PESSIMUS
Quoi ! As-tu vraiment fait cela? Que la poix de l'enfer te brûle 1 II faut que tu expies ta faute! Si tu as une cuirasse, tant mieux pour toi!
Il se fait apporter des verges par Peior. « Viens, camarade; étends-toi ici; voyons un peu où en est ta graisse! Vite, vite, il ne sert à rien de supplier ! »
Malus s'étend sur une chaise basse. Peior lui tient les pieds. Pessimus, debout près de lui, le flagelle avec vigueur.
Après que Malus a promis de s'amender, les démons vont répandre dans la ville toutes sortes de semences diaboliques. Gabriel vient interrompre leur travail :
« 0 blasphémateurs impies, à quelle abominable besogne êtes-vous encore occupés! Hors d'ici, coquins! Hors d'ici, vous dis-je, voleurs, scélérats, ou je vais frapper si fort sur vos casques que votre crâne éclatera ! »
A la fin de la pièce, Gabriel exhorte les assistants à se garder de la fausse doctrine du démon, et aussi du Zwinglianisme impie, qui a renié Dieu; le Jugement dernier approche, l'heure vient où le Fils de Dieu délivrera ses frères de la gueule de Satan '.
« J'ai la ferme confiance, » écrit Ringwalt dans la préface de sa pièce, dédiée à un conseiller de l'électorat de Brandebourg, « que pendant la représentation de cette comédie il y aura plus de saints soupirs poussés vers le ciel que de paroles sévères contre l'auteur, ce que, du reste, l'expérience nous montrera. »
Il est permis de douter qu'un pareil théâtre pût exciter dans les cœurs des sentiments chrétiens.
On constate un esprit tout aussi féroce dans la comédie intitulée : Comment un tribunal de paysans fit exécuter un lansquenet innocent, et du
' De cette « belle comédie » Holstein (p. 267) se contente de dire : « Dans sa comédie allemande intitulée : Spéculum mundi, Ringwalt met en scène les prédicants fidèles; il montre tous les services qu'ils rendent aux vrais chrétiens, et comment Dieu les délivre des pièges de leurs ennemis. »
châtiment épouvantable infligé aux juges K Cette pièce est louvrage du greffier municipal Barthclemi Krüger. L'un des juges meurt foudroyé; un autre est assassiné pendant un festin; le troisième est conduit a la potence. Avant son supplice^ il doit passer par la torture, et le bourreau Fabian s'en montre ravi :
t Je saurai si bien le tenailler qu'il avouera plus de crimes qu'il n'en a commis durant toute sa vie!... Ensuite il sera pendu... Allons, Franz, mon brave camarade, prépare tes outils; attachelui un bâton dans la gueule, comme à un gros cheval de labour I »
Franz répond avec le même entrain :
« Maître, regardez un peu comme la chance nous sourit I Quelle ripaille nous allons faire! Voici que vient à nous toute une troupe de coquins. Les larrons se sont tellement multipliés que nous allons avoir un abondant gibier de potence ^ ! »
L'exécution a lieu sur la scène; deux démons paraissent pour emmener le supplicié en enfer.