DÉLIBÉRATIONS RELIGIEUSES -A LA DIÈTE D'AUGSBOURG
nement, a juré de le respecter et d en observer fidèlement les articles; jusque-là il a tenu parole.
La déclaration se taisait sur cette conciliation entre Protestants et Catholiques dont il avait été question dans les lettres de convocation expédiées à tous les membres d'Empire. Elle insistait d'autant plus sur la question des sectes nouvelles. « Personne n'ignore, » disait-elle, « que depuis la paix, à côté des membres des deux religions, en faveur desquels a été conclu le traité d'Augsbourg, des sectes abominables et pernicieuses enseignant des doctrines dangereuses, ont causé d'affreux scandales et ont troublé les âmes chrétiennes; malheureusement ces sectes prennent tous les jours plus d'extension . Il est urgent de prendre des mesures vraiment efficaces, modérées et chrétiennes pour les détruire. L'Empereur demande donc aux membres d'Empire, avec une bonté toute paternelle mais avec de très vives instances, de lui indiquer les moyens à prendre pour remédier au mal *. »
C'était par déférence pour le Pape que Maximilien avait renoncé à tenter un rapprochement entre les Catholiques et les Protestants, car Pie V,par l'entremise de son légat Commendone, lui avait interdit de la manière la plus sévère, et même sous peine d'excommunication et do déposition, de s'immiscer en quoi que ce fût dans les questions religieuses. Or, l'Empereur ne voulait pas rompre ouvertement avec l'Eglise; il faisait même parade, avec une certaine ostentation, de ses sentiments catholiques. « Relativement à la messe et aux cérémonies papistes, » écrivaient les ambassadeurs de Hcsse à leur maître, « Maximilien se comporte exactement comme son père; il n'écoute que les sermons de son chapelain Cittardus, papiste dans l'âme *. » Mais dans ses entretiens familiers avec les Protestants, l'Empereur ne cachait point ses sympathies pour la Confession d'Augsbourg. 11 rejetait l'invocation des saints, appelait la messe et le Purgatoire « des contes de moine », et répétait souvent que c'était pécher gravement que d'obliger les consciences à de pareilles superstitions. 11 avouait à Auguste de Saxe qu'il eût été heureux de détruire radicalement, et le plus tôt possible, « l'idolâtrie 3 ». Mais plus il se sentait attiré vers les Luthériens, plus les Calvinistes lui devenaient odieux. Son chapelain s'exprimait avec la dernière violence contre la doctrine calviniste de l'Eucharistie : «11 l'attaque sans aucun ménagement, » écrivait un ambassadeur palatin; « il l'appelle damnable, hérétique, blasphématrice, séditieuse, œuvre de vils charlatans infatués de leurs propres chimères, rêve de sophistes, ne
1 * Reichstagsacten, t. LXX, fol. 74-106. Voy. HUuerlin, t. VI, pp. 145 et suiv.
s Ki.uckuoiix, Briefe, t. I, p. 567, note .
3 Archiv für sächsische Geschichte, I. III, p. 335. Ki.uckhohk, Friedrich der Fromme, pp. 222, 464, 465.
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jugeant les choses de la foi que d'après la raison humaine et selon leurs caprices *. »
Le 29 mars, la Diète décida que, pour éviter des querelles interminables, les questions religieuses ne seraient point traitées en séance publique et que catholiques et protestants, se formant en camps séparés, présenteraient à l'Empereur par écrit leurs griefs réciproques2.
Les princes et les ambassadeurs protestants, à l'exclusion des conseillers de Frédéric, s'assemblèrent le 31 mars dans l'hôtellerie d'Àuguste deSaxe, et décidèrent à l'unanimité qu'ils n'auraient aucun rapport avec l'Electeur palatin avant qu'il ne leur eût remis par écrit une déclaration capable de les satisfaire, particulièrement au sujet de l'Eucharistie 3; cependant, le 2 avril, Frédéric étant venu à la Diète prit part aux délibérations sans avoir eu besoin de s'expliquer; le 12 avril, il invita même ses collègues à se rendre dans son hôtellerie. Ce jour-là, ainsi que le jour suivant dans l'hôtellerie de l'Electeur Auguste, ou essaya de s'entendre sur la supplique et îe cahier de doléances que les Protestants se proposaient de présenter à l'Empereur. « Comme s'ils n'eussent été qu'un seul cœur, » tous étaient d'accord pour détester les « papistes idolâtres a; mais en dehors de cette haino commune, ils étaient bien éloignés d'être unis de sentiments. Le duc Christophe et le comte palatin Wolfgang en donnèrent la preuve le 17 avril dans une réunion de princes et d'ambassadeurs protestants, « Le chapelain de l'Electeur palatin, » dirent-ils, « a osé attaquer ici même, la présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie, en termes offensants et injurieux, appelant ceux qui ajoutent foi à cette très réelle présence « capharnaites cannibales »,lcs criblant en public d'injures plus impudentes encore4. » Une brochure contre Frédéric, propagée par les Luthériens pendant la Diète, se plaignait des mêmes attaques grossières. Frédéric répondit « que ces propos avaient été tenus contre sa volonté ; qu'il était injuste de les lui attribuer et de fairo une généralité de ce qui ne s'était passé qu'une fois. Chacun savait, au contraire, que les secrétaires et les prédicants de l'autre parti le traitaient journellement, lui et les siens; d'hérétiques, de fanatiques, de blasphémateurs, de docteurs de Satan, etc., et que celui-là était tenu parmi eux pour le plus docte qui s'entendait à le mieux cribler d'injures 5.
Mais bien que vivant entro eux dans une perpétuelle dispute, les
* Kluckhohn, Briefe, 1. 1, p. 634.
* Doxa wer, p. 37.
s Kdgler, t. Il, pp. 483-484.
* Rapport de l'ambassadeur de Hesac, 19 avril 1566; voy. Kluckhof, Briefe. 1. 1, p. 655.
* Kluckhobx, Briefe, t. I, p. 7i8.
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Protestants déclaraient unanimement, dans la supplique qu'ils présentèrent à l'Empereur, revêtue de toutes leurs signatures, qu'ils étaient parfaitement d'accord, et tous ensemble, avec une égale fureur, accablaient des plus sanglants outrages l'Eglise romaine et leurs collègues catholiques. À les entendre, ils n'étaient pas responsables de la scission qui s'était produite, ils n'avaient fait que s'affranchir, par l'ordre de Dieu, « des abominations païennes et de l'idolâtrie ». Gomme depuis de longues années ils avaient, été à même d'apprécier, dans une quantité d'édits et de déclarations, les loyales intentions de l'Empereur à leur égard et son zèle pour la vraie religion, ils avaient résolu, soucieux comme toujours de son bonheur temporel et éternel, do lui exposer tout ce que réclamait ia pressante nécessité, pour la tranquillité des consciences. Tous les vrais et pieux chrétiens, non seulement en Allemagne, mais dans les pays voisins, avaient la coufiance que l'Empereur trouverait moyen de frayer si bien la voie à la parole divinequ'avant peu l'abomination et l'idolâtrie papistes seraient entièrement abolies. Des savants dignes de toute confiance avaient sans aucun doute éclairé l'Empereur sur les origines du papisme, et lui avaient expliqué comment, par sa faute, toute la Chrétienté avait été troublée,la puissance impériale affaiblie, les princes excités les uns contre les autres, des serments impies imposés aux Empereurs, toutes sortes d'idolâtries établies, et particulièrement celle de la messe. Tout ceci, maint écrit publié par leurs théologiens l'avaient depuis longtemps clairement démontré ; ils avaient dit comment, il y avait de cela quarante ans, le Dieu de miséricorde avait eu pitié de sa pauvro Eglise, avait éclairé d'une manière toute miraculeuse l'Empire allemand de nation germanique de la lumière de son immuable et divine parole, et avait illuminé la Chrétienté des rayons nouveaux et éblouissants de sa céleste lumière. Les Papes et leurs partisans avaient obstinément refusé d'avouer un si grand miracle; ils avaient eu l'audace, luttant contre Dieu même et contre leur conscience, d'opprimer et d'étouffer par tous les moyens en leur pouvoir « l'irréfutable vérité ». La vraie doctrine, dans ce péril pressant, avait été clairement définie dans la Confession d'Augsbourg et .l'Apologie. Les Confessionisles ignoraient absolument de quelles hérésies l'Empereur avait voulu parler; au reste, les sectes étaient l'ouvrage du démon et des papistes. Les Catholiques persécutaient la vérité révélée malgré leur conscience, et lui étaient toute liberté de se répandre. Au Pape et à ses serviteurs s'appliquaient parfaitement ces paroles du prophète Elie : « Je ne trouble pas Israël, c'est toi, c'est la maison de ton père qui la trouble, car vous avez abandonné la loi du Seigneur pour obéir à Baal. »
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Toutes ces accusations portées contre leurs collègues catholiques, « serviteurs des idoles, » les Protestants prétendaient ne les formuler que « pour procurer la gloire de Dieu, la paix et la prospérité de l'Empire», et suppliaient l'Empereur «d'accepter paternellement et débonnairement ce qu'ils avaient chrétiennement et loyalement peDséj». Ils ne doutaient point que Maximilien, dans sa haute intelligence, n'eût déjà songé aux moyens d'abolir définitivement « l'idolâtrie». Le meilleur moyen d'atteindre cebut, c'était, à leur sens, la convocation d'un concile général, dont l'Empereur aurait la présidence *.
« Un concile comme celui qu'on propose, » disait-on du côté catholique, « serait une véritable tour de Babel; car si, dès maintenant, lorsqu'un petit nombre seulement de théologiens et de princes discutent sur la religion, les Protestants se séparent plus divisés, plus ennemis qu'ils ne l'étaient auparavant, qu'arriverait-il si de tous les pays allemands princes et prédicants se réunissaient pour établir la doctrine d'après la parole divine? Et qui donc, dans une assemblée de ce genre, déciderait en dernier ressort sur la véritable interprétation de la sainte Écriture? Tous n'invoqueront-ils pas son autorité dans leurs interminables controverses ? Là se trouveraient rapprochés des Luthériens de la Confession rectifiée, d'autres Luthériens de la Confession non rectifiée; puis des Flaciniens, des disciples d'Hessus, de Strigel, de Wigand, de Schwenkfeld, des Adiaphoristes, des Synergistes, des Majoristes, des Alusculistes, des Osiandristes et autres docteurs aux dogmes étranges, sans parler des Zvvingliens, des Calvinistes, des nouveaux Ubiquistes; tous, comme nous le voyons tous les jours, se prennent aux cheveux, s'anathématisent réciproquement, se traitent d'hérétiques et, dans leurs écrits, s'envoient mutuellement au diable. Et si l'Empereur voulait faire acte d'autorité, qui voudrait obéir, et quel prince pourrait imposer une loi au delà des frontières de ses états? A peine les princes peuvent-ils venir à bout de leurs propres docteurs, comme eux-mêmes l'avouent ! Qui pourrait réduire les villes libres à l'obéissance? Et que personne ne s'imagine qu'elles se mettraient d'accord avec les princes de leur religion I Ou venait alors s'élever d'innombrables querelles, divisions, méfiances, haines, disputes; l'Allemagne deviendrait une vaste Babel; voilà quel serait le résultat d'un concile national, cela est évident pour les moins clairvoyants ; les Confession istes eux-mêmes ne sauraient le nier, bien qu'ils affectent de désirer sincèrement un concile *. »
1 Donawbr, pp. 47-82. Lehmann, pp. 90-103.
1 Tractât über die rechte und einig christliche Schlichtung der Streithändel in Sachen christlichen Glaubens und Confession (1566), pp. 4-5.
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En attendant la convocation d'un concile national, les Protestants suppliaient l'Empereur de garantir aux habitants des territoires catholiques ayant adhéré ou se proposant d'adhérer prochainement à la Confession, le libre exercice de la nouvelle religion. De plus, ils réclamaient ta suppression de la Réserve ecclésiastique.
L'Electeur palatin leur avait démontré depuis longtemps quecette mesure était le meilleur moyen de ruiner la religion catholique1. Aussi les auteurs de la supplique répétaient-ils après lui que la Réserve était la principale cause de tout le mal. « Nous ne pouvons, » disaient-ils, « laisser subsister plus longtemps cet affront, cette tache permanente sur notre très orthodoxe religion. Nous sommes persuadés que cet article semble inique à la loyauté de beaucoup de membres de l'ancienne religion. Sa Majesté est obligée en conscience et devant Dieu de laisser à la vérité son libre cours, et de ne point barrer à ses sujets l'unique voie du salut. »
Mais les villes protestantes continuaient à douter que les princes, dans leur perpétuelle et tumultueuse insistance pour la suppression de la Réserve ecclésiastique, fussent guidés uniquement par l'intérêt du salut. Si, à la Diète de 1559, quelques villes s'étaient rattachées sur ce point à leur avis 2, ces mômes villes revenaient maintenant à leur ancienne manière de voir. Lorsque les princes invitèrent leurs délégués à agir avec eux auprès de l'Empereur, ils refusèrent net, à la grande indignation des Electeurs et princes, comme l'écrivaient le 23 avril les députés de Francfort 3. a Toutes les villes d'Empire sans exception, » écrivait Christophe de Wurtemberg, « se sont séparées de nous sur la question de la Réserve; si elles s'étaient franchement déclarées pour nous, nous aurions obtenu gain de cause. » Aussi Christophe se sentait-il peu disposé à traiter des affaires de la religion avec les cités 4.
Malgré leur abstention, la supplique et le cahier de doléances furent remis à l'Empereur le 25 avril par l'Electeur de Saxe, qui les lui présenta comme étant l'œuvre collective de tous les membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg.
Maximilien la soumit aussitôt à l'appréciation des membres catholiques, comme la chose avait été convenue avec les deux partis. Ceux-ci, après en avoir pris connaissance, répondirent avec un calme et une modération qui contrastaient singulièrement avec le
1 Voy. plus haut, p. 219.
* Voy. plus haut, pp. 85-86.
s * Frank/arter Reichstag sacten, t. LXX, fol. 23.
4 Kugleu, t. II, p. 4Ü3.