LE LIVRE DES PRODIGES » DE JEAN HEROLD
prochait, elle prenait aussitôt une attitude singulièrement féroce, puis elle s'accroupissait, faisant des mouvements étranges et poussant de grandes clameurs: au contraire^, elle était calme et douce lorsque entraient des bourgeois ou des paysans'. Fincelius disait en terminant : « Après avoir, non sans grand labeur, recueilli et rapporté tous ces divins prodiges, une crainte me traverse à Tesprit : j'ai peur que des écrivains malintentionnés^ malveillants à mon égard, n'aient l'audace de retrancher ou d'ajouter un jour quelque chose à mon livre. Je les conjure instamment de vouloir bien le laisser tel qu'il est, sans le modifier d'aucune façon et sans le corriger. Si quelqu'un veut travailler pour le bien public^ qu"il fasse paraître de son chef un autre livre du même genre -. »
Fincelius ne tarda pas à publier une seconde, puis une troisième partie de son ouvrage, et c'était à bon droit qu'il assurait que partout il rencontrait « excellent accueil et succès ». A Francfort, en 1509, Michel Härder^ rien que pendant la foire du carnaval,, vendit cent soixante et onze exemplaires des trois parties réunies % et Sigismond Feyerabend, pendant les foires de l'année précédente, en avait écoulé deux cent trente-trois exemplaires*.
Jean Herold^ de Bàle, continua l'œuvre de Fincelius. En 1567^ il fit paraître le Livre des Prodiges, traduction, enrichie de nombreux commentaires, du livre latin du prédicant Conrad Lycosthènes (Wolffart), publié deux ans auparavant. Ce livre rapportait « tous les récents prodiges opérés par le Tout-Puissant au ciel, sur la terre et dans les eaux » . Herold espérait^ par le récit de tant de faits surnaturels, « porter les élus à des réflexions chrétiennes, et éclairer les méchants sur les châtiments réservés à leurs crimes. » « On trouvera dans cet ouvrage, » écrivait-il dans sa préface, « bien des choses qui^ au sens humain, paraissent invraisemblables et impossibles, car on y entendra, par exemple, parler des bœufs, des ser- |)ents et des chiens; on verra des arbres ou des montagnes changer de place, la feuille de la vigne pousser sur des hêtres, du blé croître sur des chênes, une femme changée en homme, la mer enflammée, et dans cette mer des îles inconnues, sans parler de beaucoup d'autres merveilles qui semblent difficiles à croire à des esprits inexpérimentés. Mais dans cette question, il faut se laisser humblement instruire, .car tous ces prodiges sont attestés par des personnages très dignes de foi, dont quelques-uns les ont vus de leurs propres yeux ou les ont entendu raconter par des témoins irrécu-
' Feuilles E. 2^ J. 3, J. 8. n° 8, Q. 5^ R. 3-6, T. 3M. V. 7. Voy. Irenäüs, p. 2.
- Feuille X. 3.
^ Messmemorial, p. vu.
* Pallm.4.\.\, p. 160.