‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 220 sur 315 · SITUATION RELIGIEUSE EN SAXE · texte numérisé non relu

SITUATION RELIGIEUSE EN SAXE

excommunie toutes les autres, mais chaque jour les théologiens renient leur propre doctrine et repoussent aujourd'hui ce qu'ils enseignaient hier,de sorte qu'il est facile de savoir l'opinion quidomine aujourd'hui, mais qu'il est impossible de prévoir le cas qu'on en fera demain. » « Autrefois les Conciles ou les décrets des Papes mettaient un frein aux disputes des hommes ; mais quel Concile, quel gouvernement, quelles lois pourraient nous mettre d'accord ? car il n'y a plus de justice, l'impunité est assurée, la licence domine. » « Oserions-nous soutenir, » ajoutait Dudith parlant des persécutions dont les dissidents étaient l'objet, « quo les armes dont nous nous servons sont toutes spirituelles, que nous ne voulons rien entreprendre contre les consciences, et qu'il faut laisser toute liberté aux âmes *? »

La haine d'Auguste de Saxe pour les Flaciniens s'était encore accrue pendant le colloque d'Altenbourg ; aussi fit-il paraître un édit plaçant tous les ministres de son Electoral dans l'alternative ou de condamner nettement la doctrine de Flacius ou de s'expatrier. En 1567, il crut utile de faire un exemple en la personne d'un de ses vassaux, le comte Wolf de Schon burg, qui protégeait les Flaciniens et avait qualifié d'antichrétien un édit du prince. Il ne se contenta pas de confisquer ses propriétés, de la proscrire; il le lit enfermer dans un cachot de Dresde surnommé « l'Empereur », lequel, au rapport du geôlier, était depuis si longtemps dans un tel état d'infection qu'il n'était plus possible de le nettoyer. L'infortuné, condamné à périr asphyxié par l'odeur fétide qu'on y respirait, fut, au bout de quelques jours, « réduit à un état si lamentable que sa mort semblait imminente; il supplia le chancelier et les conseillers de l'Electeur d'intercéder en sa faveur auprès d'Auguste, promettant de payer une forte amende, de vendre tous ses biens pour s'acquitter, et demandant pour toute grâce qu'on le laissât libre dans sa conscience. Mais Auguste voulait une rétractation positive, « Quand bien même, » écrivait-il, « le comte languirait jusqu'à la mortdans son cachot, nous en serions aussi peu touchés que si nous avions attaché un chien à la potence ; dès qu'il aura rendu l'àme, nous voulons et ordonnons que son cadavre demeure en sa prison, et qu'une voûte soit construite au-dessus. » Pour échapper à son horrible sort, le comte finit par déclarer, avec force démonstrations de repentir, « qu'il avait agi par esprit d'ob>tination, et demandait grâce et pardon pour le crime dont il s'était rendu coupable * ».

1 Gillet, Crato, t. II, pp. 271-272.

1 Pour plus de détails sur les indignes traitements infligés au comte, voy. Distel, Flacianismus, pp. 27 et suiv. La prière que Jérôme Haubold, recteur de l'Ecole

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Eu 1570, Auguste fit fondre un canon sur lequel il fit graver cette légende : * Les Flaciniens sont les émissaires de Satan l. »

« Les disciples de Flacius, » écrivait Nicolas Selnekker en 1570, « recherchent la faveur et l'applaudissement des gens de bas étage; dans les cabarets, les tavernes, les hôtelleries, ils tiennent les propos les plus inconvenants. Là on dispute ou tempête, et trop souvent les coups suivent les querelles. Aussi, le désordre, les émeutes, le mépris du saint ministère et de l'autorité légitime sont-ils les fruits ordinaires de cette doctrine exécrable. » « Les églises retentissent de cris sauvages, le tapage dégénère en une perpétuelle émeute qu'il n'est presque plus possible de réprimer. » « Les auditeurs trouvent du plaisir à cet état de choses, et attisent continuellement le feu. De jour en jour le peuple devient plus impie. Il semble que d'ici à peu de temps le monde doive s'écrouler 2. »

Gomme les Flaciniens ne cessaient de répéter qu'Auguste était « un hérétique, un apostat, un tyran, et le plus odieux des mamelucks, » le duc Jean-Guillaume craignit que l'Electeur, exaspéré, ne finît par vouloir se venger. Il demanda au Langrave Guillaume de l'assister de ses conseils dans la situation difficile où il se trouvait. Déjà les théologiens de Wittern berg et ceux de Leipsick avaient, dans un libelle, réclamé l'appui du bras séculier contre les docteurs de léna, et les habitants de cette ville disaient tout haut que si l'Electeur paraissait avec ses compagnies à leurs portes ils s'empresseraient de lui livrer tous les théologiens flaciniens; les étudiants prenaient une attitude menaçante et annonçaient l'intention de protéger les docteurs. Un jour on put lire ces paroles placardées à tous les carrefours de la ville : « Les étudiants, qui, ce soir, ne se trouveront pas en armes sur la place du marché, sont des lâches. » Plusieurs conseillers rapportèrent à Auguste, prétendant avoir été témoins du fait, qu'à Weimar, en présence du duc,

régionale de Schönburg, faisait réciter àses élèves pendant la captivité du comte, est intéressante au point de vue de l'histoire religieuse de ce temps : « Seigneur, ne veux-tu plus nous regarder, ne nous exauceras -tu plus, nous as-tu donc rejetes pour jamais? Qui te louera dans la mort, qui te remerciera dans l'enfer?.. Eh bien, situ nous humilies, tu seras humilié avec nous ; si tu nous laisses opprimer, tu seras opprimé avec nous. Comment pourrais-tu le vouloir? » P. 37, notel.

1 Voy. l'article de Schmidt, dans Zeitschrift für die historiche Theologie de Niedner, 1849. pp. 73 et suiv. Voy. Distel, Archiv fur die sächsische Gesch. Nouvelle suite, t. IV, pp. 367 et suiv. Au sujet des balles et boulets des Flaciniens sur lesquels étaient aussi gravés des sentences rimées, voy. DiSTEh,Flacianismus. p. 15.

1 Christliche Verantwortung, A-C-D1. « Les théologiens de léna, » écrit-il, « débitent du haut de la chaire, au château et ailleurs, toutes sortes d'insolences, > Le professeur Jean-Frédéric Célestinus, surtout, l'avait attaqué de la manière la plus violente ; aussi Selnekker l'appelait-il « serpent venimeux, démon fanatique, homme en délire, être sans pudeur et menteur ignoble, etc. ». L*. N.

365 LE BRÜNS WICK-WOLPENBÜTTEL DEVIENT PROTESTANT. 1569.

on avait demandé à Dieu, à l'église, la confusion de l'Electeur; aussi ce dernier écrivit-il le 20 mai 1570 à l'Empereur pour le prier de ne pas trouver mauvais qu'il songeât à mettre un terme aux provocations outrageantes du duc et de ses théologiens. Maximilien lui répondit, comme il en informa le landgrave de Hesse, que dans le cas où Jean-Guillaume n'aurait pas égard à ses justes représentations, il l'abandonnait à sa destinée *. A la Diète de Spire (1570), l'Electeur obtint que les fils du duc prisonnier Jean-Frédéric fussent placés sous sa tutelle, et que l'héritage paternel leur fût restitué. Jean-Guillaume perdit ainsi la moitié de ses états.

Pendant ce temps, le Protestantisme acquérait un nouveau territoire dans l'Allemagne du Nord, de par le simple décret d'un prince souverain.

Le 11 juin 1568, le duc de Brunswick-Wolfenbuttel, Henri le Jeune, étant mort, Jean, son fils et son successeur, embrassa le Protestantisme, interdit dans ses domaines l'exercice du culte catholique et confisqua les biens des églises et des couvents. Par les soins du surintendant de Brunswick Martin Chemnitz et de Jacques Andrea, chancelier de Tubingue, que Christophe de Wurtemberg lui céda, pour la circonstance, un nouveau Corpus doctrinx fut publié. Deux théologiens avaient paru suffisants au duc pour « le grand ouvrage », le Saint-Esprit, disait-il, pouvant tout aussi bien illuminer deux docteurs qu'un synode tout entier 2. En 1569, la nouvelle constitution ecclésiastique fut présentée à la signature de tous les prédicants et instituteurs, aprrs qu'on les eut averti que quiconque refuserait de signer serait exilé 3.

Jacques Andrea, chargé par Christophe de Wurtemberg de tenter un dernier effort pour faire aboutir la conciliation religieuse tant désirée de tous les princes protestants, dressa une confession de foi qu'il crut capable de réunir enfin tous les esprits. Elle contenait l'exacte définition des cinq principaux articles sur lesquels il semblait le plus difficile de s'entendre : la justification, les bonnes

1 Heppe, Geschichte des deutschen Protestantismus, t. II, pp. 297, 317-330. Gillet, Crato, t. I, p. 402.

1 Hachfeld, pp. 57 et suiv.

» La première édition du règlement ecclésiastique fut rachetée tout entière au libraire parce qu'à la p. 67, à l'endroit où il est question des cérémonies du baptême, les paroles du symbole des apôtres, « qui a été conçu du Saint-Esprit, qui a souffert sous Ponce Pilate, » avaient été omises « par inadvertance ». Stübmeä, Histor. Beschr., p. 46.

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