‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 127 sur 315 · G8 OPPRESSION DE L'ÉGLISE PAR LES POUVOIRS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

G8 OPPRESSION DE L'ÉGLISE PAR LES POUVOIRS CATHOLIQUES

ancêtres en faveur des pauvres, les bains des âmes, les repas de Dieu, etc., et cela trop souvent avec plus de rapacité que les Luthériens eux-mêmes. » « Ils traitent les prêtres comme des serfs, déchirent les chartes et lettres de privilège des abbayes, font bombance dans leshôpitaux et maisons de charité dont ils épuiscntles revenus pendant les visites qu'ils y font sans aucune nécessité, au grand préjudice des pauvres1. »En Autriche, Ferdinand, qui s'était si amèrement plaint au Concile de l'avidité honteuse de quelques prélats sans conscience, écrivait, en 1548, aux curateur laïques : « Il me revient de bonne source que quelques-uns d'entre vous accaparent les biens ecclésiastiques et les confisquent en totalité ou en partie, selon leur fantaisie ou leur intérêt, sans avoir égard aux héritiers, aux dettes contractées et à [d'autres circonstances. Par ce grave et inique abus, le clergé'est devenu méfiant, et refuse maintenant de se charger des paroisses et [des abbayes. Elles restent donc sans pasteurs, et le peuple, en ces temps difficiles, est privé de la sainte parole et du service divin, au grand péril de son âme 2. » Avant son avènement Maximilien avait eu coutume de se plaindre très haut « de ces prélats cupides qui détournent à leur profit les biens et fondations ecclésiastiques du but pour lequel les pieux ancêtres les avaient fondés » ; mais une fois Empereur, il vendit le quartfdes biens ecclésiastiques do ses Etats, et sans aucun scrupule accabla les couvents de taxes écrasantes ; il conféra des bénéfices ecclésiastiques à des personnes séculières, le tout pour satisfaire ses courtisans. « Tantôt c'était un musicien de la cour et sa femme qu'il fallait richement pourvoir ; tantôt un architecte du prince, auquel un bénéfice depuis peu vacant était indispensable; ou bien c'était le conseiller d'un comte d'Empire qui recevait une abbaye ou les revenus d'une paroisse 3. » Maximilien affectait un grand mépris pour les prêtres ambitieux, toujours prêts à se mêler des affaires civiles : « Gela ne fait jamais de bien, » disaitil. Cependant lui-même, usurpant un pouvoir qui ne lui appartenait pas, trouvait bon de prescrire aux évoques et aux couvents, en les menaçant de sa colère en cas de désobéissance, le nombre de messes qu'ils devaient dire, les collectes qu'ils pouvaient recueillir, la manière de dire l'office ^ou d'administrer les sacrements. Au reste, « tout respect pour la religion, si ce n'est peut-être pour le caractère sacré des évêques et des prêtres, était totalement éteint en Autriche 4 ».

1 Christliche Klagc-und Trostschrift, voy. plus haut, p. 63, note I. * Wiedemann, t. I, pp. 96-97.

» WlEDEMANN, pp. 206-208.

« Klehsl's Denkschrift, voy. Haumüh-Purgsmll, t. I, Documents, pp. 308-313

L'abaissement des mœurs monastiques, l'étrange et coupable frivolité de la plupart des princes avaient fait prévaloir l'usage de donner entrée dans les couvents aux « chasseurs, fauconniers, palefreniers et autre valetaille du même genre». Le clergé s'en plaignait continuellement : a Ces intrus, » disait-il, « font bombance jour et nuit, vont jusqu'à amener des femmes avec eux, et sont insatiables. » « Ils mènent une vie scandaleuse dans les abbayes; nonseulement il faut leur servir à toute heure du jour et de la nuit à manger et à boire, mais il laut encore donner tout ce qu'il y a de meilleur à eux et à tous ceux qu'il leur plaît d'amener avec eux, sans aucune nécessité. » En i528, les ducs de Bavière avaient sévèrement interdit toute « licence et bouffonnerie » dans les cloîtres ; mais leurs ordres n'avaient été que « poussière au vent »

Le clergé attribuait surtout « l'esprit d'insubordination et le mépris croissant du peuple pour les prêtres » au maintien du prétendu « droit de spoliation » exercé par les officiers des princes et des nobles. « N'avons-nous pas sujet de nous plaindre, » écrivait le clergé de Passau, ce lorsqu'après la mort d'un curé, souvent même avant qu'il n'ait rendu l'àme, nous voyons sa cure envahie par les huissiers des tribunaux laïques? Pendant plusieurs jours, ce ne sont que festins, que ripailles ; il semble que ce soit jour de kermesse, et l'héritage du défunt se trouve tellement diminué par ces excès, que souvent c'est à peine si l'ordinaire peut obtenir la part qui lui revient, et les créanciers ne parviennent pas à se faire payer. Déplus, ces gens de justice ont l'indécence de montrer ouvertement leur allégresse aux pauvres curés agonisants; ils ne leur cachent point qu'ils se proposent de mener bientôt chez eux joyeuse vie. »La diète de Bavière avait, à diverses reprises, flétri les mêmes abus : « S'il arrive qu'un curé ou un ecclésiastique ait quelque chose à laisser après lui, les autorités laïques mettent aussitôt la main sur son héritage; créanciers et héritiers réclament en vain ce qui leur est dû; pour toute réponse, on leur assigne des délais sans fin, on n'oppose à leurs réclamations que frais de justice exorbitants. La cause est si longtemps en suspens que bien souvent, avant qu'elle n'ait été jugée, tout l'héritage s'en est allé en fumée.»La noblesse s'appropriait, soit en totalité, soit en partie, les biens des cures et prieurés placés sous son patronage, et toutes les plaintes portées par les synodes sur ces abus restaient sans effet *.

En d'autres pays catholiques, surtout en France, dans le royaume

i Vojr. Si genheim, Baieras Zustände, pp. 265*266; voy. aussi notre seeond vol., * pp. 361-36».

* Voy. Sugenhew, Baieras Zustände, pp. 267-271.

de Naples, en Sicile, en Espagne, l'Eglise était encore plus asservie.

Le Concile était donc pleinement dans son droit en posant pour condition de la « réforme générale » l'abolition des abus du pouvoir laïque. LoPape, au printemps de 1503, avait dit à I ambassadeur d'Espagne « qu'il était tout disposé à entreprendre la réforme générale, mais qu'il espérait bien que le roi Philippe et les autres princes temporels n'en seraient pas exclus 1 ».

Sous peine d'excommunication, le Concile interdit aux princes de s'immiscer dans les affaires purement ecclésiastiques, exigea le respect des antiques prérogatives du clergé, déclara que la libre juridiction, (a liberté de décider dans toutes les affaires se rattachant directement ou indirectement au for ecclésiastique, appartient exclusivement à l'Église, ordonna que les taxes prélevées par l'État, fussent réglées d'une manière plus conforme à l'équité; nia que les princes eussent le droit de conférer des bénéfices aux prélats ou chapitres et d'en offrir en aucun cas l'expectative. Il leur interdisait également de toucher aux biens et privilèges ecclésiastiques, non plus qu'aux propriétés et privilèges laïques placés sous le patronage de l'Église. Il s'opposa à ce que les fonctionnaires princiers, leurs valets, chevaux et chiens entrassent dans les presbytères ou dans les couvents et défendit aux princes de mettre Vexequatur au bas dos décrets ecclésiastiques 2.

Ces articles de réforme furent communiqués au mois d'août 15G3 aux ambassadeurs des pouvoirs temporels. Ilsexcitèrent de leur part les protestations les plus passionnées. «Le Concile est en butte aux orages, » écrivait le cardinal Otto le 17 septembre; « il court grand risque d'être dissous ; les potentats catholiques menacent de lui retirer leur appui. » « L'Empereur, quoique d'un caractère naturellement modéré, montre un extrême mécontentement, et prévoit de graves désordres si l'on ne renonce aux articles, ou si l'on n'en ajourne l'exécution ; le roi d'Espagne parle de rappeler ses évôqucs dans le cas où le Concile toucherait le moins du monde à ses droits et prérogatives, ainsi qu'il lui plaît dénommer les attentats commis en Espagne contre l'Eglise. Le roi de France, ou plutôt les conseillers de cet enfant, se conduisent comme s'ils étaient à demi possédés du diable, et leur conduite nous fait craindre que la France ne se sépare bientôt complètement du Saint-Siège. Sans relâche, avec violence et passion, les princes, leurs conseillers et agents ont réclamé la réforme ; mais dès qu'il est question de l'étendre à eux et à leur

« Bucholtz, t. VIII, p. 607, note.

* Le Plat, t. VI, pp. 227-233. Buchholz, Urkundenband, pp. 703-70!».

gouvernement, ils crient comme si le feu était à la maison, et déclarent intangible tout ce qui émane d'eux et tout ce qu'ils appellent leurs droits1. »

A peine Charles IX cut-il entendu parler des articles de réforme qu'il donna l'ordre à ses ambassadeurs de les combattre de toutes leurs forces, et, dans le cas où leur protestation serait inutile, de quitter Trente dans le plus bref délai ; ordre fut aussi donné aux évèques français, sans nul égard pour le Concile, de partir au plus tôt : « Les Pères, » écrivait Charles IX, « semblent vouloir rogner les griffes aux rois tout en aiguisant les leurs; mais je n'ai point l'intention, même dans les plus petites choses, de laisser porter atteinte à mes droits et libertés; que le Concile se contente de réformer le clergé; il n'a pas à se mêler des affaires de l'Étal ; nous ne souffrirons jamais qu'il touche aux prérogatives royales2 ».

Le 22 septembre, en séance publique, l'ambassadeur de France, Ferrier prononça un discours qui produisit une vivo impression. « Par le décret de réforme, » dit-il, « on s'est évidemment proposé d'anéantir les libertés de l'Église gallicane et l'autorité des rois très chrétiens. Depuis des siècles, ces rois ont rendu des édits de religion qui n'ont jamais porté atteinte aux dogmes chrétiens, qui ne touchent point aux libertés des évèques et ne les ont pas empêchés de résider toute l'année dans leurs diocèses, d'annoncer tous les jours la parole de Dieu, de vivre chastement, sagement et pieusement, et de faire profiter des richesses de l'Église les pauvres qui en sont les véritables maîtres. » Ferrier soutint que les rois très chrétiens avaient fondé presque toutes les églises de France et, comme souverains, avaient droit de disposer librementdes biens et revenus du clergé comme de ceux de leurs autres sujets, du moment que l'intérêt et les besoins de l'État le réclamaient. Il ajouta que les rois de France ne tenaient pas des hommes, mais de Dieu même, cette prérogative. Dieu avait donné les rois aux sujets en ordonnant à ceux-ci d'obéir. Les Pères, par conséquent, ne devaient rien entreprendre contre les libertés gallicanes. « Dans le cas où ils l'oseraient, » dit l'ambassadeur en terminant, « nous avons ordre de protester, comme nous le faisons par avance on ce moment. »

Le lendemain Charles Grassi, évêquo de Montefiascone, répondit « qu'il était inouï que, dans un Concile œcuménique, l'ambassadeur d'un roi chrétien osât parler comme les tribuns de laRomepayenne. Ainsi donc, l'Eglise devait se déclarer satisfaite pourvu que les arrêtés royaux n'empêchassent point les évèques et les prêtres

• Voy. la lettre ritée p. 168, note 2.

1 Lettre de Charles IX, 28 avril 1563, voy. 'Le Plat, t. VI, pp. 194-198.

d'annoncer la parole de Dieu et de distribuer des aumônes! Elle devait trouver bon que toute autorité et juridiction ecclésiastiques demeurassent entre les mains royales, que les biens de l'Eglise fussent confisqués, que les évêqueset les prêtres fussent jugés par les tribunaux laïques, contrairement à la tradition apostolique, aux décrets des Papes et des Conciles, au Concile de Constance luimême! Il n'était pas possible que l'ambassadeur de France eût parlé au nom de son souverain.» « Soutenir que le prince peut librement disposer des biens de ses sujets et qu'aucun évêque n'a le droit de lui résister quand il s'approprie le bien d'Eglise, c'est une impiété manifeste, » déclara à son tour le cardinal Morone *.

Les ambassadeurs impériaux écrivirent à Ferdinand que Ferrier, dans un très beau discours, avait dit beaucoup de choses excellentes sur la réforme, mais qu'il avait profondément blessé les Pères du Concile en parlant du prétendu droit que s'arrogeait le roi de France de disposer des biens ecclésiastiques, et en protestant trop vivement contre toute restriction du pouvoir royal2. Ferrier, de son côté, écrivit à Paris que les ambassadeurs impériaux eux-mêmes, ceux d'Espagne et ceux de Venise, lui avaient unanimement exprimé toute la satisfaction que son discours leur avait causée. Aussi Ferrier déclara-t-il une seconde fois en séance publique « que les rois de France avaient le droit de disposer librement des biens du clergé comme de ceux de leurs autres sujets 3 ; que Charles IX était entièrement d'accord avec son représentant sur ce point, que les rois très chrétiens ne se laisseraient point lier les mains, et qu'ils se serviraient du bien de l'Eglise chaque fois qu'une urgente nécessité l'exigerait, c'est-à-dire toutes les fois qu'il s'agirait de payer les dettes royales, ou de pourvoir avec les revenus ecclésiastiques des bâtards, des favoris ou des maîtresses 4.

1 Voy. ce discours dans Le Plat, t. VJ, pp. 233-237, 241-245.

* Voy. Sickel, p. 606.

> Voy. Lk Plat, pp. 249-250.

* Giovanni Correro, ambassadeur de la République à Paris de 1566 à 1569, dit en parlant de Charles IX. « Pare bella cosa a quella maestà, col distribuée cento sei vescovadi, quatlordici arcivescovadi, sei in settecento abbazie, ed altretanti priorati, poterc, senza metter mauo fa la borsa, pagar debiti, far mercedi, maritar dame, e gratiOcar signori : è l'abuso è camminalo lanto inanzi, che si fa cosi bene mercanzia di vescovaii e d'albasie a quella corte, corne si fa qui di pevere e di canuella. » Albrhi, ser. I, vol. IV, p. 192. Un bâtard de Charles IX, Charles de Valois, fut élu dans sa treizième année Abbé coinmendatairc de Chaise-Dieu ; même après son mariage il en louchait les revenus. Bussy d'Amboisc, le gentilhomme le plus dépravé de son temps, favori d'Henri II, reçut en présent Pabbaye de Bourgueil. Henri IV abandonna à l'une de ses maltresses les revenus de l'abbaye de Châtillon, où Saint Bernard avait été élevé. Il engagea une riche abbaye au proteslant Rosny contre une somme de 50.000 thalers, payables à sa favorite, Mademoiselle d'Entraigucs. Voy. Mostalembbrt, les Moines d'Occident. De telles

Le gouverneur de la Basse- Autriche consulté par Ferdinand sur quelques articles de réforme déjà votés et sur la réforme des princes, exhorta l'Empereur» en termes énergiques, à ne rien concéder au Concile qui, selon lui, ne devait être toléré qu'à la condition d'être surveillé de très près par des commissaires temporels, afin que tout s'y passât régulièrement, et que rien n'y fût décidé qui pût porter atteinte aux droits des nations et des citoyens. Les enquêtes ecclésiastiques dont il avait été question ne pouvaient commencer que lorsque la conciliation religieuse aurait abouti ; jusque-là on ne saurait sur quoi les baser, ni comment effectuer les réformes. Le paragraphe stipulant que les évêques, dans les procès criminels impliquant des peines corporelles ou des confiscations de biens, ne seraient jugés que par le Pape, était inacceptable, injurieux au pouvoir souverain. L'Empereur ne devait pas admettre qu'une semblable atteinte fût portée à son autorité. L'article déclarant que la moitié au moins des canonicats serait abandonnée à des docteurs d'Université, provoquerait de grandes récriminations dans la noblesse, à laquelle ces canonicats avaient toujours été réservés. On ne pouvait admettre que des étrangers, des roturiers y eussent le même droit que les nobles. Jamais non plus les nobles ne consentiraient à ce que les églises pauvres fussent entretenues sur les bénéfices restés vacants; or, sans leur assentiment, rien ne pouvait être décidé. Le décret ordonnant qu'aux paroisses [trop pauvres pour entretenir un curé certaines dîmes seraient attribuées, était à supprimer, car il était impossible de dépouiller des laïques de ce qu'ils avaient toujours regardé comme leur appartenant de droit. La réforme des princes voulait encore que les droits de patronage des laïques et leurs titres aux bénéfices fussent examinés et fixés par devant l'ordinaire compétent en ces matières ; cet article était à la fois préjudiciable à l'Empereur, aux seigneurs et aux sujets, car, dans le cas où les documents constatant ces droits auraient disparu, chacun tiendrait à conserver ce qui lui appartenait et refuserait infailliblement de s'en démettre; delà des conflits dangereux, car personne, sans un arrêt des tribunaux, ne se laisserait dépouiller de son avoir et personne ne consentirait jamais à se soumettre aux décisions d'un tribunal étranger. Il était tout aussi impossible d'abandonner aux évêques l'administration des hôpitaux et des établissements de charité. Il importait que là non plus l'Empereur ne se laissât pas lier les mains; le Concile abusait de ses droits lorsqu'il interdisait aux laïques d'élire un prélat ou un bénéficiaire, ou de toucher

« marque? de faveur » faisaient soi-disant partie des droits inaliénables de la couronne.

les revenus des églises et des abbayes, car tous les biens de l'Eglise étaient domaniaux, ils appartenaient de droit aux Empereurs, les abbayes ayant été fondées par les ancêtres de Sa Majesté et par des membres de la noblesse 4 ». Interdire l'accès des couvents aux officiers des princes laïques, à leurs palefreniers, à leurs chiens, à leurs chevaux, était une injustice, car la plupart pouvaient assurément supporter ces charges. Là non plus, l'Empereur ne devait céder aucun de ses droits. Soutenir que les prêtres ne pouvaient être jugés par les tribunaux laïques, c'était contredire la tradition, annuler les anciens privilèges. De plus, le Concile n'avait aucun motif suffisant pour décider qu'à l'avenir il n'y aurait plus de conflit entre les deux pouvoirs au sujet d'excommunication ou d'autres peines ecclésiastiques, car jamais l'autorité temporelle n'était intervenue que dans les cas où l'autorité spirituelle ne s'était pas conformée au droit canon et avait abusé de ses droits. Par conséquent c'était faire injure à l'Empereur, en tant que seigneur et souverain temporel, ainsi qu'aux autres autorités, que de leur retirer les moyens d'examiner et de rectifier les arrêts de l'autorité ecclésiastique. On no pouvait davantage abolir Yexequalur. En un mot, le gouverneur autrichien ne voulait reconnaître à l'Eglise aucune liberté. Sa réponse se terminait ainsi : « L'Empereur, sans le consentement des Allemands, protestants ou catholiques, de la diète autrichienne et de tous les membres d'Empire, ne doit céder sur aucun point au Concile, do peur que des séditions ne viennent à éclater, et que les antipathies dont le clergé est l'objet n'aillent toujours en croissant *. »

Ferdinand chargea ses ambassadeurs de communiquer cette réponse aux légats afin qu'ils comprissent mieux les grandes difficultés contre lesquelles il avait à lutter. « Si la Basse-Autriche élève de telles objections, combien, en Bohême, en Hongrie, et dans tout l'Empire, ne va-t-on pas se récrier davantage3 ! » Un chanoine do Mayence, qui avait traversé Trente en se rendant à Rome, assura aux ambassadeurs impériaux que rien que l'article donnant accès aux bourgeois dans les chapitres pouvait bouleverser l'Allemagne 4.

On eût adouci bien des points de réforme eu égard aux changements des temps, aux difficultés survenues , si l'on eût eu quelque

1 L'article du Concile dont il est ici question portait : c Caveant, ne suos officiales, familiäres, milites eorumvc equos, canes in cpiscoporum ciericorumve ac beneficiorum quorumeumque dominus, aut reli^iosorum monasteriis distribuant, sive pro corum transi lu aut victu quidquam ab eis exigant. »

* Mémoire du 13 octobre 1563, voy. Buchoi.tz, Urkendenband, pp. 706-716.

» Bucholtz, t. VIII, p. 618.

« Bucholtz, t. VU1, p. 606.

loisir pour les examiner de nouveau ; mais les Protestants ne voulaient entendre parler d'aucune discussion sur les délimitations des deux pouvoirs, d'aucune loi supérieure réglant les rapports de l'Eglise et de l'Etat.

Le cardinal Morone dit aux ambassadeurs impériaux qui, au nom de Ferdinand, insistaient pour que les articles de réforme fussent ou complètement abandonnés ou du moins ajournés, qu'il s'étonnait de voir l'Empereur, si ardent d'ordinaire pour la répression des abus, se mettre maintenant du parti des princes. Tandis que le Pape, comme ses prérogatives lui en donnaient le droit, avail laissé la liberté au Concile de décider sur toutes les questions sans se croire obligé de les lui soumettre, l'Empereur supprimait sans hésiter tel ou tel article qui lui déplaisait M « Le décret de réforme, » écrivait-il, « a d'abord été remis aux ambassadeurs des princes temporels afin que sur leurs observations on y apportât des modifications, et qu'ensuite il fût rendu aux Pères du Concile. Quelques articles ayant provoqué leurs critiques ont été ou corrigés ou complètement retranchés. Prenant à part chacun d'eux, nous les avons priés avec insjtance de nous dire toute leur pensée. Si donc il s'y trouve encore quelque chose qui les blesse, la faute n'en est pas à nous, mais à ceux qui so sont tus. Abandonner le projet, en remettre à plus tard la publication, nous ne le pourrions sans causer le plus grand scandale et sans remettre toute chose en question. Presque tous les évêques sont persuadés que la réforme du clergé est indispensable, mais qu'il faut commencer par écarter les obstacles qu'oppose à leur autorité le pouvoir temporel, car ils se plaignent de n'avoir aucune liberté d'action dans leurs diocèses. Si ces obstacles ne sont pas retranchés, non seulement la réforme sera incomplète, mais elle échouera totalement, et toutes les peines que Votre Majesté et nous avons prises seront vaines. » « Tout ce que renferme le projet est conforme non seulement au droit canon, mais encore aux lois précédemment édictées par de pieux Empereurs. A cause des circonstances difficiles où nous nous trouvons il se tait sur quantité d'injustices dont le clergé est victime, sur uno foule d'attentats commis envers l'autorité ecclésiastique. On a évité avec le plus grand soin tout ce qui pouvait compromettre la paix ou retarder les efforts que nous devons tous faire pour repousser l'ennemi héréditaire de la Chrétienté. Comme les adversaires de notre religion n'ont pas de plus ardent désir que devoir l'épiscopat et le clergé proscrits et dépouillés, il convient que le Concile et les

» Bucholt*, t. VUI, p. 610.

176 APPRÉHENSIONS ET ESPÉRANCES DES CATHOLIQUES. i563.

princes catholiques prennent leur défense et réclament pour eux la liberté de remplir leur devoir, d'autant plus que, grâce aux lois nouvelles ou précédemment édictées, nous espérons avoir à l'avenir pour évêques des hommes instruits, sages, irréprochables dans leurs mœurs, pieux, et dignes de tout respect. Le peuple ne saurait être ramené par des prélats sans autorité, des vices à la vertu, de l'hérésie à la véritable foi *. »

Mais les puissances temporelles ne voulurent rien entendre.

L'extrême lenteur des discussions jetait les plus vives alarmes parmi les Catholiques. L'ambassadeur de Venise, Girolamo Sorenzo, écrivait en 1563 : « Le cardinal Garpi, doyen du Sacré-Collège, homme véritablement éclairé et excellent, m'a avoué que, lorsde sa dernière maladie, il suppliait Dieu de le retirer de ce monde, pour ne pas assister à la mort et aux funérailles de Rome. D'autres cardinaux, très dignes de respect, déplorent continuellement la détresse de l'Eglise en ces temps malheureux, et tiennent le mal pour d'autant plus grave qu'ils n'aperçoivent aucun moyen d'y porter remède, si ce n'est l'intervention directe de la miséricorde de Dieu 2. »

« Mais c'est précisément quand tout semble perdu aux yeux des nommes, » écrivait le cardinal Otto, « que nous devons avoir le plus de confiance dans le secours de Dieu , Notre Seigneur Jésus- Christ, soutenant Pierre de sa main puissante, marche encore sur les eaux 3. »

Pendant ce temps, en Allemagne, les Protestants étaient plus que jamais désunis, les décrets de Naumbourg n'avançait qu'augmenter leurs malentendus et leurs querelles.

* 28 août 1863, voy. Siçkel, pp. 588-690.

« Relation du mois de juin 1563, dansALRtifu, ser. II, vol. IV, p. 82. Voy. aussi dans la relation de Galeazzo Cusano (17 mail553), la phrase suivante ■ che si puo comprar hormai la cera per far l'essequio al cadavero dclla chiesa... » Sickkl, p. 496.

3 Voy. plus haut, p. 165, note 2.

Page 1