PRÉDICTIONS RELATIVES AU JUGEMENT DERNIER
rible vision : il leur avait été révélé que le jugement dernier était très proche; mais elles avaient prié avec tant d'ardeur que Dieu, dans sa compassion, avait encore suspendu le jour de ses vengeances '.
Luther avait tant écrit sur la fin du monde, la considérant comme imminente, que savants et prédicants protestants s'attendaient « à la prompte et suprême manifestation du Seigneur ». « Ce qua prophétisé Luther, le nouvel Elle, le second saint Paul, doit nécessairement se réaliser, >< écrivait un prédicant en 1562; « il n'y a que les papistes impies, les incrédules, les épicuriens, les sodomites, les insensés qui puissent en douter. Le monde n'est-il pas rempli de blasphèmes, d'imprécations , de parjures, d'impudicités, d'adultères, d'usure, d'oppression du pauvre, des vices les plus hideux, les plus grossiers, et ne sommes-nous pas bien fondés à croire que la trompette dernière ne tardera guère à se faire entendre, appelant tous les hommes au dernier jugement? Que signifient ces prodiges, ces visions dont on n'avait jamais entendu parler auparavant, sinon que Jésus-Christ viendra très prochainement pour juger et pour punir-? » Philippe Agricola (1577), 31aurice Seydel (1582), Jeanlloltheuser (1584), dans leurs cantiques ou leurs catéchismes rimes, revenaient sans cesse sur le prochain avènement du Seigneurs En 1582, le surintendant Georges Nigrinus annonçait aux fidèles du haut de la chaire qu'un ange, tenant à la main une épée nue, était apparu à plusieurs personnes et que lui-même, en observant le ciel, y avait distingué des poutres enflammées, de longues piques et des arquebuses. Que signifiaient ces sinistres signaux, sinon le dernier jugement qui devait s'opérer par le feu *? Michel Mästlin. professeur de mathématiques à Heidelberg, était tellement persuadé de l'approche de la fin du monde qu'il faisait un crime à Grégoire XIII de n'en avoir pas dit <( un seul petit mot » dans sa bulle sur le nouveau calendrier; c'était bien la preuve, à son avis, que le Pape et les partisans du nouveau calendrier ne croyaient pas au jugement dernier, ne se souciaient ni de Jésus-Christ ni de la fin du monde, et qu'ils en étaient moins occupés que ces épicuriens sceptiques dont l'apôtre Pierre avait parlé, ce même Pierre dont le Pape osait se dire le successeur et l'héritier^ ! Le prédicant Gaspard Füger expliquait aux paysans que le Pape, saisi d'eff'roi à la pensée du jugement dernier, avait inventé le nouveau calendrier dans l'espoir que Jésus-Christ,
' Weller, Zeitungen, n» 659.
- Von grewlichen Missgeburten, îeuiMe C 2.
3 Weller, Annalen, t.I, p. 252, n°' 28-L p. 334, n» 214, p. 340, n» 254.
* Voy. notre 5« volume, p. 378-379.
3 Ibid., p. 383-394.