‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 129 sur 315 · I.KS MOEURS KT LA RELIGION DANS L*KLECTORAT DE SAXE · texte numérisé non relu

I.KS MOEURS KT LA RELIGION DANS L*KLECTORAT DE SAXE

les doctrines. Epouvanté par ces apostrophes étranges et nouvelles, le pauvre peuple oublieson catéchisme et, désespérant de discerner jamais la vérité parmi tant d'opinions bizarres, déserte l'Eglise et méprise la parole de Dieu. On ne regarde plus les prédications que comme des contes ; on va les enlendre comme on lit la gazette nouvelle. En pleine rue, sur les bancs du cabarct,»en dégustant la bière ou le vin, on les tourne en dérision ; il en résulte tant de disputes et de tapage que l'autorité a fort affaire pour empêcher les émeutes. »

Les études, les sciences, les lettres, partout méprisées, abandonnées, étaient particulièrement odieuses aux Flaciniens. Musaeus appelle quelque part l'Université de Wittemberg« !e cloaque empesté du diable ». Un surintendant dit un jour en chaire : « Ecoute-moi bien, bonne mère : si tu enfonçais un couteau dans le cœur de l'enfant que tu portes dans ton sein, tu ne ferais pas un aussi grand péché que si tu l'envoyais à Wittemberg ou a quelque autre Université ». Un autro soutenait « qu'il valait mieux envoyer son fils dans une maison publique qu'à l'Université 1 ».

Dans l'Electorat deSaxe « toutétait également discordo et querelle, désordre effroyable, corruption et dépravation générale. »

« Notre Eglise Evangélique tout entière, » écrivait en 1360 Paul Eber, professeur à Wittemberg, « est souilléo de tant de crimes et cause tant de scandale qu'elle n'est rien moins quo ce qu'elle se vante d'être. Si tu examines la conduite des docteurs évangéliques, tu reconnaîtras sans peine que plusieurs d'entre eux, par ambition, zèle jaloux, et de propos délibéré, corrompent la pure doctrine, propagent audaciousernent l'erreur ou la défendent avec àpreté, entraînent le peuple dans de vaines disputes et sont animés d'implacables sentiments de haine et de jalousie ; d'autres font plier la doctrine tantôt ici, tantôt là au gré du caprice ou des passions de leurs mai très ou de la populace; d'autres encoro détruisent par leur frivolité et leur vie scandaleuse ce qu'ils ont édifié par un sain enseignement. Si ensuite tu étudies le peuple evangélique, tu le verras partout abuser de la religion et de la liberté chrétienne de la manière la plus honteuse, mépriser le saint mu.,stère, le service divin, se montrer ingrat envers les fidèles serviteurs de la parole, et mettre en oubli toute discipline; tu pourras observer encore l'insubordination de la jeunesse et les germes tous les jours grandissants do ses vices. » « Les hommes do bien constatent avec épouvante le relâchement des moeurs, » disait-il deux ans plus tard ; « rien de plus lamentable que ce tumulte impudent, que

♦ Heppe, Gesch. des Protestantismus, l. 1, p. "o. Aunold, t. I, p. 950.

Page 1