LA RELIGION ET LES MOEURS A BRÈME
ces actes de violence, que ces larcins commis par de tout jeunes gens ayant à peine quitté leurs blouses d'enfant1. » A Wittembcrg, les étudiants vivaient de telle manière qu'en 15(32 on craignait la ruine totale des études et « l'avènement d'une barbarie monstrueuse 2 ».
a Les jeunes gens he savent plus ce que c'est que d'honorer la vieillesse,» écrivait en 15601e collègue de Paul Eber, Georges Major; v bien plus, ils lui marquent le plus grand mépris. La société est complètement corrompue, le Jugement dernier est proche; toute autorité a péri dans l'Église comme dans la société civile. Les querelles incessantes des théologiens ont égaré le pauvre peuple. 11 ne sait plus chez lequel des partis en lutte il doit chercher la vraie doctrine et la vérité. Les papistes nous reprochent d'avoir provoqué le schisme; je reconnais volontiers avec eux que le schisme est un malheur à jamais déplorable. Je reconnais encore que les cœurs simples sont tellement troublés qu'ils se demandent où est la vérité, et si, parmi tant d'infidèles, l'Eglise de Dieu peut encore subsister 3. » Un autre professeur de Wittemberg, Mathieu Blochinger, écrivait : « On entend maintenant chanter de tous côtés les louanges de nos ennemis (les Catholiques) ; ceux qui les prônent s'en excusent en disant qu'on ne sait plus ce qu'il faut croire au milieu des disputes de nos prédicants ; et ce qui les fortifie dans cette opinion, ce sont les clameurs de tant d'insensés qui se plaisent à exploiter l'agitation populaire. Aussi vont-ils répétant : Les papistes sont unis entre eux, les Turcs eux-mêmes vivent dans la concorde ; pour nous, nous passons nos jours dans une interminable dispute; nous nourrissons les uns contre les autres une haine sauvage et indomptable; le moindre petit souffle d'opinion nouvelle cause un orage nouveau et nous replonge dans le trouble et l'incertitude 4. »
A Brème, Hardenberg, [prédicant de la cathédrale, était fortement soupçonné de calvinisme depuis le jour où il avait refusé d'adhérer à la Confession d'Augsbourg et à l'Apologie, prétendant qu'il lui était impossible de s'attacher à autre chose qu'à la Bible. <r La Con-
1 DÖLL1NGER, t. H, pp. 160-162.
* Arnoui. t. I, pp. 713-716. Sur la dépravation des mœurs à Nuremberg et dans d'autres Universités, voy. J. Ja.nssen, Aus dem Universitätsleben des sechzehnten Jahrhundert. Francfort-sur-le-Mcin et Lucerne, 1886.
* Voy. Eder, p. 51*.
* Döllisoer, t. II, pp. 171-172.