CHAPITRE XVI
DÉLIBÉRATIONS RELIGIEUSES A LA DIÈTE D'aUGSBOURG.
l'électeur palatin et le calvinisme. 1560.
L'Empereur avait désigné d'avance comme devant former L'objet principal des discussions de la Diète, « l'exacte définition des dogmes chrétiens et les mesures à prendre pour arrêter les progrès des sectes pernicieuses qui s'étaient introduites en Allemagne ».
Frédéric, qui ne pouvait douter que le Calvinisme ne fût au nombre de ces « sectes pernicieuses», se donna mille peines, avant l'ouverture de la Diète, pour détourner la question, et décider ses collègues protestants à s'unir à lui contre l'Eglise romaine. Le Protestantisme, à son sens, ne pouvait être rendu responsable des erreurs nouvelles; leur véritable cause, c'était « le blasphème et l'idolâtrie papistes ». Aussi, avant toute chose, importait-il de les détruire, car aussi longtemps que le Catholicisme serait toléré en Allemagne, toutes les sectes réclameraient pour leur propre compte la même indulgence etlemôme droit d'exister. Les membres d'Empire protestants, malgré quelques malentendus peu importants, quelques querelles théologiques insignifiantes, n'avaient, au fond, qu'un même symbole; aussi devaient-ils s'unir étroitement, fortifier les bonnes intentions do l'Empereur et obtenir de lui la suppression de la Réserve ecclésiastique *.
Mais les princes protestants conservaient peu d'espoir d'arriver jamais à cette union de sentiments qui devait, de toute nécessité, précéder leur lutte commune contre le Catholicisme. Le Landgrave Philippe reprochait à l'Electeur la querelle sur la personne du Christ et la doctrine palatine de l'Eucharistie, récemment propagée dans son électoral, erreurs [qui allaient de nouveau « brouiller les choses ». « Les papistes, » disait-il, « ne vont pas manquer de dire qu'avant de les combattre nous devrions nous mettre d'ac-
» Hkppe, Gesck. des Protestantismus, t. K, p. 113. Ki.uckiiohv, Briefe, t. I, pp. 599-601.
222 PRÉLIMINAIRES DE LA DIÈTE D'AUfiSBOURG.
cord ; aussi ne savons-nous véritablement pas ce que nous avons à faire, car nous prétendons réformer les autres et nous sommes divisés entre nous; quel triomphe pour nos adversaires! » Philippe promit cependant de travailler de toutes ses forces à la concorde et à l'abolition de la Réserve 4. Auguste de Saxe craignait que trop d'insistance pour gagner ce dernier point ne troublât la paix d'Augsbourg, et trouvait les querelles, les haines, les ressentiments de ceux qui se faisaient gloire de l'Evangile plus à craindre que le papisme. « En ce moment, » écrivait-il, faisant évidemment allusion au Catéchisme de Frédéric, « on voit assez que les divisions, les erreurs, les fausses doctrines, loin d'avoir diminué, ont beaucoup augmenté parmi nous, ce qui a tellement aigri les esprits qu'ils sont plus portés à la discorde, à la division, à l'adoption d'idées et de confessions de foi bizarres, qu'au maintien de la vraie et pure religion *. » Au reste, Auguste n'était pas d'avis de traiter Frédéric autrement que tous ses collègues, car il redoutait tout ce qui pouvait provoquer une scission nouvelle 3. L'Electeur Joachim de Brandebourg trouvait que la doctrine palatine sur la Gène était un blasphème encore plus horrible que l'hérésie de Zwingle; que les membres d'Empire ne devaient pas la tolérer, et que leur devoir était de déclarer bien haut que, sur la question de l'Eucharistie, ils se séparaient entièrement de Frédéric. Cependant il n'eût pas approuvé des mesures de rigueur, bien que tous les contraria docentes eussent été exclus de la paix de religion 4. Le duc Wolfgang de Deux-Ponts répondit à la déclaration de l'Electeur palatin qu'il ne s'agissait pas, comme il le prétendait, ce de malentendus de peu d'importance, » mais bien de questions capitales, intéressant directement la gloire du Fils de Dieu et les conditions mêmes du salut ; que les vrais chrétiens^ ne [pouvaient avoir de rapports avec les hérétiques, et que les princes risqueraient leur bonheur présent et éternel s'ils s'unissaient pour combattre le papisme et se vantaient d'être d'accord, tandis qu'en réalité ils étaient désunis, comme le prouvaient surabondamment tant d'écrits de controverse répandus en tous lieux. Ceux qui avaient embrassé l'hérésie de Calvin s'étaient exclus eux-mêmes de la paix de religion. Wolfgang communiqua cette réponse aux gendres de l'Electeur, Jean-Frédéric et Jean-Guillaume de Saxe. Ce dernier déclara que, pour sa part, il condamnait le Zwinglianisme et qu'il ressentait « une compassion toute chrétienne » pour son beau-père, dont la conversion était peu à espérer ;
« Kluckhohn, Briefe, t. I, pp. 609-610.
* Kluckhohn, Briefe, t. I, pp. 6H-6I3.
3 Instruction à l'Electeur de Brandebourg, voy. Kluckhohn, t. II, pp. IOH8-103Ô, note .
* Kluckhohn, Briefe, t. II, p. 1039.
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mais qu'à la Diète il ne souffrirait pas que son erreur s abritât sous ie manteau do la Confession d'Augsbourg, et qu'il n'épargnerait rien pour la combattre et la détruire 4. La réponse de Jean-Frédéric ne nous est pas connue; mais longtemps auparavant il avait déclaré sans détour à son beau-père que, s'il ne se convertissait, il irait tout droit au diable*.
Christophe de Wurtemberg tremblait qu'un nouveau schisme n'éclatât entre les princes protestants, car évidemment l'Empereur ne manquerait pas de leur demander s'ils considéraient encore l'Electeur de Heidelberg comme leur coreligionnaire, s'ils étaient d'avis de l'admettre dans la paix de religion, et si le Catéchisme de Frédéric s'accordait de tout point avec la Confession de 1530? A ces questions, tout loyal évangélique ne pourrait, en son âme et conscience, répondre que par un non. Les théologiens de Christophe le pressaient d'exhorter les princes à obéir à leur conscience et de rompre avec Frédéric. Toutefois, ils ne lui conseillaient pas de lui jeter la première pierre, ce qui eût fourni prétexte aux mauvaises langues de lui reprocher plus tard d'avoir été le seul, ou du moins le premier, à provoquer le schisme; mieux valait laisser prendre les devants au comte Wolfgang, au duc Jean-Guillaume, aux ambassadeurs de Poméranie, de Mecklembourg, ou bien aux cités 3.
L'ouverture de la Diète avait été fixée au 14 janvier 1566; mais l'Empereur dut attendre deux mois a vaut que tous les membres d'Empire et tous les délégués fussent arrivés, et ce ne fut que le 23 mars que l'assemblée ouvrit ses séances. Albert de Bavière commença par donner lecture de la déclaration impériale, dont voici la substance : c Ce que l'assemblée doit avoir le plus à cœur, c'est la situation actuelle de l'Eglise chrétienne. Tous les malheurs de l'Allemagne viennent des troubles religieux. Si, en 1555, grâce aux efforts de Ferdinand, la paix religieuse n'eût été conclue entre les membres d'Empire de l'ancienne religion et ceux de la Confession d'Augsbourg, des calamités sans nombre eussent accablé la patrie. Tous les moyens employés par l'Empereur et les membres d'Empire, après, la conclusion de la paix, pour concilier les différentes opinions religieuses sont restés infructueux, à cause de beaucoup d'obstacles survenus, et par l'impénétrable volonté de Dieu; mais aux récentes assemblées de Ratisbonne et d'Augsbourg, il a été convenu que, bien que l'union religieuse n'ait pas été obtenue, le traité de 1555 serait maintenu dans toute son intégrité. L'Empereur, lors de son couron-
1 Kluckhoiin, Briefe, t. I, pp. 605-607. « Kluckhohn, Briefe, t. I, p. 150.
» Hbppe, Gesch. des Protestantismus, t. II, p. 114. Kogler, t. 11, pp. 478-480.