religieuse ^ Ilans Holbein. qu'Henri Ylll avait attaché à sa cour, servit

' 11 sera aussi pénible au lecteur de voir se succéder, dans ce chapitre, tant d'images ignobles et répulsives, qu'il a été pénible à l'auteur de les rechercher pour les lui faire connaître. Mais il a cru que ce travail l'tait nécessaire, car il fallait présenter un tableau complet de l'époque qui nous occupe, et prouver, par l'abondance même des exemples cités, qu'il ne s'agit pas ici de quelques excès isolés, mais bien delà tendance générale qui, durant tout un siècle, a égaré les artistes allemands. Dans le domaine littéraiie. nous avons vu que la guerre d'extermination connue sous le nom de guerre de Trente ans avait été précédée d'une guerre intellectuelle qui n'a pas duré moins de cent ans : dans un autre ordre d'idées, il enaété de même pour l'art **. « Cette guerre, » avoue Lehfeldt (p. 99), « clôt la période de décadence de l'art, elle n'est pas le début d'une période de barbarie pendant laquelle, comme on l'a souvent prétendu à tort, l'art aurait été banni. »

- Voy. Schultz, Gesch. des Breslauer Maler. — Innunu, p. 12, nelo2.

2 Ein Erklcraiig des Vater unsers (1617), f. Ü'.

* Gruneisen, p. 269. Voyez ce que dit F. S. VùtiELix sur ce sujet. LK';i:HTOLO, Manuel, LXXXIV: voy. aussi XXVII.

^ Gruneisen, p. 18d. On voit dans ses armes deux loups habilles en prêtres, et tenant un rosaire entre leurs griffes (p. 1S3). F. S. Vögelm dit, au sujel de Manuel

aussi la cause protestante avec beaucoup dardeur pendant le séjour qu'il fit en Angleterre. Dans ses dessins sur la Passion, les juges, les persécuteurs et les bourreaux de Jésus sont des moines ou des prêtres; Judas porte Ihabit religieux; Caïphc. prononçant la sentence du Juste, est représenté sous les traits du Pape; des prêtres flagellent et raillent le Sauveur et le conduisent à la mort '. Les innombrables pamphlets répandus à profusion dès le commencement de la révolution religieuse, sont fréquemment accompagnés de gravures sur bois. « très utiles pour peindre et avilir, comme il convient de le faire, la maudite et diabolique engeance des prêtres, et pour éclairer Thomme du peuple. » Dans lune de ces gravures, nous voyons un prêtre assis sur un banc, en face dune église; un diable qui vole au-dessus de sa tête, enfonce dans sa gorge la pointe d'un clocher brisé; un autre lui présente un plateau sur lequel se croisent deux clefs. A la première page d'un pamphlet, une gravure représente le Pape entraîné dans lenfer par le démon; ailleurs, il est assis sur un trône, et les cardinaux, les évêques.les prêtres et les moines qui l'entourent ont des têtes de loup. Non loin de là. une troupe d'oies est en prières; un peu plus loin, un moine à tête de chat joue du violon. Ailleurs, un évêque à tête de loup et un moine à tête de bouc s'efforcent d'abattre une croix-. Les édits de l'Empereur « ordonnant que rien d'injurieux pour la foi catholique, pisquin, feuille volante, gravure, dessin, statue, ne soit colporté ou vendu », demeurèrent presque toujours sans effets A la vérité, le conseil de Nuremberg fit saisir, en 1589, des images infâmes où l'Église catholique, ses doctrines et ses ministres étaient grossièrement insultés, et bannit de la ville ceux qui les avaient propagées; mais elles ne tardèrent pas à reparaître. L'Empereur s'en plaignit à diverses reprises, et le conseil, en 1551, rejeta la faute sur les messagers et porteurs

(Bächtold, p. 90) : « Habitué depuis son enfance à envisager le monde au point de vue catholi(iue, il avait commencé par mettre son talent au service de sa foi ; mais, de bonne heure, il changea de sentiment, et se servit de toutes les ressources de son inteUigence et de son art pour combattre le Catholicisme. Si, dans nos pays, il a beaucoup contribué à renverser l'ancien édifice, il a ébranlé en même temps le sol même où il prétendait bâtir : La Réforme a ruiné l'art religieux sans parvenir à fonder un art national. »

' Weltmann, Holbein, t. II, p. 2i5 et suiv. Sur deux gravures sur bois, d'une époque antérieure, attribuées à Holbein (Le commerce d'indulgences et Jésus- Christ, vraie lumière), voy. W"elt.m.\.\x, t. II. p. 74-76; Passavant, t. III, p. 380, n"' 28, 29. Dans la seconde de ces compositions, le Pape, un évêque, un chanoine et un moine tournent le dos à la lumière et, fermant les yeux, s'empressent de courir vers l'abime de l'enfer. Aristote et Platon les ont précédés; ce dernier est déjà tombé dans le gouffre; l'artiste exprime ainsi son mépris pour la philosophie grecque, mépris encouragé par un grand nombre de prédicants de cette époque.

2 Schade, t. I, p. 181 (vov. p. 180) et t. II, p. 352, t. III, p. 221, 255; Hage.n, t. II, p. 181.

Voigt (Über Pasquillen), p. 351-358, mentionne des défenses analogues.

de lettres du dehors^ lesquels, prétendait-il , répandaient ces images par la ville' malgré toutes ses défenses.

Dès l'époque de la guerre des paysans, Luther avait parlé des services que ces sortes d'images rendaient à la nouvelle doctrine. « L'homme du peuple, » écrivait-il en 1525 à l'archevêque Albert de Mayence, « est maintenant très bien instruit; il comprend que le clergé ne vaut rien. Sur toutes les murailles^ à tout jDropos, sur le premier bout de planche venu^ récemment jusque sur des cartes à jouer, on lui montre les prêtres et les moines tels qu'ils sont en réalité, de sorte que son cœur se soulève de dégoût toutes les fois qu"il rencontre un homme d'Église, ou qu'il en entend parlera »

Luther ne (it rien pour préserver l'art d'un pareil abaissement. En 1526, il exhortait au contraire ses partisans à attaquer « la vénérable race d'idoles de l'Antéchrist romain » , et, pour cela, de mettre la peinture à contribution. « Il faut, » ajoutait-il, « avoir le courage de remuer ce fumier qui resterait si volontiers stagnant; il faut le remuer jusqu'à ce que la gueule et le nez en aient leur content. » « Malheur à celui qui s'acquitte mollement de ce devoir ! Ne sait-il pas qu'il est agréable à Dieu en l'accomplissant^? »

Lucas Cranach prit ces conseils à la lettre. Dès 1521, il attaqua « le papisme » dans une série de dessins sur la Passion et sur 1 Antéchrist *. Plus tard, de Nuremberg, il fit expédier dans tous les pays allemands une masse de caricatures et d'images satiriques ; vieillard de soixante-treize ans, c'est lui encore qui composa, pour avilir la Papauté, cette gravure, d'une grossièreté révoltante, que Luther publia sous son nom en l'accompagnant de rimes ignobles (1545). « Luther, » dit son enthousiaste panégyriste Mathésius, « commanda aux artistes, en 1545, un grand nombre d'images satiriques, afin d'éclairer les la'iques qui ne savent pas lire sur l'abomination de l'Antéchrist; à l'exemple de saint Jean, qui, tout rempli

' J. Baader, dans les Jahrbücher, de Zahn, t. I, p. 225-226; voy. p. 233 les édits du conseil de 1Ö35 et de 1546 prescrivant aux graveurs sur bois de s'abstenir désormais de toute insulte à l'ancien culte.

- Voy. DE Wette, Luther s Briefe, t. 11, p. 674.

3 Voy. notre second volume, p. 603-604; voy. Rose.nberg, p, 11, 12, 126, n» 211.

* Passional Christi und Antichristi. Lucas Cranach' s Holzschmitte mit dem Tex, von Melanchthon, avec une préface de G. Kawerau, Berlin, 1885 " (Lehfeldt, p. 65). Sur une suite de dessins qui se rattachaient à ces compositions et qui autrefois ornaient la chapelle du château de Smalkalde, voy. 0. Gerland, Die Aniithesis Christi et Papae in der Schlosskapelle zu Schmalkalden, Zeitschrift des y^ereins fürhtssiscJte geschichte und Landeskunde, nouvelle suite, t. XVl, p. 189-201. Le landgrave Guillaume les avait commandées au peintre de la cour, Georges Kronhard, et son fils Maurice, alors âgé de onze ans, avait composé des vers pour en expliquer le sujet.

de l'esprit de üieu, a si bien dépeint, dans l'Apocalypse, la rouge prostituée de Babylone '. »

üans un de ces dessins, le Pape est représenté lançant une bulle d'exconununication; des flammes et des pierres s'échappent de la bulle et viennent frapper deux hommes qui se tiennent piès du Pape et lui montrent le d... Un autre représente le Pape revêtu de magnifi(|ues ornements; il est à cheval sur un pourceau, et bénit de la main droite un tas dexcréments placés à sa gauche, et vers lequel le porc avance son groin. Un troisième nous montre un homme satisfaisant un besoin naturel dans la couronne du Pape, tomljée à terre. Son camarade se dispose à limiter, tandis qu'un autre reboutonne son haut-de-chausse. Luther, citant la sainte Ecriture, avait placé sous cette dernière image l'explication suivante :

Le Pape a traité le rovaume du Christ

Comme on traite ici celte couronne ;

Ucndez-lui au double cet outrage, dit l'Esprit (Apoc., xviii);

Obéissez avec joie : Dieu l'ordonne -!

Un dessin de Pierre Gottland, élève de Granach, représente un monstre à quatre pieds et trois tètes; l'une de ces tètes porte la tiare; l'Enfant Jésus enfonce dans le ventre du monstre, d'où s'échappent des serpents', la hampe de sa lance victorieuse. Un autre artiste symbolise le Pape par un dragon à trois têtes ; un troisième nous le montre crachant du poison; un quatrième le déguise en joueur qui lance les dés en compagnie de Turcs et de Juifs. Un autre le représente assis sur un dragon dont la gueule figure l'entrée de l'enfer; les démons, faisant briller des miroirs à facettes, attirent

' Historien von des elirwunUgen inGoltseligen theuren Mannes Galles Lutheri, etc. (Nurembers, 15T0), f. 167''.

- Sciiucii.\itDT, Cranacli, t. l, p. 170, et t. II, p. 248, 255; t. III, p. 231. Voy. notre 3«' volume, p. 569 et note 4. A. W. Becker (t. I, p. 360) compare ces dessins « à un aliment grossier que l'estomac robuste, la civilisation et les mœurs du temps pouvaient seuls faire digérer ». Lindau, qui dans sa biograpliic de Cranacli célèbre en lui le véritable peintre de la réformation, entretient à peine ses lecteurs des caricatures dont nous venons de parler, et parle comme en passant « des quelques dessins que Cranacli a composés de temps à autre contre la Papauté ». Wendeler (M. Liither's Bildcrpolemik rjeijen des Papslhums von 1545 : Archiv für Literalurgesch., p. 14, 17-40) remarque, au contraire, que les satires grossières de celte série de feuilles volantes semblèrent, dans certains détails, d'une grossièreté révoltante même au public du seizième siècle, habitué au réalisme le plus cru. Lelifeldt aussi (p. 67) appelle ces fouilles « ignobles et ordurières », doute que Cranach les ait composées, et conclut en disant: « Quel que soit leur auteur, il nous faut ici établir un fait important. Dans la série de 1545. on constate, en les comparant aux compositions antérieuresde mêmes tendances, la grande' inlluenee e.xercée par Luther sur les artistes de sou temps. On ne peut nier que cette influence n'ait été néfaste. »

2 ScHLCHARUT, Cranacli,l. 111, p. 103, lOG.

L'ART AU SERVICE DE LA POLEMIQUE CONEE S S lONNE LLE 27

dans l'abîme infernal lEnipereur, les rois, les évèques, les princes, les seigneurs, les prêtres et les marchands '.

Comme tête de Gorgone, « nouvelle invention romaine représentant un monstre marin récemment découvert dans les îles nouvelles, » Tobie Stimmer fit paraître, en 1577, une gravure burlesque : ie Pape porte en guise de tiare une cloche garnie de cierges. Le nez forme un poisson, l'œil un calice, la bouche une cruche dont le couvercle s"entr"ouvre; le dos forme un missel relié aux armes papales. Dans les ornements de détail, on voit un évèque à tète de loup, qui "emporte une brebis dans sa gueule; un cochon l'encense-. Dans un autre dessin du même auteur, un diable porte la crosse du Pape, sur lequel saint Pierre fait pleuvoir une grêle de coups pour le punir de lui avoir ravi les clefs du ciel. Jean Fischart accompagne ces gravures de rimes satiriques ^ En I08G, un artiste inconnu composa, dans l'esprit de Granach, une caricature coloriée à propos du jubilé prescrit par Grégoire XIII : le Pape, couronné de la tiare surmontée de la triple croix, est à cheval sui' un pourceau^ et tient à la main la bulle d'indulgence, toute couverte d'ordures fumantes; devant lui sont agenouillés l'Empereur, un cardinal, et les Électeurs de Mayence et de Trêves; le diable se tient debout, derrière le Pape, et tire la langue". On répandait aussi des médailles burlesques. L'une d'elles porte d'un côté la double effigie d'un cardinal et d'un fou^

Le franciscain Jean Nas cite les noms de trente artistes qui ne se

'Voyez le catalogue de ces gravures satiriques dans Drugulix, p. 21, n"' lli', 115, 119, puis p. 21, n»» 120, 124, 13G et n» 39, p. 322, 324 : B.\rtsch, t. VIII, p. 413 et t. IX, p. 157: Passavant, le Peintre-graveur, t. III, p. 126, 309 (cvcle de dix caricatures), et t. IV, p. 182, 224, 227, 281 : Heller, p. 301, 872, 873, 893: Andre- SE.\, t. III, p. 46-48. Voy. aussi les images satiriques de l'ouvrage intitulé : Anlithesis de pra'claris Christi et indiynis Papœ facinoribus... per Zacliarinm Diirentium (rimprinieur), 1357, sans indication de lieu. Le graveur ^vestpllalien Henri Aldegrever s'applique, dans ses compositions, à livrer le pouvoir spirituel aux insultes et aux outrages populaires. Ses gravures plaisaient extrêmement aux bourgeois de Sœst, très surexcités par les diatribes d'anabaptistes fanatiques (Voy. Gehrkex, p. 7, S). Sur l'artiste de ?vuremberg, Pierre Flüttner, rv'eudürffer écrivait (p. 115) : « Ce que Fbiltner a recueilli autrefois, ou recueille encore tous les jours, ce sont les portraits des êtres les plus répugnants, les plus dépravés de l'humanité; ensuite, il les habille en moines, religieuses et prêtres, il les fait déQler dans de longues processions, puis il les livre au graveur "". » On peut maintenant consulter sur H. Aldegrever, K. vo.\ Lrrzow, Gesch. der deutschen Kunst, t. IV. p. 211. Voy. aussi la liste des feuilles satiriques contre la Papauté et le clergé dans le Catalogue des Antiquaires de F. A. Brockhaus, Histor. Flugblatter des 16, bis i9./a//r/(. (Leipsick, 1890), n»^ 1061,1063,1084,1102,1106, 1109.

- Andresex, t. III, p. 47: Passavant, t. III, p. 457, n" 90. Ibid., t. III, p. 45. Voy. Kcrz, Fischart, t. III, p. 243,246.

* r/tesaur(tsptfî(n-a)-MH). Bibliotliùque de la cour, à Darmstadt, dans le volume intitulé : Calumniœ et Sgcophantiœ, etc., fol. 113

^ R. Lepke, Kunstcatalog . n° 644 (Berlin, 1888), n» 886. Dans l'archevêché de Cologne, des potiers réformés de Frechen insultèrent par diverses figures satiriques les doctrines et les institutions catholiques (1604) ; un moine célébrant la

proposaient autre chose que de démontrer par l'image que le Pape et tous les prêtres sont les ennemis du Christ, des monstres, les suppôts du diable. « Ces misérables vont jusquà gUsser des dessins abominables dans les mains de nos enfants, « écrit Nas; « ces dessins représentent des moines, des religieuses; ils y ajoutent des rimes infâmes et répandent tout cela dans les campagnes au moyen des messagers et de colporteurs à leurs gages ' . »

Une gravure sur bois représente un moine qui déshabille une religieuse couchée par terre, et s'apprête à la fustiger avec une queue de reuard attachée à un bâton. En haut, cette expHcation : « On pratique ce genre de discipline dans le jardin du couvent. » Une autre gravure donne lieu à ce commentaire :

Ce moine et ces noanes apprêtent

Ce qu'ils ont fricoté ensemble;

Ils vont faire disparaître ce beau rejeton,

Ce fruit de leur chasteté !

Le Pape les éclaire,

Et les observe à travers ses lunettes.

Ailleurs, le diable, armé d"ün soufflet, souffle dans Toreille dun moine qui parle d'amour à une religieuse. Une autre gravure est plus répugnante encore : Deux nonnes traînent un moine ivre couché dans une charrette ; une troisième pousse la charrette par derrière, elle tient un fouet; deux autres nonnes les suivent; au bas, un ignoble commentaire.

Une image intitulée : La consécration de l'église et r indulgence papale, représente une procession de moines et de religieuses. Un moine replet ouvre la marche et balance un encensoir; un renard lui sert de monture; plusieurs moines, en état d'ivresse, le suivent en titubant, d'autres vomissent, etc. etc.

Une feuille volante avec gravures explique pourquoi le diable est toujours présent quand deux moines se rencontrent*. En 1569, on

messe, etc. Voy. Ennex, Gesch. der Stadt Coin, t. V, p. 383: Roselle.v, Gesch. der Pfarreien, des Dekanates Brühl (Cologne, 1887), p. 274-273. A Custrin, en 1545, on représenta sur la crosse d'un fusil le Pape liabillé en sauvage, avec cette explication : « Le Pape pourrait être à bon droit surnommé l'homme sauvage ; par ses mensonges et ses perfidies, il a préparé tous nos maux; il est en horreur à Dieu et aux hommes, 1345. » Markische Forschungen, t. XIII, p. 496, note. On voit au musée de Lunébourg une coupe dite : Coupe de l'Intérim (1348). Le pied représente le Sauveur bénissant: il est assis sur un dragon à trois têtes (le Pape, un turc et un ange); au-dessus, la Prostituée de Babylone, et des armoiries (Lotz, Kunsttopogra, t. I. p, 410).

' Cité dans : Ein Erklerung des Vater Unsers (1617), L 9*. Voy. Gretser, Opera, t. VI, p. 8, 12.

û Cucullati dirupto podice fratres

Exiliunt, varia veste, colore animo

arridens totum dispersit in orbem

Tot monachos, mundi crimen et exitium.

répandit une gravure sur bois ', accompagnée de rimes explicatives, sur les origines, les mœurs et le caractère des « prétendus jésuites ». Le Pape, symbolisé par un cochon, est étendu sur un matelas; il accouche des jésuites: des prêtres sont en prière autour de lui; des furies lui servent de sages-femmes. A peine au monde, les jésuites courent fouiller les tombeaux dans les églises. Un chien et un cochon les instruisent, dans une écurie, des devoirs de leur vocation-.

« Il faut louer les artistes, » disait en chaire un prédicant le jour de Pâques de 157:2, « d'avoir suivi avec tant de fidélité les salutaires instructions du saint homme de Dieu Martin Luther. Dans leurs tableaux comme dans leurs dessins, ils s'appliquent, par charité pour les bons chrétiens, à livrer le papisme maudit et toute l'engeance satanique des papistes, à la risée publique. Ces démons, ces sorciers papistes, se sont ligués contre la sainte parole de Dieu; elle demande du secours en poussant des cris lamentables -^ » Ces derniers mots faisaient allusion à une gravure récemment publiée par Mathias Zündt, artiste de Nuremberg. La Religion, sous les traits d'une femme, appelle à l'aide en poussant de grands cris. Des oiseaux démoniaques, coiffés de la tiare ou du chapeau de cardinal, s'échappent de l'abîme infernal. Trois démons s'élèvent au-dessus des eaux; une vieille femme au pied de bouc se tient sur le rivage, et remue avec une fourche une marmite fumante *.

Une caricature sur la sainte Eucharistie. « ce pain-Dieu empoisonné, » porte ce titre : Naissance de Jean-le-Blanc: on lit, au bas, cette explication : « Le père de ce Dieu-pain, le meunier qui l'a moulu, est un voleur; la nonne qui la pétri est une femme publique; son parrain, le prêtre qui l'a consacré et lui donne son nom. est ordinairement un infâme scélérat. Voilà les admirables origines du pain-Dieu qui, encore aujourd'hui, ensorcelle le monde ^ ! »

Même dans les éditions illustrées de la sainte Ecriture, la polémique avait sa place. Dans le livre de rApocnli/pse, publié à Francfort par

' On peut voir toutes ces caricatures dans le Thesaurus picturarum, bibliothèque de Darmstadt. Voy. le volume intitulé Anticliristiana, fol. 249, 233, 238, 263,'i'66, 270.

- Drugulin, p. 41, n» 338.

^ Oslerpredifjt von Melchior Zeysig (Jena, 1372), p. 8.

* Anduesen, t. I, p. 16.

5 Thesaurus picturarum, bibl. de Darrastadt. Voy. le volume intitulé: Calumniœ, etc., fol. 93. Les Calvinistes répandaient des images satiriques sur le « dieu de pain des Lutliériens », sur la doctrine do l'ubiquité et sur le principal défenseur de l'ubiquité, Jacques Andrea; Andrcli est présenté comme le pape allemand; sa tête est celle d'un chat; il est revêtu des ornements pontificaux du Pape (voy. le volume intitulé : Calurnniœ. fol. 82, 86. 88 et suiv.). Parmi les gravures sur l'ubiquité, citons : Pandora ubiquistica concepit dolum, peperit mendacium et monstrum alli horrendum, gravure satirique répandue par les Luthériens pour combattre les Calvinistes. Voy. Drugulin, p. 72, n" 790.

Virgile Solis, ouvrage orné « de belles figures », la bête effroyable qui sort de Fabîme porte la tiare, et le Pape, prosterné, adore le monstre aux sept tètes. Les notes marginales expliquent qu'il est ici question des abominations de lEglise de Rome '. Les commentaires sur l'Apocalypse servaient ordinairement de prétexte à des attaques passionnées contre la Papauté. Ils sont presque toujours accompagnés de gravures sur bois et de « rimes agréables »; il fallait que le î commun peuple pût voir de ses yeux les abominations diaboliques de la satanique école romaine » et que les rimes l'aidassent à en garder fidèlement le souvenir » . Le surintendant Nigrinus désirait vivement servir ainsi la sainte cause, et. dans la préface de ses Soixante sermons sur V Apocalypse, il dit, s'adressant à son lecteur :

Si tu ne connais pas encore l'Antéchrist,

L'abîme de perversité du papisme.

Sa perfidie, sa violence, son abomination,

Tu feras bien de méditer le texte de ce livre

Et de regarder attentivement les images qu'il renferme.

Tu jugeras par toi-même de sa malice,

A moins que lu ne sois complètement aveugle*.

Dans le même ouvrage, une gravure représentant « la Bête romaine » est suivie de cette explication :

Ce monstre hideux, effroyable, Qui sort en rampant de l'abîme Signifie l'Antéchrist romain.

Pour une autre :

La Bête que tu vois couchée sur le sable,

Avec ses dix cornes et ses sept couronnes,

Signifie la ville de Rome et son empire.

Elle régne sur un grand nombre d'àmes et de pays;

Elle obéit tous les jours à Satan.

L'animal que tu vois auprès d'elle.

Avec des cornes d'agneau, comme un prophète.

Semble prêcher de belles choses,

Et ne dit pourtant que des infamies.

Il figure le Pape et sa domination.

C'est avec raison qu'on l'appelle Antéchrist;

Son royaume est fondé par le diable:

Il règne par le meurtre, le mensonge et le poison'.

On répandait à profusion des séries entières de caricatures, d'images satiriques. Vers 4560, parut à Bâle un livre, orné de plus de cent gravures sur bois, intitulé : De l'effroyable destruction et ruine du

1 Biblia, Teuisch (1561), f. 402'' et suiv.

* NiGRixus, Apocalypsis, f. iiij''.

3 Apocalypsis, p. 239, 424-425. Voy. 271, 330.

papisme, ruine annoncée par les prophètes, par le Christ et ses apôtres, et clairement démontrée sous des figures dans r Apocalypse de saint Jean, ouvrage publié pour rutilité et le salut des âmes '.

Dix ans après^ Théophraste Paracelse faisait paraître sa Collection d'images magiques. Autrefois^ assurait-il, ces images mystérieuses avaient été découvertes à Nuremberg^ et il se proposait de les expliquer au moyen de la magie. Elles sont inspirées parla haine la plus amère, et en général, elles sont très embrouillées. L"une délies représente le Pape portant la triple couronne et revêtu dune chape ; il étrangle un aigle de sa main droite, c'est-à-dire l'Empereur; dans sa main gauche, il tient une houlette terminée par une fourche à trois pointes, figurant la puissance que le Pape prétend avoir reçue de la Sainte Trinité. A ses pieds^ un coq et une oie symbolisent le bas clergé, « corrupteur du peuple; » un moine, sur la tète duquel plane un démon, personnifie les ordres religieux qui, « depuis le règne de Barberousse. n'ont jamais eu dans Pâme que mensonge, tromperie et ruse -.» Le grand ouvrage publié en 1600, à Lauingen, par le conseiller du comte de Deux-Ponts, Jean Wolf, est accompagné de nombreux dessins, la plupart très indécents. Tous tendent à tourner en dérision, à avilir le Pape et le clergé. Citons les plus inoffensives : un âne célébrant la messe; un loup habillé en moine, prêchant à une troupe d'oies gardées par un paillasse^ Ces oies ont toutes un chapelet au bec *. Dans une Bible accompagnée de commentaires « sur la ruine terrible et prochaine du papisme^ ». « la papesse Agnès, » figurant la prostituée de Babylone. est montée sur la Bête aux sept tètes. L'Empereur et neuf princes sont prosternés à ses pieds. Elle leur verse à boire dans le calice de l'impureté. Ailleurs, le Sauveur fait pleuvoir le feu et le soufre sur le Pape, les évêques et les moines. Plus loin, voici le Sac du papisme: l'Empereur sest emparé de la tiare et de la croix du Souverain pontife; un roi rabat la chasuble du Pape sur ses oreilles. Des prêtres et des moines à moitié nus sont étendus surle sol, en compagnie de chiens infernaux. Des prêtres et des religieux sont précipités en masse dans Tenfer. Une autre

' Weller, Annalen, t, I, p. 32iJ, n" 159: puis t. II, p. 349.

- Ej-positio vrra liariim imafiinum olim Xurenbeigœ reperlarum ex fundaliasimo verœ Magiie Vaticinio deducta, per Doctorem Tlieophrastum Paracelsum (iSTÛ, sans indication de lieu), f. 9, 10. Voy. aussi Wunderliche Weisaagung von dem Bapstum, tvie es yhm bis an das ende, der weit gehen sol, ynn figuren odder gemelde begriffen, gefunden zu \iirenberg, ijm Charteuser Kloster, und ist scher all- Mit guter auslegung... Wilche Hans Sachs zu Deudsche regmen gefasset. Ouvrage orné de trente grandes gravures satiriques (Nuremberg, 1327).

- Sans nom d'auteur et sans indication de lieu, probablement imprimé à Lauingen, où se réunissaient alors les polémistes les plus ardents.

* Lectiones II, p. 771-747, 836, 908, 909, 920-921 ; t. II, p. 373. Voy. F. PiEPEn, Einleitung in die monumentale Theologie, p. 703-704. = F. A o"», A 3^ B i^, etc.

gravure nous montre, ù cùtc de lAgneau de Dieu dans une gloire, les prédicants, tous admis à léternelle récompense '.

Jusque dans l'intérieur des églises, on se servait des images pour rendre l'ancien culte odieux. A Wittenberg, dans la chapelle du château,, un tableau représente Luther en chaire; de la main droite, il désigne le crucifix; de la main gauche, le Pape et les cardinaux, qui descendent en foule dans le goufTre béant de l'enfer. Dans l'église paroissiale de Wittenberg, la V'ujne du Seifjnenr, taijleau de Cranach le jeune, nous montre le Pape coiffé de la tiare : animé d'une fureur fanatique^ il sépare avec sa crosse pastorale les grappes de raisin des ceps qui les portent, tandis que, plus loin, des prêtres déracinent les ceps, bouchent les fontaines avec des pierres, et font tout ce qu'ils peuvent pour détruire la vigne. A Dresde , au-dessus d'un autel sculpté du quinzième siècle, un tableau à l'huile, aux nombreux personnages, ridiculise la confession *. Souvent aussi on jetait l'insulte à l'ancienne religion au moyen des vitraux. Un vitrail placé en 1556 dans une église suisse, représente deux diables en larges culottes rayées et ceints de grands tabliers, qui se préparent à précipiter le Pape et plusieurs évéques dans le tournant d'un moulin. Du coffre de ce moulin sortent des serpents, des dragons et toutes sortes de reptiles; deux démons contemplent ce spectacle avec ravissement, tandis qu'à côté d'eux d'autres évéques, entassés dans un tonneau, attendent le moment où ils partageront le sort de leurs compagnons d'infortune. Au-dessus du vitrail on lit ce proverbe : « Tel blé, telle farine ^ »

Les Catholiques, las des insultes, des caricatures sans nombre dont un art avili abusait tous les jours pour les rendre odieux, crûrent, malheureusement, devoir suivre le conseil que leur avait donné Jean Nas, et ripostèrent. Ils ne se firent pas faute de répandre à leur tour caricatures et pamphlets *, mais leurs productions dans ce genre sont en petit nombre comparées à celles».des Protestants ' .

En réponse au Calendrier et à la Balle d'indulgence, où les catho-

' LüBKE, Bunte Blätter, p. 387-397. Lübke approuve complètoment ce genre de compositions. « Nos ancêtres, » dit-il, « savaient très bien qu'avec Rome, on ne peut espérer de trêve; qu'avec le Vatican il n'y a d'autre alternative qu'une soumission sans borne ou qu'une guerre acharnée; il n'y a pas de milieu. »

' Voy. v. Eyge, Führer durch dai Museum zu Dresden, p. 69. Au sujet d'un tableau satirique de l'église de Saint-Wenzel à Naumbourg, tableau commandé par le prédicant Nicolas Mcdler dans le but de tourner en dérision le Pape et l'Empereur, voy. Neue MUtheilungcn aus dem Gebiete hislor. antiquarischer Forschungen, t. XIII, p. 528.

2 Lübke, Kunstliist. Studien, p. 431-432.

* Paroles de Nas, citées dans Ein Erklerung des Vater Unsers (1617), f. 9''.

^ Nous ne nommons ici que les gravures qui nous sont connues; peut-être pourra-t-on nous en signaler d'autres.

liques suisses et Tévèque de Constance lui-même avaient été traités d'idolâtres et attaqués jusque dans leur vie privée, Thomas Murner fit paraître, en 1527^ le Calendrier luthérien-évangélique des hérétiques, voleurs d'églises. La gravure sur bois qui raccompagne représente Moïse et Jésus-Christ, montrant du doigt à plusieurs personnes chargées d'objets dérobés aux églises, une banderole où sont écrits ces mots : Tu ne voleras pas. Zwingle est suspendu au gibet; d'après le commentaire de Murner. il méritait bien ce supplice, car c'était « un scélérat quarante fois parjure, un renégat, un séducteur des pauvres âmes* ». Une gravure sur bois, répandue en 1521, représente un moine dont la tète a la forme d'une cornemuse; le diable joue de l'instrument, tandis qu'entre ses doigts il change en clarinette le long nez du personnage, qui ressemble trait pour trait à Luther-. Dans les statues d'un chemin de croix érigé à Xanten, devant léglise de Saint-Victor, on croyait reconnaître Luther et Calvin parmi les insulteurs du Christs

Jean Nas s'était proposé de placer, dans sa Quatrième Centurie, une gravure représentant les noces de Luther; mais les luthériens d'Augsbourg réussirent à soustraire le bois *. Une gravure placée en tète d'un autre de ses écrits représente Luther disputant sur la messe avec le diable, près du lit de sa Catherine à demi nue; on aperçoit deux cornes sur sa tète ^ Une caricature « sur le sodomite Jean Calvin » est divisée en trois parties : à gauche, Calvin est marqué du fer rouge à Noyon; au centre, on voitServet sur le bûcher; à droite, Bèze, avec sa maîtresse Candide et son jeune favori Aubert. Dans une gravure de la même époque (1369), Luther s'apprête à partir en voyage; il emmène avec lui ses disciples dans une chaise percée qu'il porte sur son dos. Son ventre énorme touche, dans la charrette, les bustes de ses trois plus intimes amis. Il tient à la main un verre de vin; sa femme, d'une maigreur extrême, marche derrière la charrette, conduisant son enfant par la main; un chien les accompagne. Une autre image satirique (1387) représente un homme nu, étendu sur une table ; nombre de théologiens l'entourent, le torturent, coupent son corps en morceaux, et finalement le dévorent. Au bas de l'image cette explication : « Vois comme le malheureux Luthéranisme est martyrisé par ses propres apôtres ! Tout à l'heure,

' Le calendrier a été édité par Scheible, Kloster, t. X, p. 201-215.

- LiND.iu, Cranach,]i. 17a.

3 « Mais cette supposition ne doit pas être exacte, au moins en ce qui concerne Calvin, puisqu'au moment où ces sculptures furent exécutées, Calvin n'était pas encore célèbre « (Beissel, p. 31).

* Schopf, p. 26.

^ Dans V Examen Chartaceœ Luther. Cône. (Ingolstadt, 1581), p. 93. Voy. Gr.esse, Trésor, t. IV, p. 648.

34 POLÉMIQUE CON I ES-SIONN ELLE - DÉCADENCE DES liE.VUX-ARTS

il n'en restera rien ' ! » Une feuille beaucoup plus ancienne représente l'Église catholique symbolisée par un grand navire que dirige le Christ. Saint Pierre, coiffé de la tiare, est au gouvernail, et porte les clefs du ciel ; dans la nef, beaucoup de prêtres sont assis ; les anges rament, et le navire fait voile vers le paradis ; à la porte du ciel, la Sainte Vierge et les saints attendent larrivée des élus. En même temps, trois nefs plus petites voguent vers l'abîme infernal entr'ouvert: la première porte l'Eglise luthérienne; les rameurs sont des démons: dune main. Luther tient le gouvernail, de l'autre, il porte à sa bouche une trompette dans laquelle il souffle avec vigueur. Le deuxième navire figure l'Église zwinglienne; il est également conduit par des diables ; Zwingle, qui semble désespéré, est au gouvernail. La troisième nef porte les Anabaptistes, qui traînent à la remorque plusieurs barques naufragées : celles d'Arius, de Wiclef, de Mahomet et de Jean Huss ; toutes ces embarcations se dirigent vers l'enfer-. Le westphalien Eisenhut, graveur sur cuivre, fit graver un dessin représentant la Déesse Hérésie; elle a trois têtes. A moitié femme, à moitié bête, elle est assise sur le dos d'un monstre'. L'Arbre yénéaloyique de dame Hérésie (1569)* fait naître l'hérésie de Satan, qu'on voit étendu sur le sol . Dans une autre gravure sur le même sujet, Luther est au milieu de l'arbre généalogique. Il a sept têtes: il offre un calice à sa femme*. Eustaclie Giinzberger, pour combattre la nouvelle doctrine, peignit pour le monastère de Wiblingen des vitraux que le conseil dUlm fit plus tard enlever (4566). Au couvent de Rathhausen, près Lucerne, un des vitraux du chemin de croix représente le Jugement dernier. Au milieu de Tabîme infernal largement ouvert, l'artiste a placé Luther et Zwingle qui se disputent au milieu des damnés. Auprès d'eux, on voit une Bible ouverte. Ils semblent ne faire aucune attention à un diable couronné qui a saisi l'un des théologiens par les épaules et l'autre par la nuque ^.

C'est ainsi que l'art, perdant entièrement de vue sa véritable mission, se mêlait aux discordes théologiques; et quand il lui arrivait de traiter des sujets religieux, on ne le voyait pas reprendre son vol vers l'idéal; au contraire, il se complaisait dans un naturalisme

' Drügülix, t. XLI, p. 341 et342, ett. LXVIII,p. 741. Voy. p. 118, n» 1333. Luther und Kälherle auf der Watiderschaft.

- Mentionné par le libraire de Francfort A. Tu. Vülcker, dans son Antiquar Lager-Catalog, p. 127, n° 137.

' ÜRÜGULIN, p. 39, n' 325.

* « Soror mea sponsa » (Dhugulin, p. 22, n»126).

5 Druguli.n, p. 40, n" 326.

"Voy. l'article de J. R. Rah.n, dans le Geschichlsfreund (Einsiedeln, 1882), t. XXXVII, p. 254. LÏBKE, Kunsthistor. Studien, p. 432.

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