SCULPTURE— FONTAINES PUBLIQUES
d"œuvre, la fontaine que Wurzelbauer éleva à Prague en i600 à la parfaite satisfaction du donateur paraît de mauvais goût et dépourvue de grâce. La statue de Vénus, de grandeur naturelle^ la surmonte: des seins de la déesse jaillissent des jets d'eau; à ses pieds^, l'Amour joue avec des dauphins et des tritons'. L'Italie avait inspiré ces compositions t d'une si rare valeur artistique » . Pendant le voyage qu'il fit en Italie, Henri Schickardt, architecte du Wurtemberg, avait été vivement frappé de la beauté des fontaines publiques. Il se plaisait à les décrire, à les reproduire, et vantait surtout les quatre statues de la fontaine de Bologne, représentant des femmes nues assises sur des dauphins; leur corps se termine en queue de poisson: de leurs seins jaillissent de minces filets d"eau, et les dauphins jettent aussi de leau par les narines ^ « Orner les édifices de figures chrétiennes, comme celles que nous avons sous les yeux dans nos cités d'Allemagne, n"est vraiment plus possible de nos jours, t écrivait un contemporain; « tout, maintenant, doit être païen et mythologique; aussi est-il plus utile pour nos jeunes artistes d'apprendre l'histoire des dieux et des déesses que celle des saints et des héros de l'antiquité germanique chrétienne ^ ■ Augsbourg voulut aussi posséder de fastueuses fontaines. Lafontaine d'Auguste, fondue par le flamand Hubert Gerhard, était regardée par les contemporains comme une merveille *; la fontaine d'Hercule et de Mercure, du flamand Adrien de Bries, et la fontaine de Neptune étaient également très admirées. Le groupe colossal représentant Mars et Vénus, exécuté par Hubert Gerhard et par l'italien Carlo Polaggio. pour le comte Jean Fugger. est une ceuvre pompeuse, incohérente et maniérée (1534-1390)*.
supporte les statues des sept Électeurs et d'un grand nombre de héros appartenant aux histoires païenne, juive et chrétienne. Ces statues sont merveilleusemeot belles. Elles idéalisent, et pourtant elles sont vraies, naturelles, pleines de grâce et d'élégance. Elles témoignent de la graode influence que l'architecture religieuse e.veri;ait alors sur l'architecture profane et civile.
' LcBKE. Renaissance, t. II, p. 119. Cette fontaine fut détruite en 1620 parles Calvinistes.
- Voy. LÜBKE, Renaissance, t. I, p. 360.
3 Von der Wtrlle Eitelkeit, f. B. 2^.
* Voy. Ayrer, t. I, p. 521, 522.
^ Voy. Waagen, Kunst und Künstler, t. II, p. 74-75. Il est curieux de constater que Lübke qui, généralement, déborde d'enthousiasme pour « l'âge d'or» de la Renaissance allemande, s'exprime toutautrementlorsqu'il est de sang- froid : « Aux yeux des grands maîtres qui, de toute la ferveur de leur âme, s'efforçaient d'imiter l'antique, » dit-il, « l'art des anciens semblait une fontaine de Jouvence ; ils se flattaient d'y puiser une vie nouvelle. Mais la pensée antique devait s'épanouir sur un sol clirétien, de sorte qu'une dissidence ne tarda pas à se produirt\ et ce fut tout d'abord aux dépens de l'idéal chrétien. En effet, dès que la forme eut pris un rôle plus important que l'idée et qu'on y eût attaché une importance souveraine, elle devint creuse et sans àme, car elle ne pouvait se surélever qu'aux dépens de l'idée. C'est ainsi que débute la manière et il en sera toujours ainsi. Si les plus grands génies ne purent échapper à ce péril, comment n'eùt-il pas été fatal aux