LES LUTHÉRIENS SUR L'ÉLECTEUR CALVINISTE AU PALATINAT
Le jour suivant, il agit de même dans l'église paroissiale de Steinfurt, qui appartenait à l'abbaye. Un autre vendredi saint, il renouvela les mêmes actes dans la paroisse de Ladenbourg, annexée à l'évêché de Worms, et dans l'hôpital du même lieu. Il fit aussi brûler les bibliothèques. « Le 9 mai 1563, » lit-on dans un rapport du temps, « l'Electeur pénétra, suivi' d'une troupe armée, dans l'abbaye de Nouhausen,qui relevait directement de l'Empire, et il en prit possession. Tout y fut saccagé et brisé en sa présence : autels, tableaux, orfèvrerie ; les psautiers, les manuscrits, les livres furent livrés aux flammes ; les seigneurs de l'abbaye conduits en prison; leurs biens mobiliers et fonciers confisqués. » Dans les autres localités dont nous avons fait mention, l'Electeur s'était également approprié tout ce qui lui avait paru de quelque valeur4. Le margrave luthérien Philibert de Bade se plaignit que, dans l'ancien comté de Sponheim, sur lequel lui et Frédéric avaient des droits égaux, l'Electeur, malgré le traité d'Augsbourg, eût opéré des changements dans le mode d'administration de la Cène, brisé les images et introduit l'hérésie calviniste 2. Les chevaliers, la bourgeoisie et le Conseil d'Oppenheim lui reprochèrent également d'être venu inspecter leurs paroisses avec ses prédicants, d'avoir illégalement destitué le pasteur luthérien et le maître d'école pour établir en leur place des personnes de son choix ; d'avoir ordonné lo dépouillement des églises, enfin d'avoir exigé de nouveaux prélèvements sur le casuel de la paroisse 3.
1 Pour plus de détails, voy. Struve, pp. 170-187. Sur Sinsheim, voy. H. Wilhei.mi, dans les publications ,de la Société des antiquités du grand-duché de Bade, t. I, pp. 258 et suiv. A Laden burg, les images avaient déjà été brisées en partie. Un prédicant du lieu s'abandonna en chaire à toutes les violences de langage imaginables contre l'évéque de Worms ; à plusieurs reprises, il brisa des statues ou tableaux à coups de poing, à coups de massue, en brûla d'autres ; il se vantait de tous ces actes. Pendant que l'éveque, la .veille de Noël 156i, chantait les vêpres avec le curé et le chapelain, le prédicant vint troubler l'office aidé du maître d'école et de ses élèves, et accabla l'évéque d'injures. Lorsque ce dernier porta plainte à ce sujet à l'Electeur, Frédéric lui renvoya sa lettre cachetée. Voy. Schuch, Polit, und Kirchen/jech von Ladenburg (Heidelberg, 1843), pp. 156-157.
* Les conseillers de Hesse au Landgrave Philippe, 19 avril 1566; voy. Klückhohn, Briefe, t. I, p. 655. Sur la « réformation » effectuée par Frédéric à Oppenheim, voy. l'article de Falke sur des actes et documents inédits dans les Histor. Pol. Blätter, t. G, pp. 255-267. On y lit entr'autres choses : « Sa Grâce Electorale a aboli les derniers vestiges de l'idolâtrie, la récitation des heures, etc. Les statues, tableaux, autels et tout ce qui avait servi au culte idolâtre, les vêtements, ornements, etc., tout a été enlevé. » A Oppenheim on exigea que non seulement les autels mais aussi les crucifix et « les autres idoles » placés devant la porte fussent brisés ; que les trois crucifix surmontant les tombeaux des seigneurs de Dienheim fussent enlevés. Les oratoires des champs furent aussi détruits ; permission fut donnée à tous d'enlever le bois, les ardoises, les pierres. »
9 Kluckuoun, Briefe, t. 1, p. 658, note 1.