‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 50 sur 573 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

plans calvinistes pour la SÉCULARISATIOiN DES ÉVÈGIIÉS. — PRÉ- LUDES DE LA CATASTROPHE DE COLOGNE. lo8l-lo8iJ.

A datei-dc la mort de l'Électeur palatin Frédéric III, le Calvinisme avait été exclu de la vie publique et politique de l'Allemagne. Depuis la signature du Formulaire de Concorde, les Calvinistes zélés avaient même pu craindre un moment que la ruine complète de leur Église ne suivît de près l'union des membres d'Empire luthériens avec les Catholiques. « Beaucoup pensent, » mandait le comte Jean de Nassau, en avril 1581, à son frère Guillaume d'Orange. « que le jour où l'union des Luthériens avec les papistes sera un fait accompli, les Réformés, c'est-à-dire les Calvinistes et les ZwinglienS; seront traités avec la dernière rigueur; leur complète ruine est mémo à craindre; on redoute un massacre général, dans le genrede celui de Paris, et qu'ils ne soient traités comme au trefois les Templiers. » Pour se consoler, Jean constatait avec satis-

2 PLANS CALVINISTES POUIl LA. SÉCULAUlSATlON DES É VÉCUES. Jo8I.

faction ([ue le Formulaire de Concorde perdait tous les jours de son autorilô, et rapportait que le roi de Danemark avait fait dire au landgrave de liesse que « s'il apprenait jamais qu'il eût signé le Formulaire, il ne le tiendrait plus que pour un misérable ». De plus, le comte al'lirmaitquo « la véritable religion» s'enracinait toujours plus profondément dans l'Empire 1. « Les Calvinistes, » écrivait le juriste Victorien Friedman en décembre 1381, « reprochent aux Concordistesleur commerce criminel avec les papistes idolâtres, et menacent d'exterminer les uns et les autres. » « De leur côlé, les Concordistes, dans leurs écrits et leurs discours, remuent ciel et terre pour perdre les Sacramentaires; tous sont animés d'une telle haine les uns contre les autres que de graves et sanglants désordres sont à prévoir; les hauts et puissants personnages ne sont pas même en sécurité. A Dresde, on a découvert un complot contre l'Électeur Auguste, complot vraisemblablement ourdi par les Calvinistes. En liesse, une landgrave, qui passait pour calviniste, a été grièvement blessée par un gentilhomme attaché au service de l'Électrice luthérienne du Palalinat "-. »

Le comte palatin Jean-Casimir passait à juste titre pour le chef politique et le conseiller attitré des Calvinistes allemands. Depuis de longues années, ce prince travaillait à unir, dans un but commun, tous les états calvinistes. « Dans l'Empire allemand, » disait-il un jour après boire, et sans être nullement gêné par la présence d'un conseiller de l'Électeur de Mayence, « jamais les choses ne marcheront tant que nous aurons des prêtres et des évêchés; il laut tout séculariser ; la pleine liberté de notre culte doit être accordée dans tous les pays papistes, dût l'Empire être comme refondu en un nouveau moule, dussions-nous donner pour chef suprême à l'Empire un prince évangélique.La chose est d'autant plus à désirer, comme le pensent des hommes graves, animés d'intentions loyales, que le prestige et lepouvoir de la Maison d'Autriche, comme tout lemonde peut s'en apercevoir, diminuent tous les jours. L'Empereur se laisse absorber par la question turque; ses sujets sont continuellement sur le point de se révolter contre lui, il ne peut rien empêcher, de sorte que si l'on mettait la main à l'œuvre avec énergie dans les évêchés papistes, principalement dans les pays du Rhin, on verrait bientôt le saint Évangile prendre partout un rapide accroissement 3. »

1 Voy. Groen van Pri>sterer, t. VII, pp. 538-539.

- * Lettre du 27 décembre 1581 au docteur Charles Hundhausen ; sur cet événement, voy. Rommel, Neuere Geschichte, t. I, p. 814.

* Tiré d'un mémoire détaillé de l'official de l'Electorat de Trêves, Winand Bechold, sur la Dicte d'Augshonrg de 1582 et sur quelques allaircs traitées durant cette assemblée ; le mémoire est en ma possession.

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