‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 362 sur 573 · SCULPTURE — FONTAINES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

SCULPTURE — FONTAINES PUBLIQUES

Comme au temps de la décadence de l'art et du goût à Home, on multipliait dans les demeures des grands, dans les jardins d'agrément, les statues et les statuettes. L'édile romain Scaurus avait décoré de 3,500 statues le théâtre de sa villa'; l'archiduc Ferdinand de Tyrol nalla pas aussi loin, pourtant 134 grandes divinités. 250 figurines et 24 grandes statues ' décoraient son « jardin des filantes ><

Les appartements des grands étaient souvent encombrés de statues païennes entièrement nues. On voyait jusque chez les princesses, chose inouïe jusque-là, « des divinités scandaleusement nues^ » Pour l'appartement d'une Électrice de Saxe, le sculpteur Zacharie Hagewald fit une Vénus entre deux Amours, une Gérés et deux bacchantes. A en juger par les honoraires de l'artiste, l'Électrice attachait peu d'importance à la valeur artistique de cette

artistes de second ordre, à ceux qui adoraient et imitaient aveuglément? Outre cela, l'esprit du temps les poussait vers l'allégorie. Une phase nouvelle s'ouvrit pour l'art; il se sépara des convictions généralement reçues, il n'y eut plus entre lui et l'esprit populaire de rapports vivants et réciproques. Aussi était-il condamné à tomber dans un prosaïsme aride, dans une subtilité subjective. » « Dans la seconde moitié du seizième siècle, on trouve encore beaucoup de maîtres de talent; mais si nous nous informons de l'idée qui les inspire, nous voyons la plupart d'entre eux se dérober. Ils n'ont pas de personnalité ; à de rares exceptions près, elle est remplacée chez presque tous par la manière. Il n'est plus question ni d'originalité, ui d'art national ; tout cela est éteint pour longtemps. L'art italien, maniéré et sans vie, règne partout, avec la tyrannie d'une mode à laquelle tous se croient obligés de sacrifier. Singulière destinée de cette subjectivité moderne que, le premier, Michel-Ange avait proclamée règle supérieure de l'art! Elle avait eu le pouvoir de briser les salutaires limites imposées jusque-là à toute œuvre d'art. Elle avait dicté sa loi souveraine à l'individu, à la matière employée, à la composition; mais elle avait tué le ressort intérieur, l'élan, l'originalité, car, au lieu de suivre la loi de l'art véritable, les artistes s'appuyèrent sur les fausses prescriptions de la manière. C'est que la liberté de l'esprit individuel ne peut inspirer de belles œuvres qu'à condition d'obéir à une loi; elle cesse d'être dès que commence l'anarchie. Les productions de la plastique à cette époque ont dans tous les pays le même air de famille qu'ont, entre elles, les statues du treizième siècle; mais avec cette dilïérence que ces dernières ont été inspirées par un sentiment vrai, au lieu que les autres, en général, affectent seulement le sentiment. D'où venait cette affectation? Elle venait, en dernier examen, de ce que l'art ne faisait plus un avec l'esprit populaire. On ne prenait plus intérêt à lui que dans les hautes classes. Arrachée du. sol de la conscience populaire, toute vie intellectuelle devait fatalement se dessécher, car l'art a besoin de se renouveler sans cesse dans les Ilots de la vie générale. Il devint donc aristocratique, raffiné, il ne servit plus qu'à glorifier la puissance des grands. De là, disette d'idées, surabondance de phrases; de là, froideur, jeu superficiel avec des formes sans âme. Dès qu'il doit montrer un enthousiasme de commande, l'art n'a plus ni sincérité ni chaleur; il devient théâtral, affecté, menteur » (LÜBKE, Gesell, der Plastik, t. Il, p. 795, 857, 858).

' OvERiîECK, Geseh. der griechischen Plastik, t. II, p. 284. Overbeck dit qu'on ne peut se faire aucune idée de la masse de statues qu'on plaçait alors à Rome dans un simple but de décoration.

ä Hirn, t. I, p. 380.

3 Von der Werlte Eitelkeit, f. B. â^.

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