QUESTION DU CÉLIBAT DES PRETRES
pour obtenir le libre exercice de la Confession d'Augsbourg. En Bavière, on fit la même expérience.
Une lettre de l'Electeur palatin à Guillaume de Saxe va nous'montre comment fut appréciée du côté protestant la condescendance du Saint-Siège. Frédéric, après avoir dit que le Pape, apôtre de Satan, tenait en captivité dans la prison du démon son père, quantité de chrétiens, contraints et forcés parsa tyrannie à la confession auriculaire, ajoute quesa prétendue béuévolenceestun poison si perfide que beaucoup de gens simples nesont pas même en état d'en comprendre la subtilité ; qu'on se flattait d'avoir obtenu beaucoup, tandis qu'en réalité on était tombé tout droit dans le piège du démon et de son digne apôtre *. « Gardez-vous, » disait en chaire un prédicant, « du piège infernal de Rome ! Il faut que Dieu soit terriblement courroucé contre nous pour avoir permis au diable et à son apôtre vomi de l'enfer d'abuser les âmes chrétiennes et de les attirer vers l'abîme en les déterminant à accepter le calice papiste ! Ceux qui l'ont fait se sont vendus au diable, jo vous le dis en vérité ! » Ce prédicant qui s'intitulait « serviteur pacifique du Saint- Evangile » citait plusieurs passages de 1 Ecriture à l'appui de son dire 2.
Si le Concile eût autorisé le mariage des prêtres, le résultat eût été exactement semblable. « Quand bien même, » avait dit Luther en ropres termes, « un, deux, cent, mille Conciles ou plus encore décideraient que les prêtres peuvent se marier sans désobéir à la parole de Dieu, j'aurais plus d'indulgence, plus de confiance en la grâce divine pour le prêtre qui aurait eu pendant sa vie une, deux ou trois concubines, que pour celui qui, par respect pour le décret d'un Concile, serait demeuré dans le célibat. Je voudrais dire à tous au nom do Dieu que personne ne doit se marier parce qu'un Concile l'y a autorisé, et cela sous peine de perdre son âme ; un prêtre n'a qu'une chose à faire : s'essayer d'abord à vivre dans la continence , puis, s'il sent qu'une telle vie lui est impossible, ne point se décourager à la vue de sa faiblesse et de son péché, et invoquer le secours du Seigneur 3. »
Le mariage des prêtres n'avait point grandi le respect du peuple protestant pour l'état ecclésiastique ; au contraire, on se plaignait de
1 Lettre du 26 juillet 1564; voy. Kluckhohn, Briefe, t. I, pp. 517-518. * Neue Fände und Auskotzungen des Satans, etc., den getrewen Christen cur Warnung gestellt durch ein friedfertigen Diener des hl. Eoangelii (1564.) AJ. c. s Sämmtl. Werke, 1. XXIX, p. 23. Voy. notre second vol., p. ay3.