LIVRES DE PRODIGES
sables. Ami lecteur, la raison humaine ne doit pas se permettre de scruter trop profondément les œuvres de Dieu, car elles sont merveilleuses et tout à fait incompréhensibles à notre faiblesse, comme le témoigne le saint homme Job, comme le prophète David s'attache partout à le proclamer, exhortant tous les croyants à s'incliner comme lui devant la toute-puissance divine'. > L'auteur cite les sources où il a puisé; il nomme les dix-sept savants qui l'ont assisté dans son travail : Conrard Gessner, Hans ßullinger, Iluldrich Mirian, Jean Grell, Jean Oporinus, Rodolphe Lavater, etc-. — En 1543, un nouveau-né avait jeté la terreur dans tout son entourage; ses yeux lançaient des flammes; au lieu d'une bouche et d'un nez, il avait la gueule et le museau d'un bœuf, une queue longue d'une aune et des griffes de scorpion; on l'avait entendu prononcer distinctement ces paroles : « Veillez, car le Seigneur votre Dieu est proche ! » Or, en cett« même année, on avait constaté en Europe une mortalité effrayante. En Hongrie, en ioi9, plusieurs personnes, après avoir éprouvé de vives douleurs d'entrailles, avaient vomi des serpents, des crapauds, des vipères, dont l'une, plus longue que les autres, avait dit à haute et intelligible voix : « C'est en vain que vous chercheriez à vous mettre à couvert, vous ne pourrez échapper aux châtiments du Seigneur! « En Misnie, en 1550, un bourgeois étant allé au cimetière, avait remarqué que la terre dune tombe s'élevait insensiblement; enfin elle s'était ouverte en sa présence et il avait entendu une voix qui disait : « Malheur ! Malheur à la cité ! » Cet homme en avait été tellement épouvanté qu'il était tombé sur le sol sans connaissance. Sur les bords de la Baltique, un pécheur avait trouvé dans son filet un poisson ressemblant extraordinairement à un moines
Nombre de « livres de prodiges » paraissaient tousles jours. Adam Ursinus donna au puljlic en 1570* la Description de tous les signes miraculeux récemment constatés; Gaspard Goldwurm, la Description authentique de nouveaux et nombreux prodiges ' ; Abraham Saur, le Journal historique ou chronique fidèle rapportant, avec leur date précise, les miracles authentiques et effragants observés depuis quelques années'^;
'Herold, A 5 b3 b, C 4.
î Herold, p. 497-546.
* Erfurt, 1570.
» Francfort-s/M., 1579.
* Francfort-s/M., 1582. Un Calalogus prodigiorum, miraculorum, etc., avait déjà paru à Nuremberg en 1563. Du côté catliolique, Abraliam Nagel publia la description autiientique d'un « miracle sans précédent » (Ingolstadt, 1583). Valentin Leucht fit paraître à son tour la " description historique d'un grand nombre de miracles accomplis par la Sainte Croix » (Wurzbourg. 1591) et une autre sur les miracles accomplis parla vertu du Saint Sacrement (Wurzbourg et Mayence, 1606); do plus, le Viridarium miraculorum, traduit en allemand (Mayence, 1611).
Ambroise Taurer, la Relation d'un grand nombre de signes effragantsK La vision dont le docteur Nicolas Medler, surintendant de Brunswick, publia le compte rendu en 1549, fit sensation. Les trois fils d'un bourgeois de Brunswick, observant le ciel huit jours avant la Pentecôte? y avaient aperçu un lion de feu, un aigle à deux têtes, le portrait très ressemblant de TÉlecteur de Saxe alors prisonnier,, Jésus crucifié entre les deux larrons; de plus, un personnage d'aspect imposant et terrible, armé d'une longue dague. « J'ai questionné moimême les deux personnes qui ont le mieux observé ce prodige, >> écrivait le surintendant; « toutes deux s'accordent parfaitement dans leurs déclarations. > Un messager de Leipsick avait vu dans les nuages le Sauveur suspendu à la croix, « mais non comme on le représente ordinairement, car sa barbe était grise, y II avait vu aussi deux anges aux côtés d'un guerrier armé dune épée et s'apprêtant à trancher la tête d'un homme, agenouillé devant lui. Tout cela évidemment était un avertissement divin. Dieu communiquait bien davantage avec les hommes depuis que sa sainte parole avait été | si abondamment répandue. Dans la préface de son mémoire, l'auteur 4 s'élevait avec violence « contre les papistes possédés du démon qui | prêchent contre le Saint-Esprit -, malgré les reproches de leur conscience ».
Des prodiges comme ceux que nous allons énumérer devaient ;
produire une profonde impression sur ceux qui en lisaient le récit : v
Dans l'église d'un village du Mecklembourg, une main et un visage avaient paru tout à coup sur un des piliers soutenant la chaire ^ A Deux-Ponts, en 1597, on avait entendu une pierre crier et, peu après, en l'espace de cinq jours environ, neuf cents habitants de la ville étaient morts *. Quelque temps auparavant, la lune avait parlé à haute et intelligible voix. Le 23 mars 1582, à Mortingen, en Lorraine, entre huit et neuf heures du matin, rapportait l'astronome Lambert Floridus Plieninger, « des gens très dignes de foi s'étaient aperçu que la lune s'inclinait vers la terre sous la forme d'une femme voilée; bientôt ils l'entendirent crier d'une voix forte: « Malheur, malheur! » et cela six ou sept fois de suite. Puis la lune avait repris sa place et sa forme ordinaires. Par ces cris de détresse, elle voulait évidemment détourner le peuple protestant de l'adoption du nouveau calendrier grégorien, car ce fait se passait précisément à l'époque où le loup romain, l'Antéchrist Grégoire, publiait son ca-
' Halle, 1591. La même année parut à Tübingen une Disputalio de miraculis, par Jean Heerbrand.
- Ein ivunderlich Gesicht, nemlicli bei Braunschweig am Himmel gesehen, etc.,
^ Llsch, Jahrbücher des Vereins für Mecklenb. Gesch., t. XX, p. 263.
* Weller, Zeitungen, n" 848.
lendrier perfide, signal de meurtre et de carnage pour les pauvres chrétiens évangéli(|ues. Dans un village du Voigtland, la lune s'était aussi inclinée vers la terre, se rapprochant beaucoup des hommes; elle avait un aspect irrité et presque féroce; on Tavait entendue répéter plusieurs fois : « Malheur, malheur! Sang! sang! Pape et jésuite! »
Les puissances du ciel semblaient s'émouvoir, et les prodiges du firmament méritaient d'être médités; mais on devait apporter une attention non moins grande aux signes sanglants qui, " d'après les relations de tant de gazettes dignes de foi, » se manifestaient dans tous les pays allemands. Dans un village de Saxe, à Ichtershausen, Plieninger assurait qu'en juillet 4582, l'eau d'un ruisseau s'était changée en sang; le phénomène avait duré six jours. En 1597. à Stralsund et aux environs, d'après des témoignages irrécusables, une pluie de soufre et de sang était tombée à diverses reprises. En cette même ville, le feu du ciel était tombé sur l'église Sainte -Marie; à la même date, à Schilbrick, en Silésie, une pluie de sang, par la permission de Dieu, avait inondé le sol'. Dans un sermon « sur la foudre et sur les miracles ». sermon qui dura plusieurs heures, Hartmann Braun, pasteur de Grünberg, en Hesse, informa ses paroissiens de quelques phénomènes terrifiants observés au pays du Rhin, dans les montagnes de l'AlIgau et en Bavière : une grêle de pierres grosses comme des œufs était tombée du ciel, et ces œufs contenaient du soufre et de la poix; dans une commune de Silésie, on avait ramassé des grêlons gros comme des œufs d'oie ou de poule, contenant de curieux petits modèles de fraises, comme il était alors de mode d'en porter au cou -. Le prodige annoncé par le bourgmestre de Güttingue, Zilmann Friese, était d'un ordre plus réjouissant, car il assurait que plusieurs personnes dignes de foi avaient vu des pfennigs tomber du ciel; il ne mettait pas le fait en doute. « Dieu. » écrivait-il, « opère bien d'autres miracles dans les airs, car on nous signale de plusieurs côtés des pluies de pierres, de sang et de blé ^ > < A Klagenfurth, en Carinthie. et aux environs de "Villach, il a plu du blé durant deux heures le 23 mars 1550, et les gens de la campagne l'ont ramassé et mangé; moi, Jean Herold, j'ai vu ce blé de mes propres yeux*. » Dans le Brandebourg, en Thuringe et en Silésie, en Autriche et en Bavière, des
' Weller, Zeitungen, n»' 840, 8i3, 845. 848, 849; Weller, Annalen, i" partie, 2, n» 318. Sur les miracles conslsnés dans les calendriers, voy. notre 5« volume, p. 376-379.
* Br.\i\, Dreichristl. Predigten, p. 177-189. Ce sermon n'a pas moins de quatrevingts pages d'impression.
' Miintz-Spiegel, p. 45-46.
* Herold, p. 523.
pluies de blé étaient tombées du ciel à diverses reprises ; il avait aussi plu du lait, même du pain noir, enfin des morceaux de viande ' .
Tous ces phénomènes devaient être considérés comme autant de signes miraculeux présageant des catastrophes prochaines. Théophraste Paracelse écrivait : « Lorsque, sous diverses formes, ces nouvelles figures ou symboles tombent du ciel sur la terre^ c'est en général un présage^ un avertissement : ces figures ne proviennent pas de la nature^ mais elles en indiquent l'altération; par l'ordre de Dieu^ elles deviennent des symboles, car Dieu est le maître et l'artisan de semblables présages. C'est lui qui les façonne et qui nous les présente-. » Henri Leuchter, surintendant de Darmstadt, dans un opuscule publié en 1613;, n'admet pas qu'on puisse regarder comme des faits naturels un vent violent, ou bien un arc-en-ciel; il faut toujours y reconnaître, selon lui, les avant-coureurs de châtiments divins. L'histoire n'avait-elle pas enregistré les calamités qui avaient suivi les furieuses bourrasques de 1606 : la famine, la peste, les maladies mentales, la mort de grands personnages? Les arcs-en-ciel annonçaient en général la guerre, les séditions, les ligues funestes. L'arc-en-ciel nocturne de 1525 avait été suivi de la mort du duc Frédéric de Saxe: puis était venue l'horrible sédition des paysans qui avait coûté la vie à des milliers d'hommes. On pouvait s'attendre encore à de nouvelles catastrophes, car depuis quelques années on voyait se multiplier les tempêtes et les présages sinistres. Et pourtant les hommes restaient insensibles ! Ils ne comprenaient pas plus les avertissements divins que ne les comprennent les animaux sans raison; ils ne redoutaient point le jugement dernier'.
Les comètes inspiraient une terreur particulière. Une prophétie de Paulus Magnus portait :
« La nouvelle comète qui brille au ciel depuis le 16 septembre 1604 nous annonce que le temps est proche où l'on ne trouvera plus une maison, pas un seul refuge où l'on n'entende des plaintes, des lamentations, des cris de détresse, car de terribles calamités vont fondre sur nous ! La comète présage surtout la persécution et la proscription des prêtres et des religieux. Les jésuites sont particulièrement menacés de la verge du Seigneur. Dans peu de temps, la disette, la famine, la peste, de violents incendies et d'horribles assassinats jetteront l'épouvante dans toute l'Allemagne. » A son tour, Albinus Mollerus écrivait : « Cette étoile prodigieuse nous présage de bien plus terribles calamités qu'une simple comète, car
' Weller, Zeitungen, n"' 359, 316: Fi.ncelius, t. I, feuille 9, o"*. Voy. R 3 et 5. Voy. l'édition de Kornmaxn, p. 96-97.
* Schindler, p. 241, note.
- Leuchter, p. 10, 14, 32-35. 37 ctsuiv., 43, 46.
elle surpasse en grandeur toutes les planètes connues, et n'a pas été observée par les savants depuis le commencement du monde. Elle annonce de grands changements dans la religion, puis une catastrophe sans précédent qui doit atteindre les Calvinistes ; la guerre turque, de terribles conflits entre les princes. Des séditions, des assassinats, des incendies nous menacent et sont à notre porte. » David Fabricius Frisius expliquait par la comète « les cruelles maladies de l'aigle romaine » ; les sujets du Saint-Empire allaient être attaqués par les peuples voisins qui les dépouilleraient sans merci, mais l'aigle ne périrait pas, et la sainte lumière de lÉvangile illuminerait soudain des pays plongés jusque-là dans les ténèbres du paganisme. Une lampe ardente allait luire dans l'Église. Si quelqu'un osait résister à l'action divine, la réforme s'opérerait peut-être par la violence; les États de l'Église seraient alors saccagés, et les territoires ecclésiastiques transformés en suzerainetés temporelles. Jean Krabbe, de Wolfenbuttel, assurait que l'étoile signifiait la mission d'un nouveau prophète qui devait opérer de grands miracles, et réunir autour de lui un grand nombre de disciples '. .
Le mathénmticien Elisée Rüslin, médecin du comte de Palatinat- Veldenz, était d'un avis différent; selon lui, l'étoile miraculeuse dont l'aspect réjouissait le regard n'avait pas reçu la mission d'annoncer les châtiments du Seigneur, il n'appartenait qu'aux comètes d'apporter de tels messages. « Aucun grand événement ne se produit, » écrivait-il en 4609, « sans que Dieu ne prenne soin d'en avertir le monde par des signes extraordinaires qui se manifestent au ciel et sur la terre, dans le monde supérieur et dans le monde inférieur. L'expérience quotidienne ne nous apprend-elle pas que, lorsque Dieu a quelque dessein particulier sur l'un de nous, lorsque la mort ou quelque grand malheur nous menace, nous en sommes avertis d'avance d'une manière ou d'une autre? Or les comètes, ces grands signaux de Dieu, sont chargées d'annoncer au monde et aux gouvernements de ce monde les volontés du Très-Haut; lorsqu'elles paraissent dans le ciel, aussitôt quelque calamité nous frappe. » Pour expliquer le sens des deux dernières comètes. Röslin composa son Discours historique, politique et astronomique sur Vétat actuel de la Chrétienté et sur r avenir qui lui est réservé. Dans son épître dédicatoire au margrave Georges-Frédéric de Baden-Ilochberg. il assure qu'il n'est pas au nombre de ces bavards qui propagent et multiplient des fables indécentes ou des livres remplis des ridicules mensonges de l'astrologie; il déclare être entièrement affranchi de ces
' Kurtzer und gründlicher Bericht von erschreckl. grausamen Zeilen, elc. (Halle, 1612), feuille B S»» G 4.
superstitions grossières. « Dieu, » dit-il, « m'a miraculeusement délivré des pièges de la vaine science, comme il me serait facile de vous le démontrer'. »
Vers la fin du quatorzième siècle, Henri Langenstein, professeur de mathématiques à Vienne (1397), l'un des plus illustres adversaires de l'astrologie et des pronostics, avait combattu avec énergie Tabsurde préjugé qui prétendait voir dans les comètes des phénomènes surnaturels - et les signes avant-coureurs de grandes calamités. Dans la dernière moitié du quinzième siècle, Jean Müller, surnommé Regiomontanus, lui aussi ennemi déclaré de l'astrologie, avait très exactement décrit la forme, les proportions des comètes et déterminé la distance qui les sépare de notre planète, les plaçant ainsi dans le domaine de l'observation scientifique ^; mais, au seizième siècle, les savants, à très peu d'exceptions près, retombèrent dans l'antique superstition *.
Les prédicants et les théologiens protestants surtout donnèrent aux comètes des interprétations prophétiques. « C'est à nous, ministres du Seigneur, » écrivait l'un d'eux, <■ qu'il appartient d'éclairer les âmes au sujet de signes redoutables qui apparaissent dans les cieux. Par nos écrits et nos paroles, par des récits, par des exemples nous devons nous efforcer d'inspirer au peuple chrétien l'effroi salutaire des jugements de Dieu '. » C'est pour s'acquitter de ce devoir que le théologien Jacques Heerbrand publia, en 1577, son sermon « sur le signe terrible de la comète vulgairement appelée « queue-
' Les étoiles, dans la « magie naturelle «, ne présageaient que des événements heureux. Aussi ce docteur de Bàle qui avait vu, dans l'étoile miraculeuse delbT2, le présage de troubles sanglants et prochains en France et dans les Pays-Bas, passail-il pour mauvais philosophe, pour un magicien peu éclairé. Il en était tout autrement des comètes dont les longs rayons ressemblant à des verges signifiaient, d'après la magie naturelle, châtiments et catastrophes, guerres et effusions de sang. Il y avait encore une autre dilîerence entre les étoiles et les comètes, c'est que les premières se rapportaient aux «faits généraux» intéressant toute une nation, tandis que les autres avaient plutôt trait aux « événements singuliers » qui se passent çà et là dans le monde. De plus, les prédictions des comètes ne s'accomplissaient pas immédiatement, mais quelquefois la septième année seulement. « Je serais donc tenté de croire, en ce qui concerne la comète actuelle, qu'on ne comprendra son vrai sens que dans sept ans d'ici ; alors sans doute une grande révolution éclatera. » Feuilles B^, C 1, F l'', F 2, H. K. N.
- Voy. WoLF, Astronomie, p. 85.
* Voy. notre 1" volume, p. 111-112; Wolf, p. 112-117, 126, 181-388.
* Pierre Apian, professeur de mathématiques à Ingolstadt (f 1552), et Jean Richter ou Priitorius, professeur d'Altorf (f 1616), la combattirent seuls. Voy. WoLF, p. 102, 265, 407-408. Parmi les catholiques, l'évêque de Trêves, Pierre Binsfeld, dans son Trachitus de confessionibus maleficorum, etc. (Trevir, 1591, p. 418-425), se prononce en faveur du sens miraculeux des comètes {Ex speciali Bei dispositione apparet). Il regarde les comètes comme des signes surnaturels, avertissant les hommes de la part de Dieu.
^ Von den grewlichen Missgeburlen, feuille G 2.
« de-paon ' »^ et que le prédicant Christophe Irenäus écrivit Tannée suivante : Je Pronostic de la parole de Dieu, mémento très utile et prédication de pénitence chrétienne pour ces tempjs malheureux^ au sujet de la comète qui, depuis la Saint-Martin 1577 jusqu'à la Saint-Martin 1578, a brillé dans le ciel; suivi de la description d'un grand nombre d'autres comètes et signes effrayants et du récit des événements qui ont suivi leur apparition-. A la même date, le surintendant André Célichius préparait son Mémoire théologique sur la nouvelle comète^, et Louis Hamel écrivait en vers allemands une Relation théologique sur la sinistre comète et sur ses effets *. Épouvanté par ce redoutable signe de la colère divine, l'Electeur Auguste de Saxe pria Selnekker et Jacques Andrea de composer^ à son sujet, des prières liturgiques dont il ordonna la récitation dans toutes les paroisses de ses Etats*. En 1580. Adelar Prétorius, prédicant dErfurt. dédia « à la Chrétienté tout entière " un Mémoire dévot sur reffrayante comète que les cœurs et les yeux chrétiens n'ont pu voir sans épouvante resplendir au firmami'nt pendant les nuits d'octobre et de novembre de l'année 1580*. Zacharie Rivander, prédicant de Lückenwalde, traita plus à fond encore la question de la comète ; elle annonçait, selon lui, la guerre, Teffusion do sang et le jugement dernier. Il en décrivait longuement et minutieusement la forme, les proportions et la couleur, et s'étendait aussi sur beaucoup d'autres « signes miraculeux » observés à Berlin, dans le comté de Mansfeld et ailleurs. Un « prodige céleste » avait été signalé dans le Mansield ; une gravure, partout répandue, suivie d'un texte explicatif, avait mis tout le monde à même d'en comprendre le sens. Dans la préface de son livre. Rivander avoue que, de lavis de bien des gens, ce n'est pas aux prédicants, mais aux mathématiciens qu'il appartient d'expliquer les comètes : « Mais je me soucie fort peu de l'opinion de ces bons personnages, » ajoute-t-il. « Comme leur père le diable leur apprend à le faire, les savants méprisent de tout leur cœur les prédicants, mais ils ne me feront pas changer d'avis ; quant à moi, je suis décidé à faire fructifier fidèlement le talent que le Sei-
' Tübingen, 1577. S'inspirant de ce sermon, Ivreidweiss, maître d'école de Léonberg, composa en 1576 V Avertissement loyal et l'utile exhortation à la pénitence, à propos du signe effraifanl qui vient de paraître dans le ciel et qu'on appelle comète ou queue-de-paon. « En châtiment de ses crimes, de la dépravation générale des mœurs, l'Allemagne touche aux abinies. >> écrivait Kreidweiss. « Je vais vous dire quel est mon humble avis sur notre situation actuelle : Cette comète signifie l'empire, la puissance et la doctrine de Mahomet. Elle signifie aussi le pouvoir du Pape, lequel, de même que Mahomet, étend sa tyrannie et propage l'idolâtrie. »
* Sans indication de lieu, 1578.
= Magdebourg, 1578.
'i Francfort-s/M., 1578.
5 Weber, .4n/ia von Sachsen, p. 363.
« Erfurt, 1580.
gneur m'a confié '. » La comète de 1618 est regardée;, dans une foule d'écrits du temps^ comme S3mbolisant la trompette dernière qui doit un jour annoncer aux hommes le second avènement de Jésus-Christ. Mövius VölschoW;, d'abord professeur de mathématiques et bibliothécaire à l'Université de Griefswald^ puis pasteur et « prepositus » à Bergen (principauté de Rügen)^ avait étudié très à fond « le message et la lettre de créance du céleste prodige : « Le bon Dieu aurait bien sujet de se plaindre de nous^ » écrivait-il, « si nous n'examinions pas son ouvrage avec la plus grande attention. Lorsque la voix de la trompette dernière retentit haute et claire, lorsque le rugissement du lion se fait entendre, qui serait assez fou pour se boucher les oreilles? Non content de nous adresser tous les jours des menaces prophétiques par la bouche de ses serviteurs. Dieu se sert encore de signes effrayants, de symboles terribles, d'apparitions étranges. On a vu, pendant la nuit, à des heures inusitées, larc-en-ciel paraître dans les nues; tels sont les prodiges que Dieu opère parmi nous ; nous en sommes les témoins effrayés, et cela est bien juste et bien naturel. Mais en nous attachant à la parole de Dieu, nous ne pouvons errer. Or, non seulement Jérémie a parlé de ces sortes de prodiges (ch. xvm, v. 11), mais il nomme les événements qui les suivent ordinairement, et David, à son tour, atteste que Dieu nous menace de grandes calamités, quand il nous envoie ces avertissements terribles. » Dans ce sermon sur la comète, les hérétiques anciens et nouveaux, « ariens, photiniens, schwenkfeldiens, anabaptistes, jésuites, et semblables docteurs du démon » tenaient une grande place, et sans doute il dura bien longtemps, car il ne remplit pas moins de dix grandes feuilles d'impression-.
D'innombrables « pronostics », composés « par de très célèbres mathématiciens et physiciens », répandaient presque tous les ans de nouvelles terreurs parmi le peuple ^ « L'épouvante, l'angoisse sont devenues depuis bien des années notre pain quotidien, et c'est
' Von dem newen Comelstern des verganr/en Jars, etc., Wittenberg, 1581. Wendelin von Helbaeh olïrit au public la Description parfaitement authentique des trois effrayantes comètes qui ont paru dans le ciel, avec l'explication de ces phénomènes, le tout en rimes agréables, Francfort-s/M., 1580. Voy. Weller, Annalen, t. I, p. 247, n°252. Sur l'explication de la comète de 1607, voy. Kurtzer und gründlicher Bericht, etc., feuille C*-H-.
- Tiré de Biederstedt, p. 45-54.
^ Voy. par exemple : Practica und Prognosticacionen von Carion und Salomon, qui prédisent les événements jusqu'en 1560, imprimé chez Cammerlander, à Strasbourg, en 1545. A la même date parut à la même librairie une autre Grande Prophétie, prédisant les événements jusqu'en 1581, contenant de longues, importantes, graves, effrayantes prophéties méritant d'être prises en considération par toutes les classes de Ja société (Yoy. Roskofp, t. II, p. 322 et suiv.). En 1574, Paul Grebner publia un Sericum mundi filumseu vaticinurn, quo nuntialnr subita