‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 135 sur 315 · TROUBLES RELIGIEUX A M AUDEBOURG DEPUIS · texte numérisé non relu

TROUBLES RELIGIEUX A M AUDEBOURG DEPUIS

thélemi Strele, monta en chaire le dimanche suivant et prononça sur deux pasteurs, trois vicaires et tout le Conseil la grande excommunication ecclésiastique, s'écriant d'une voix tonnante : « Je retranche ces membres pourris de la communion du Christ; je leur fermo le ciel, j'ouvre l'enfer tout grand sous leurs pas, je les livre à Satan! Puisso-t-il les torturer dans leur corps jusqu'à ce que leur chair coupable tombe en pourriture! » Ensuite il exhorta le peuple à regarder les conseillers, les pasteurs excommuniés et tous ceux de leur parti comme « des payens et des infidèles ». L'un des « excommuniés», Otto Oemos, curé de Saint-Jacques, qui était parmi ses auditeurs, s'écria alors : « Tu mens, tu meus, misérable canaille! » Armé d'un grand coutelas, il monta les degrés de la chaire, et voulut forcer Strèle à descendre en l'empoignant par le cou; mais quelques assistants s'interposèrent. Le tumulte grandissait dans l'église; Strèle fut obligé de céder. Hessus passait pour avoir conseillé et préparé cette scène. « Si Dieu n'en avait décidé autrement, » écrivait le Conseil, « le désir de ce furieux eût été accompli et la sentence eût été exécutée avec les haches, les massues et les hallebardes; la fête promettait d'élre vraiment joyeuse! »Hessus reçut l'ordre de quitter immédiatement sa cure, mais il refusa d'obéir. « Je ne reconnais plus en vous l'autorité légitime, » écrivit-il au Conseil, « vous et vos prêtres de mensonge, vous êtes excommuniés, vous appartenez désormais au diable, chez loquel vous demeurerez éternellement! » Comme on ne pouvait le réduire à l'obéissance, le Conseil, dans la nuit du 21 octobre, appela los habitants aux armes : la cure fut assaillie, Hessus conduit hors do la ville par la forco armée; les prédicants de son parti subirent le même sort 1 .

La plus grande agitation continua de régner à Magdebourg.

En beaucoup de maisons, on trouva des mèchos toutes préparées pour l'incendie. Le feu prit à plusieurs endroits de la ville. Les prédicants protégés par le Conseil refusaient d'admettre à la Cène ceux qui prenaient la défense d'Hessusou blâmaient les mesures prises contre lui; les partisans du proscrit, à leur tour, se faisaient scrupule d'entrer dans les églises et refusaient do se confesser, disant que toutes les chaires retentissaient d'injures contre l'ancien surintendant, et qu'on voulait les forcer à renier sa doctrine. Il en résultait qu'un grand nombre do personnes restaient éloignées des sacre-

1 Wiuckxs, pp. MG-120. Voy. ces lettres dans Döllixgeh, t. II, pp. 463-465. Arnold, t. I, pp. 741-748. Sxt.ic,, t. III, pp. 918-939. Hessus écrivait à Flacius : « Veait hora ruiaa; ecclesiu: Maçdeburgensis ac profoclo cum ingoati frairore, qui per uaiver.sam Europarnesaudietur, est collapsa. » Unscliuldijc Xuv/trischten auf 17 u, pp. 798-79Ü.

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ments, n'assistaient plus aux prêches et n'étaient pas en sécurité dans la ville l. Hessus, écrivant à ses amis, leur recommande de no pas recevoir la communion des mains des faux frères, et, s'ils ont absolument besoin de leurs services à l'article de la mort, d'exiger d'eux l'aveu de leurs torts envers lui; dans le cas où le sacrement leur serait refusé, il les assure qu'il vaut mille fois mieux mourir sans viatique que d'apostasier, parce que, dans un cas de pressante nécessité, « Dieu sait sauver lessiens sans le secours du sacrement2 ». De nombreux pamphlets et écrits de controverse circulaient dans la ville et « échauffaient les cervelles ^v. Nicolas d'Awnsderf, ancien évêque protestant de Naumbourg, écrivit au nom du Conseil un « Avertissement' » dans lequel il appelait Hessus « téte obstinée, fanatique », ses partisans « des séditieux », et l'excommunication de Strele une « perfidie diabolique ». Dans sa réponse, Hessus l'accusa de s'être laissé corrompre par le Conseil; 'mais Armsdorf repoussa bien loin cette calomnie, disant « qu'il n'avait jamais été assez heureux pour recevoir en ce monde une récompense quelconque 4 ».

En 1568, les" esprits n'élaient pas encore calmés ; André de Meyendorf écrivait à cette date au théologien Martin Chemnitz, chargé par le Conseil do réconcilier les partis, « qu'à Magdebourg, depuis déjà six ans, les prédicants proscrits, et avec eux toute saine doctrine, avaientété calomniés; qu'une foule de pieux etd'innocents chrétiens avaient été persécutés et même forcés de s'expatrier ; qu'il était impossible d'espérer le retour de la concorde, car l'on n'avait pas atlaire à des gens dociles et de bonne foi, prêts à reconnaître leurs erreurs, mais à des orgueilleux, à des entêtés, toujours prompts à calomnier et à persécuter leurs adversaires5 ».

Ce qu'avait constaté l'assemblée de Lunébourgen 1560, la «ruine totale de la religion et des écoles, l'absence de toute bonne police et discipline, conséquence naturelle des troubles et des querelles religieuses », n'était pas seulement vrai pour Magdebourg, mais pour tout le diocèse; une enquête ecclésiastique ordonnée par l'archevêqueprotestant Sigismond, entre 1562 et 156i, ne le prouve que trop.

En effet, les enquêteurs constatent partout la plus profonde corruption des mœurs, et, parmiles ministres de la religion, la plus grossière ignorance. Citons-en quelques exemples pris au hasard : « André"

1 Leuckfeld, flist. Ifes/msiana.

* Saliü, t. III, pp. 9il-94i.

3 Voy. la liste de ces écrits dans Leuckfeld, pp. 34-36.

* Saug, t. III, pp. 9W-947.

Lkuckfkld, pp. 37-43.

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