PEINTURE. — PEINTRES DE COUR
L"ère glorieuse de l'architecture était close; elle^ si fière autrefois de son indépendance, dût, la plupart du temps, se plier aux volontés arbitraires et capricieuses des puissants -. Comme elle, la peinture qui, jadis en étroite union avec l'art de construire, s'était fait comprendre de tous et avait enthousiasmé le peuple pour l'idéal chrétien, était descendue de ses hauteurs. Presque dans tous les ])ays allemands on avait adopté Tart italien; il n'y avait;, à proprement parler, plus d'écoles exerçant quelque influence, plus de maîtres écoutés. Dans les territoires protestants, la peinture religieuse ne trouvait plus son emploi; dans les pays restés catholiques, on commandait bien encore de temps à autre quelque tableau pour une église, mais relativement à l'activité des anciens jours, le travail était rare. Les peintres ne faisaient plus guère que des portraits, et parfois ce qu'ils produisaient dans ce genre était encore admirable; quelquefois aussi ils se créaient des moyens d'existence en fournissant des idées aux joailliers, aux orfèvres, ils peignaient
' « L'ancien art allemand s'élevait comme un arbre sain et vigoureux, promettant à l'avenir les fleurs et les fruits les plus rares. Mais, à dater du jour où le point de vue religieux fut changé, son principal objectif lui fut ravi. L'influence d'un style étranger interrompit l'Iieureux développement de la plante nationale. Le brillant coloris des Vénitiens excita l'enthousiasme universel, et l'art florentin s'empara de l'imagination des artistes. Les Allemands affluèrent dans les ateliers d'Italie, ils se firent les préparateurs des peintres de Venise ou de Florence et, revenus chez eux, ils y importèrent l'art étranger. On n'éprouvait pas, à cette date, un vif désir de leur faire d'importantes commandes ; personne n'avait assez de patriotisme pour exiger qu'au lieu d'imiter l'Italie, les peintres suivissent les anciennes traditions. Ainsi la tiédeur des amateurs d'art et le peu de nationalisme des artistes semblent s'être entendus pour conduire au tombeau l'art de la patrie » (R.\thgeber, Gallerie, p. 2')3-264). « A dater de la seconde moitié du seizième siècle, les arts plastiques tombèrent dans l'enflure et dans la manière. L'habileté technique, parfois poussée très loin, ne sufiît pas à masquer l'absence totale d'idées, de sentiment, d'originalité. La peinture subit les mêmes transformations que l'architecture. On fit peu de cas des chefs-d'œuvre du passé et même des dons individuels ; on se drapa dans un vêtement d'emprunt. Les froides allégories, les fables mythologiques étaient à la mode. L'art fut comme noyé dans le paganisme et le sensualisme. A peine si quelques talents, restés foncièrement sincères, permettent d'oublier un moment l'an"ectation et le dépérissement progressif de l'art. Les tableaux de Barthélemi Spranger étalent avec exagération les défauts de cette période; l'artiste les aportésàl'extréme»(LoTz, Statistik, t. Lp.23).
- L'histoire de la construction de l'Augustenbourg, dans l'élcctorat de Saxe, le prouve surabondamment (Voy. Springer, Bilder, t. II, p. 145-146).