SITUATION RELIGIEUSE EN SAXE
férer ensemble sur la doctrine. Un colloque s'ouvrit à Altenbourg, en octobre 1568, et n'eut d'autre résultat qu'une discorde plus irrémédiable. «Le ciel même s'en émut. » Pendant qu'il avait lieu,l'Electrice Anne fut informée à diverses reprises que « des signes merveilleux») se produisaient de tous côtés. « Des incendies éclatèrent simultanément au château électoral, à l'hôtel de ville, au collège. L'église trembla dans ses fondements; le hibou poussa des cris sinistres tout près du château, d'énormes corbeaux firent un soir un tumulte effroyable; une autre fois, on entendit les chiens hurler « d'une façon horrible et lamentable ». Trois flèches surmontant le château de Leuchtenberg, près de Kahla, s'éboulèrent sans que le feu fût pour rien dans cet accident *. » Pendant le colloque, les théologiens du duc de Saxe demandèrent quo les principaux écrits de Mélanchthon fussent livrés aux flammes. Ceux de l'Électeur alléguèrent qu'ils avaient été en grande partie écrits et imprimés du vivant de Luther, c de sainte mémoire, » qui les avait tous loués et approuvés 2. Jean-Guillaume, président du colloque, disait que, durant toute sa vie, il n'avait jamais rencontré de docteurs plus turbulents et plus difficiles à conduire que ceux auxquels il avait affaire. Bien qu'au commencement de chaque séance le saint nom de Dieu fût invoqué, les injures et les insultes étaient tous les jours si violentes « qu'on se serait cru à la comédie 3 ». Chacun des deux partis donnait au public des renseignements différents sur ce qui se passait au sein de l'assemblée. Pendant quatorze semaines on discuta uniquement sur la justification; l'un et l'autre parti proclama sa victoire et la honteuse défaite de ses adversaires hérétiques *. Paul Eber, surintendant général, écrivait d'Altenberg : « L'Église est déchirée par de furieuses et irréconciliables querelles; les pauvres consciences sont troublées et perplexes sur tous les points de la doctrine ; la plupart des chrétiens adoptent de plus en plus la morale d'Epicure. Les sujets, accablés tous les jours de charges plus écrasantes, sont presque réduits à la mendicité et commencent à maudire ceux pour lesquels on leur recommande de prier 5. »
« Quelle religion choisirons-nous? » demandait André Dudith, traitant de la situation générale du Protestantisme en 1569. « Non seulement toute Église particulière prétend être la seule vraie et
« v. Webkr, Anna, pp. 305-30«.
» Sixt, p. 65.
» Wilkbws, p. 135.
* Voy. Huppe, Gjsch. des Protestantismus, t. II, pp. 206-227. » Sixt, pp. 79, 81. Gillbt, t. I, p. 385, note 48.