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LES PRINCES ALLEMANDS A LA SOLDE DE L'ÉTRANGER

Philippe II, recevait une pension d'Elisabeth d'Angleterre, la plus irréconciliable ennemie du roi *. Le duc François do Saxe-Luxembourg, les ducs Ernest, Erick et Philippe de Brunswick ^, les comtes de Schauenburg, de Schwarzburg, de Westerburg et d Eberstoin 3, étaient également à la solde de l'Espague. Les ducs do Saxe, Jean- Frédéric et Jean-Guillaume, recevaient annuellement 13.000 florins de la France4 ; le landgrave Guillaume de Hesse touchait 10.000 livres de pension 5. Les ducs Christophe et Louis de Wurtemberg acceptaient également l'argent de f étranger6.

Le comte palatin Georges de Veldenz, parent collatéral de la dynastie palatine, était le plu* habile et le plus iaux de tous ces princes cupides. Pensionnaire de la France depuis 1504, il avait offert à Charles IX, en 1507, de l'aider à soumettre les Huguenots avec son armée déjà tout organisée. Sa proposition ayant été repoussée, il s'était empressé d'offrir ses services à Guillaume d'Urange en même temps qu'il se mettait à la disposition du duc d'Albe pour marcher contre ce prince 7. Ce qui lui eût été le plus agréable, c'eût été d'exécuter l'arrêt porté par la Chambre Impériale contre son cousin l'Electeur palatin, et l'Empereur l'en eût volontiers chargé8 ; mais celte exécution ayant été ajournée, Georges nia éncrgiquemenl avoir jamais eu la pensée de s'y prêter, répétant au prince d'Urange eu 1506 qu'il était « allemand de cœur et dame », entièrement dévoué • à la Confession d'Augsbourg, qu'il ne se prêterait pas à un acte abominable, qu'il n opprimerait point la vraie religion et ne servirait jamais f idolâtrie, surtout quand il s'agirait de ruuer et d'opprimer un membre du Saint-Empire Le comte Woll'gaug de Deux -Ponts, disait-il, lui avait lait comprendre que seconder l'Empereur eu cette entreprise serait compromettre son honneur, offenser Dieu, trahir la patrie, et s'exposer au perpétuel reproche de sa conscience lü.Ce même Woll'gaug, l'année précédente, avait caressé des projets tout semblables, et ollert ses services à Philippe 11 contre les calvinistes llamands 11 .

Avant que la « correspondance et l'entente» entre Charles IX et les

I (Jhokn va* Phiksterek, t. III, XXX 11, p. 492.

* KfcH>'kNBKKGj p. iÔV, UllOEM V. PlUKSTEKER, 3, XXXII. *

3 Lossen', Kölnischer Kriej, t. 1, pp. yj-iUÜ.

* Ah.nuï, Arcliiu der saclisisclien Geschichte, t. 111, p. 212.

* Voy. v. Uezold, t. I, p. 45, noie 3.

II Suu^nheim, Frankreichs b'injluss, t. I, p. 2'JO.

7 ÜKUli.N V. PlU.NSrEHEH, t. 111, pp. 172-173.

» Kluukuoum, t'riedrich der fruinm j, p. 327. v. Uezoed, l. I, pp. 32-33. " Ghoe-n van Phinsteheu, t. Iii, p. Soti. Voy. t. 111, pp. 172-173. 14) (jllOKN V. PlUASIEHEH, l. lll, pp. 201-2Ö3.

" Lcllrc de Philippe, 15 mars 1507. Voy. Kbufünbeko, p. 223.

2Ö0 LES 1» Hl. NC KS ALLEMANDS ET LES HUGUENOTS. 1567.

princes protestants aient pu s'organiser parfaitement, une nouvelle guerre de religion éclata en France au printemps de 1567, et l'Electeur palatin, hier le plus chaud partisan de l'alliance française, s'empressa d'offrir ses services à ses coreligionnaires contre Charles IX. Comme il se donnait pour « l'instrument choisi de Dieu pour l'extermination de l'idolâtrie papiste » et disait agir sous l'inspiration directe du Saint-Esprit, il souhaitait ardemment favoriser à l'étranger l'extension « du saint Evangile »,et, comme il le disait, « calviniser le monde 1 ». Aussi l'esprit de guerre etde conquête régnait-il à la cour de Heidelberg, surtout depuis la Diète d'Augsbourg de 1560. Du reste, ce n'était plus lui.ee le pieux Josias,» qui gouvernait, c'était le docteur Olévian et deux conseillers calvinistes, Christophe Ehem, ennemi juré de la Maison d'Autriche, et Venceslas Zuleger, célèbre pour la haine profonde qu'il portait au papisme. L'Electeur était complètement dominé par ces trois fanatiques. « Avec Olévian et Ehem, » écrivait confidentiellement le docteur Ursinus à son ami Grato, « les choses se passent tout juste comme tu le pressens. Olévian gouverne Zuleger et Ehem, et ce dernier fait marcher Josias2. » Le second fils de Frédéric, Jean-Casimir, intimement uni aux deux conseillers, était le principal moteur de la politique belliqueuse.

Jean-Casimir n'avait reçu aucune instruction, et ne s'était jamais soucié d'acquérir que les qualités qui font le chevalier accompli. Tout enfant, il se faisait remarquer à la cour de Nancy par son penchant prononcé pour la boisson. « Tu bois ta raison et ton intelligence, » disait à cet adolescent de quatorze ans son p<*re, justement alarmé 3. Le princo disait de lui-même à la fin de sa vie : « Je n'ai jamais été qu'un pauvre page et, depuis ma jeunesse, j'ai été fort adonné au vin.» Il était né, disaient les astrologues, sous l'influence de Mars. Neveu d'Albert Alcibiade, il avait « du sang de margrave dans les veines», et ressemblait de caractère etde visage à son oncle, le sauvage incendiaire. Le monde avait besoin, selon lui, d'un nouvel Albert et d'un autre Maurice do Saxe. Grand admirateur de ces princes, ses modèles, le mobile religieux tenait fort peu de place dans sa vie. S'il semblait dévoué à la cause évangélique, c'est qu'elle lui paraissait propre à favoriser ses desseins ambitieux et cupides4.

Lorsqu'en 1567 la lutte s'engagea dans les Pays-Bas, et qu'en

1 m n'ay trouve au Prince Palatin que affections cherres de calviniser le

monde. » Lettre de Leonhard de Ebbe a Louis de Nassau, 2 mars 1573. Voy.

GltOKN V. PlUNSTKRElt, t. VI, p. 71.

1 Kluckhohn. Friedrich der Fromme, p. 431. » Km/ckiiohn, Briefe, t. I, p. 51.

* Voy. l'excellent portrait que v. Bezold a tracé de Casimir, t. I, pp. 13-17.

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