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QUESTION DU « CALICE LAÏQUE

ils, « que l'assemblée welche ne peut être appelée Concile général et que les papistes ne se croient pas tenus d'obéir à des lois qu i n'ont reçu la sanction d'aucun archevêque, évêque ou prélat du Saint-Empire. » La façon dont Albert de Bavière, et même l'Empereur envisageaient la question montre combien, à cette date, les princes catholiques avaient des notions peu exactes sur les Conciles : « Un synode, où les princes d'Empire protestants et les autres puissances protestantes, comme l'Angleterre, l'Ecosse, le Danemark, la Suède et la Suisse ne sont pas représentés, » disaient-ils, «ne peutêtre considéré comme un Concile œcuménique1. »

Parmi les points de réforme proposes par l'Empereur et par le duc Albert de Bavière, venait en premier lieu la question du « calice laïque ». Beaucoup de catholiques prétendaient qu'un très grand nombre do protestants seraient ramenés à l'Église par cette sage concession, et que nombre d'àmcs hésitantes n'attendaient qu'elle pour revenir à la vraie foi. Le Concile, par ses premières déclarations, avait dogmatiquement établi que la réception des deux espèces n'a été rendue obligatoire par aucun commandement de Dieu, que l'Eglise a eu de justes motifs pour distribuer aux laïques et aux prêtres non célébrants la communion sous la seule espèce du pain et qu'elle n'a pas erré dans cette disposition, puisque Jésus-Christ est contenu tout entier sous l'espèce du pain comme sous celle du vin2. Mais qu'elle pût, sans difficulté, accorder à tous les fidèles la communion sous les deux espèces, les Pères les plus opposés au calice laïque ne firent jamais difficulté de l'avouer et le général des jésuites, Lai nez, le déclara hautement. Lorsque l'Abbé Richard Vercelli émit l'opinion que demander la communion sous les deux espèces c'était déjà pencher vers l'hérésie, le légat, voyant dans cette parole une oflense pour l'Empereur, le réprimanda sévèrement et lui imposa silence. 11 nes'agissait, en effet, comme Lainez le fit très bien comprendre, quede l'opportunité pratique de cette concession : ni la décision du Concile, ni celle du Pape ne devaient, en cette matière, avoir un caractère d'infaillibilité.

* Voy. les lettres d'Albert et de Ferdinand, dans Sickei,, pp. 130-139.

* L'Eglise enseigne que la sainte Eucharistie contient le corps de Jésus-Christ à l'état glorieux, c'est-à-dire, impassible et indivisible; il s'ensuit que Jésus-Christ est tout entier contenu sous l'espèce du vin comme sous celle du pain. La différence des espèces au saint sacrifice de la Messe représente d'une manière mystique la mort du Seigneur, qui s'est accomplie sur la croix le Vendredi Saint par la séparation de son sang d'avec son corps, encore passible cl mortel.

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Mais la question « de l'opportunité pratique» conduisit à de longs et orageux débats, a Aucun point n'a été discuté avec plus d'acrimonie et de tapage, » écrivaient les ambassadeurs impériaux. Les légats, et Pie IV lui-même, semblaient disposés à céder1. L'Empereur fondait sur cette concession toute son espérance du retour des hérétiques au giron de l'Eglise. Ses orateurs disaient tout haut : « Si la communion sous les deux espèces est refusée, l'Empereur retirera immédiatement l'appui qu'il a prêté, et le Concile aura peut-être une issue malheureuse 2. » Malgré tant de périls et de menaces, les Pères, à une très forte majorité, se prononcèrent contre « le calice laïque ». Les légats ayant demandé s'il ne serait pas possible de l'obtenir à certaines conditions reçurent une réponse négative. Rien ne put déterminer les Pères à donner une autorisation positive. A la séance du 17 septembre 1662, ils remirent toute l'affaire entre les mains du Pape, le priant de décider dans sa sagesse, et de faire ce qu'il jugerait le plus utile au bien de la Chrétienté et au salut de ceux qui réclamaient avec tant d'instance la communion sous les deux espèces 3.

Ce qui portait les Pères à refuser « le calice laïque » c'est qu'autorisé à plusieurs reprises par le Concile de Bâle et par Paul III, il n'avait jamais empêché l'apostasie; au contraire, il semblait l'avoir toujours favorisée.

«Le calice, » écrivait le cardinal Stanislas Hosius, en 1558, « est le premier pas vers la scission ; la Confession d'Augsbourg est le second 4. » « Ce n'est pas delui qu'il s agit,» écrivait-il plus tard au duc de Bavière, « c'est de l'article fondamental de notre foi, par lequel nous confessons une Eglise sainte et universelle. Quiconque croit fermement à la divine autorité de cette Eglise doit soumettre son jugement à tout ce qu'elle enseigne. Jamais elle n'a condamné l'usage des deux espèces ; au contraire, elle a déclaré que la communion du chrétien qui a reçu soit une seule, soit deux espèces, contribue à son salut, pourvu qu'il s'en soit approché dans les dispositions requises, et non indignement. Ce qu'elle condamne, c'est l'erreur de ceux qui nient que Jésus-Christ, dont le corps est indivisible, soit contenu tout entier sous chacune des deux espèces, ou qui soutiennent que le calice est indispensable à l'intégrité du sacrement, et que le retrancher c'est exclure les chrétiens du salut en les autorisant à transgresser un commandement divin. Or il est fort à craindre que,

4 Gris.vr, Erste Abhandl., pp. 676 et suiv.

* Pallavicini, lib. XVIII, c. 3, n° 2.

» Grisar, Zweite Abhandl., pp. 89, 105-109.

* Ray.nald, ad a. 1558, a» 17.

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par la concession demandée, l'une de ces deux erreurs ne reçoive une sorte de sanction. La réclamation du calice n'est que le premier pas dans la révolte. Nous voyons qu'en Allemagne on n'est déjà plus satisfait de la Confession d'Augsbourg; on va d'une innovation à l'autre ; le Calvinisme, qui nie la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, se répand de tous cotés. On commence aussi à soutenir que le Christ ne s'est point incarné dans le sein de la Vierge Marie1. Voyez jusqu'où ils en sont déjà venus 1 Les uns nient la sainte humanité du Sauveur; les autres, comme Brenz l'a démontré dans son livre contre Pierre Martyr, sa divinité. Ce n'est pas tout d'un coup qu'on en est venu à ces énormités, c'est par degrés. On a commencé par se séparer de l'Eglise sur la question du calice ; mais s'étant penché vers l'abîme, on n'a pu éviter d'y tomber 2. »

Plusieurs archevêques et évêques allemands consultés parl'Empereur, ceux de Mayenceet dcCologne en particulier, se déclarèrent nettement contre la concession du calice. « Elle ne satisfera, » direntils, « que ceux qui prétendent qu'une seule espèce contient moins que toutes les deux. On accusera l'Eglise d'avoir erré, d'être inconséquente. H semblera que, dans le passé, elle ait pu se tromper dans l'administration de l'Eucharistie. De plus les chrétiens seront exposés à tomber dans l'hérésie nestorienne, qui enseigne que le corps du Seigneur est divisible. L'avantage qu'on en attend semble bien moindre que le péril qu'elle peut créer 3. »

Lainez avait vu juste le jour où il avait dit qu'autoriser la communion sous les deux espèces serait rendre les dissidents plus exigeants que jamais 4. Par un bref donné le 10 avril 1564, Pie IV, cédant malgré lui aux pressantes instances de l'Empereur et d'Albert de Bavière, autorisa les évêques allemands à permettre la communion sous les deux espèces aux laïques qui le demanderaient, pourvu qu'ils confessassent préalablement que Jésus-Christ est tout entier contenu sous l'espèce du pain comme sous celle du vin, et qu'ils renonçaient de bon cœur à tout ce qui pourrait les séparer jamais de la foi catholique et de l'obéissance envers à l'Eglise.

En Autriche, ce bref fut solennellement proclamé, et parut d'abord avantageux au maintien de l'ancien culte. Mais on s'aperçut dès cette même année (156i) que ceux qui l'avaient tant réclamé s'en servaient pour recruter des adeptes parmi les catholiques et

1 Bocholtz, t. VIII, p. 657.

* Hosii Opp. , t. II, pp. 215-216.

5 Bucholtz, t. VIII, p. 664.

« Grisar, p. 68.

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