LE CALVINISME DANS LE PA LATIN AT
culte ne se donna pas 'seulement carrière dans ses propres étals, mais encore dans les églises et abbayes où le droit de patronage était partagé entre lui et d'autres princes. 11 lui arriva même quelquefois de persécuter des couvents où il n'avait aucun droit d'intervenir. C'est ainsi qu'en octobre 1564, au village de Dirmstein qu'il possédait en commun avec l'évéque de Worms, il fit briser tous les autels et tableaux, détruire ou enlever tout ce qui ornait l'église. « Le nouveau Josué, le très pieux Frédéric, » comme l'appelaient les théologiens de sa cour, choisissait souvent, pour accomplir ces hauts faits, les moments de l'année particulièrement chers au cœur catholique. .Un vendredi saint, il parut tout à coup, accompagné de plusieurs théologiens, à l'abbaye de Saint-Michel de Sinsheim. Cette abbaye avait été fondée par unévêque de Spire et n'avait aucun lien avec l'Electorat palatin; mais, sans paraître s'en souvenir, l'Electeur, suivi de quelques ouvriers, lit forcer la grille du chœur do l'église abbatiale, donna ordre de briser les autels, les statues, les sculptures sur bois, fit enlever les ornements d'église, les trésors de sacristie, le venerabüe (ostensoir), les hosties consacrées, les crucifix, les psautiers, les gradualibm, les antiphonaires, et fit dresser avec tous ces objets un immense bûcher auquel il fit mettre le feu en sa présence.
chancelier du margrave vient au couvent, il court au dortoir sans que nous ayons été averties de sa venue; dès que nous l'entendons crier, nous nous sauvons, remplies d'épouvante. Alors il va dans les cellules, tantôt celle-ci, tantôt celle-là ; il semble avoir perdu la raison; il se conduit de la manière la plus indécente; nousjn'aurions jamais pu sauver notre honneur si nous ne nous étions soutenues et défendues les unes les autres. » En vain les religieuses répétaient aux agents du margrave qu'autrefois on ne laissait aucun pauvre frapper inutilement à la porte du couvent et que maintenant on les chassait comme des chiens, qu'on ne leur donnait pas môme un morceau de pain par charité, bien que le couvent eût été fondé pour distribuer des aumônes et secourût autrefois la plus grande partie des pauvres du pays. Les revenus du couvent furent confisqués, les autels, les statues brisés; ce ne fut qu'au bout de huit ans que vint enfin pour les religieuses a le moment de la délivrance » ; c'est-àdire le moment de s'expatrier. « Lorsque nous sortîmes du couvent, une telle foule de gens de tout âge s'assembla autour de nous que de ma vie je n'avais vu autant de monde. Tous pleuraient; surtout les pauvres se lamentaient; ils nous ont accompagnées pendant fort longtemps. » « Au moment du départ, les filles de notre intendant pleurèrent fort. Leur père s'emporta contre elles et leur donna de violents coups de pied et de poing, disant que, puisque le diable nous emmenait, il ne fallait pas tant pleurer sur nous. » Les pauvres expulsées se rendirent à Kilchberg (Königsherg) dans le comté de Höchberg, où elles trouvèrent un refuge chez des religieuses de leur ordre. En Saxe, les couvents de femmes n'eurent pas à endurer de moins durs traitements, Ou'oulise le récit de l'expulsion, dans Weber {Aus vier Jahrhunderten, Neue Folye, t. 111, pp. 19-21), des religieuses de Sainte- Croix, à Meissen. Toutes les tentatives pour les décider à apostasier étant restées inutiles, Auguste donna l'ordre, le 2 septembre 1557, de retirer tout moyen de subsistance aux sœurs qui, à la Saint-Martin, • n'auraient pas encore renoncé à l'idolâtrie et persisteraient dans leur erreur ».