LES PROTESTANTS ET LE CONCILE
que la promulgation des nouveaux décrets fût ajournée, espérant, par cette concession, décider les Protestants à répondre à l'appel du Saint Père, les légats, avec l'approbation du Pape, proposèrent de commencer par la mise à l'index des livres condamnés, pensant que les Luthériens viendraient prendre au Concile la défense de leurs doctrines. Mais ni le Pape ni Ferdinand ne purent ébranler leur résolution, bien que des décrets d'Empire eussent garanti leur sécurité en termes qui ne pouvaient leur laisser aucune inquiétude, et qu'ils fussent, au fond, très persuadés que l'Empereur, en leur absence, ne violerait ni ne laisserait violer en aucune manière la paix de religion. Entre eux, ils n'appelaient le Concile que « le synode de Satan » .
Pendant toute la durée du Concile, des bruits alarmants circulèrent sur la formation d'un prétendu complot papiste pour l'extermination générale des Evangéliques. Aussi, du côté protestant, insistait-on sur la nécessité de prévenir Jes assassins et de déjouer « l'exécrable complot Catholique ». A les en croire, le Pape et les évêques étaient résolus de se défaire des Confessionistes par le glaive ou le poison.
Le cardinal Otto, instruit de ces mensonges, écrivait à Albert de Bavière le 26 septembre 1562 : « On prétend tenir de bonne source que le cardinal de Trente a donné ordre à quelques welches d'assassiner plusieurs princes et Electeurs du Saint-Empire et que, dans ce dessein, le Pape a envoyé en Allemagne, muni de poisons subtils, un certain Ludovic Martello. Ce ne sont là que mensonges d'hérétiques; ils montrent, parla, toute la noirceur de leur àrae. Jamais paysan, à plus forte raison, jamais prince, n'eût ajouté foi, jadis, à d'aussi pitoyables contes. Pour les croire, il faudrait avoir une légèreté, je ne dis pas allemande, mais toute française. » Otto, quelque temps auparavant, avait écrit : « Dans toute l'Allemagne, je le dis avec une profonde douleur, le bruit se répand, chez les petits comme chez les grands, que le Pape veut faire exécuter les décrets du Concile, au moyen des échafauds et des supplices. En présence de ces calomnies nous ne pouvons nous dispenser, en vrais et loyaux Allemands que nous sommes, pour rendre hommage à la vérité et prouver notre amour et fidélité envers Dieu, de donner à nos frères et à notre pays cette simple et très véritable assurance : Le Pape regarde le Concile comme le meilleur moyen de remédier aux maux et abus de l'Eglise; ni lui ni les siens ne songent à la guerre, les Catholiques n'ont aucune pensée hostile. Nos adversaires auraient grand tort d'ajouter foi aux bruits absurdes que de vils agitateurs propagent. Qu'ils s'informent, qu'ils envoient