LÉS PRINCES ALLEMANDS ET LES HUGUENOTS
France le prince de Condé eut levé l'étendard de la révolte, on enrôla à la fois, sur le sol allemand, pour le roi d'Espagne et pour Orange, pour Charles IX et pour les Huguenots. Jean-Guillaume de Saxe, luthérien rigido, gendre de l'Electeur palatin et pensionnaire de la France, marcha au secours du « roi papiste ». Jean-Casimir, au contraire, accompagné de son épouse, rejoignit l'armée de Condé et se prononça pour les Huguenots contre le roi de France. L'Empereur envoya un ambassadeur à la cour de Heidelberg pour interdire une expédition à l'étranger, exigeant le licenciement des troupes au nom de la paix publique et en vertu de son autorité suprême, mais cette démarche ne servit à rien, non plus que les exhortations de plusieurs princes protestants. En vain Guillaume de Hesse écrivait-il le 22 octobre 1567 à Frédéric qu'il serait criminel de secourir les Huguenots; que leur prétendue guerre do religion n'était qu'un prétexte; que Condé n'avait d'autre dessein que de dépouiller le roi auquel il avait juré fidélité, et peut-être d'usurper son trône; que ce n'était point là défendre la foi; que l'Evangile condamnait de pareils projets, et qu'il ne fallait voir dans la guerre huguenote qu'une rébellion ouverte, qu'un crime, qu'une trahison digne de châtiment, ce D'ailleurs, » avait-il ajouté, « soutenir les rebelles, serait s'exposer aux justes reproches des papistes qui ne manqueraient pas de deviner le véritable but poursuivi sous prétexte de religion, et s'armeraient contre nous, comme depuis longtemps ils en ont le désir. La vraie religion serait persécutée, le pays mis à feu et à sang. s> Zuleger, au nom de l'Electeur palatin, étant allé trouver Guillaume d'Orange et son frère pour les presser de marcher contre Charles IX, ceux-ci répondirent qu'il fallait bien se garder de provoquer en Allemagne un incendie qu'ensuite on ne pourrait étouffer qu'au prix des plus onéreux sacrifices; qu'on devait avoir grand soin de ne pas exciter les ressentiments des « grands potentats », car pour les combattre ce ne serait pas assez de deux ou trois, mais de tous les princes de la Confession d'Augsbourg *.
Au mois de décembre 1567, la campagne de France débuta par l'effroyable dévastation des domaines du comte palatin Wolfgang. Le pauvre peuple dut alors expier l'attitude hostile que ce prince avait prise à la Diète d'Augsbourg vis-à-vis de son cousin calviniste
' Kluckhohx, Briefe, pp. 115-142. Guillaume écrivait au prince d'Orange, le premier novembre 1567, que la cause de leurs coreligionnaires en France « ressemblait plus à une rébellion qu'à une juste protestation ». Groen v. Prinsterer, t. III, pp. 138-125. -Omnes humorcs nostrae republicas sunt in maximo motu.deus avertat ne iode fortis et indissolubilis sequatur apoplexia, » écrivait-il le 12 novembre 1567 à Christophe de Wurtemberg. Kixckhohn, t. II, p. 127, note 2.