‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 126 sur 315 · OPPRESSION DK L'ÉGLISE PAR LES POUVOIRS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

OPPRESSION DK L'ÉGLISE PAR LES POUVOIRS CATHOLIQUES

On aurait pu dire avec Luther de la plupart des princes catholiques : «Les cadets de famille, les princes, sont, au fond, d'excellents luthériens ; ils acceptent les présents et l'argent des couvents et des abbayes, s'emparent, dans les églises, detous les objets précieux et convoitent, outre cela, les biens immobiliers du clergé, afin de s'en saisir au moment favorable. De plus, ils violent les droits du Saint- Siège, rançonnent et oppriment à plaisir les membres d'Empire ecclésiastiques. Qui donc leur a appris tout cela? Les livres du Pape? Oui, vas-y voir! C'est Luther qui les a affranchis! et cependant iln'a, pour sa peine, ni remerciement ni louange *. »

Toutes les fois que la nécessité des temps l'avait exigé, les Papes avaient chargé les princes de régler des intérêts purement ecclésiastiques. C'est ainsi qu'Adrien VI, à la suite du retard apporté par les évêques bavarois au rétablissement de la discipline, avait, en 1523, autorisé les ducs de Bavière à nommer une commission ecclésiastique, chargée, sans le concours des ordinaires, de décréter des peines sévères contre les fauteurs de scandale, d'envoyer des enquêteurs dans les couvents et de faire destituer les supérieurs indignes 2. Mais ce que des circonstances exceptionnelles avaient seules autorisé, les princes l'avaient peu à pou considéré comme un droit permanent, inhérent à leurs fonctions, soutenant que, lorsque la foi n'était pas directement en jeu, ils avaient le droit de s'immiscer dans les affaires temporelles du clergé.

Dans les territoires catholiques, on n'avait pas égard à ce principe fondamental du droit canon, qui déclare que l'Eglise, en son ensemble, possède les biens; que ses divers représentants n'en ont que l'usufruit, et que, par conséquent, il ne peut jamais être question ni d'une confiscation légitime de ces biens, ni de leur retour à l'Etat. En Autriche et en Bavière, les princes souverains soutenaient que les propriétés ecclésiastiques sont domaniales et que les évêques ne sont quedes fonctionnaires de l'Etat. Quelques prélats même étaient assez serviles pour appeler « biens domaniaux » les diocèses dont l'administration leur avait été confiée par l'Eglise, se déclarant touthautles très humbles serviteurs des princes temporels 3.

Les baillis, prévôts, conseillers et autres parasites des princes catholiques étaient surtout cause de ce désordre : « Ces gens avides dilapident le bien d'Eglise, les donations faites par les pieux

« Sänwitl., Werke, XXX, p. 377.

* Voy. noire second vol., pp. 349-350.

3 Voy.BiEdERMAN.v, A as der kameralistichen Praxis des 16. Jahrhunderts, voy. Zeitschrift für deutsche Kulturgesch.de Müller et Falke, 1858, pp. 362 et suiv.

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