‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 365 sur 573 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

des armoiries, ou donnaient des leçons de dessin. L'art et le métier suivaient désormais des voies séparées, et cette séparation fut désastreuse pour l'art en général ' .

Peu d'artistes de ce temps méritent d'arrêter notre attention.

Vers la fin du seizième siècle^ Antoine de Worms - et Barthélemi Bruyn se font encore gloire d'appartenir à l'École de Cologne, et s'en montrent dignes. Les tableaux d'Antoine ont une réelle valeur artistique. Les bourgeois de Cologne l'avaient en si grande estime qu'à deux reprises ils l'appelèrent au conseil riool-loSS)^; le maître-autel de l'église collégiale de Xanten, terminé en 1534, est au nombre de ses meilleurs ouvrages. Les chanoines en furent tellement satisfaits qu'ils ajoutèrent de leur propre mouvement dOO florins à la somme de 500 florins primitivement promise *. A Ulm, Martin Schaffner, originaire de Souabe. peignit aussi, entre 1523 et loM, plusieurs excellents tableaux, surtout Jésus parmi les docteurs et la Mort de la Sainte Vierge. Plus tard, il subit l'influence de l'école vénitienne ^

Mais en général^ dans les tableaux des élèves et des successeurs immédiats de Dürer et d'Holbein, la décadence de l'art est déjà très sensible. Hans Burgkmair, dont l'inspiration était élevée, perd toute

' « Il est certain que les idées qui prévalurent au seizième siècle, en Allemagne et ailleurs, tendaient à persuader aux artistes qu'il était indigoe d'eux de prendre part, avec des compagnons ou des apprentis, â n'importe quelle besogne d'artisan. Cependant, si nous étudions avec attention l'iiistoire des artistes dans les siècles précédents, nous verrons qu'aussi longtemps que les anciennes lois de corporations furent i"espectées de tous, les artistes, en général, n'eurent point de peine à se sulfire; au lieu que, depuis la séparation de l'art et du métier, ils menèrent presque tous une vie pleine de déboires et d'anxiétés. Les quelques exceptions qu'on pourrait citer ne sont, précisément, que des exceptions. Le travail industinel auquel les maîtres employaient compagnons et apprentis assurait aux artistes des prolits certains, garantissait leur union avec la corporation, qui avait le devoir de protéger tous ses membres. L'union de l'art et du métier permettait aussi d'utiliser, dans l'intérêt de l'art, des facultés peut-être insufïîsantes pour des œuvres de premier ordre, mais parfaitement appropriées aux ouvrages secondaires auxquels on les appliquait » (A. Schultz : voy. Zahn, Jahrbücher, t. H. p. 3o8-359).

- J.-J. Merlo, Aulon Woensam, von Worms, Maler und Xylograpk zu Cüln, Leipsick, 1864, app. 1884: voy. Niessen, p. 53-34.

3 Voy. J.-J. Merlo, iVac/inc/(<t;»i, p. 69etsuiv., etfli'e Meister der allcölnischen Malerschule, p. 158 et suiv. Voy. le catalogue de ses œuvres, conservées à Cologne, dans NiEssEx,p. a4-56; voy. aussi le catalogue de Munich dans vox Reber.p. 13- 19; voy. encore le travail de Firmenich-Rich.\rtz, Barth. Bruyn, Leipsick, 1891.

* Pour plus de détails sur cet autel, voy. Beissel, p. 12 et suiv. D'autres artistes en renom collaborèrent à ce chef-d'œuvre. L'autel, en tout, revint à peu près à 50,000 marcs, d'après la valeur actuelle de l'argent. C'est le dernier spécimen de l'art et de la magnificence du moyen âge. « Les chanoines de Xanten avaient réuni les derniers maîtres de l'ancien art allemand. Ils ont élevé un admirable monument aux vieilles mœurs, à l'antique foi de leur ville natale » (p. 21;.

^ V. Reber, Catalog., p. 43-46. Un grand nombre de miniatures « de toute beauté », exécutées entre 1330 et 153:2 pour orner une traduction allemande du Nouveau Testament, ont été décrites par Rathgeber, Gallerie, p. 136-146. Voy. sur ce sujet Sighart, p. 600 et suiv; Weiser, Durer und sein Zeitalter, p. 85; Waagen, Kunst und Künstler, t. Il, p. 67; Woltmann, Holbein, t. II, p. 368-369.

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