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CALOMNIES RÉPANDUES CONTRE LES JÉSUITES EN BAVIÈRE

Kens, comme la chose a été prouvée avec évidence à Munich, et cependant ces monstres sont entretenus et choyés dans notre chère patrie! C'est trop d'ignominie ! 11 faut à tout prix les chasser de tous les lieux où ils ont fait leur nid *. » Le bourgmestre et le conseil de Munich, par un édit revêtu de leur sceau, attestèrent que les bruits qu'on faisait courir n'étaient qu'un amas de mensonges, de calomnies infâmes : « Nous déclarons, au contraire, nous et beaucoup de citoyens de notre ville et de notre digne bourgeoisie, et avec nous tous ceux, de quelque nation ou religion qu'ils soient, qui ont fait ici quelque séjour, que les dignes Pères de la Compagnie de Jésus mènent parmi nous, depuis bien des années, une conduite honorable, sage, disciplinée, irréprochable et sacerdotale. » « Ils nous ont fait le plus grand bien, non seulement à nous et à notre bourgoisie, mais même à ceux du dehors, dans toutes les classes de la société, administrant les sacrements, prêchant, confessant, enseignant les enfants, élevant notre chère jeunesse, comme ils le font encore avec le plus grand zèle. Jour et nuit ils se tiennent au chevet des malades et des mourants, ils les assistent fidèlement et paternellement en toute chose, en un mot, ils se conduisent de telle sorte qu'ils ont acquis l'affection générale et se sont rendus agréables, non seulement à notre très gracieux prince et seigneur, mais encore à toute notre honorable bourgeoisie 2. »

On accusait les Pères, entre autres crimes imaginaires, de préparer des poisons d'un effet infaillible et prompt; ils passaient pour maîtres en cette science. « Les misérables qu'ils soudoient, » écrit gravement le magister Jean Pfeiffer d'Altzen, ce ont ordre et instruction de faire périr par le poison ou autrement tous les instituteurs de la jeunesse, les papistes comme les luthériens. Les Jésuites ont instruit quelques misérables des secrets de leur art diabolique, et ils ont maintenant des recettes infaillibles pour empoisonner les plats, les cuillers, les écuelles, les poêles, les salières, les assiettes, en un mot tout ce qui sert quotidiennement à la table. Ces ustensiles conservent si bien leur fatale propriété que si on les frotte dix fois et plus, si on les lave et les récure, le poison conserve sa force et fait un très grand nombre de victimes 3. »

1 Jesuiterische, Mordthaten und andere manicherley Teufelspraktiken, von einem Diener des Evangeliums allen friedliebenden Christen zur Warnung vorgestellt (1606), p. 9.

1 Feuille volante, 12 juin 1607, revêtu du sceau de la ville de Munich.

s Nova Novorum Jesuitica : Das ist : Historische und ausführliche Beschreibung von den Verborgenesten Geheimnüssen und schrecklichsten Thaten der Jesuwider, so sie bey Tag und Nacht in iren Speluncken treiben und üben. Newticher Zeit in lateinischer Sprach, durcheinen mit Nahmen Johann Cambilhom,

« Nous n'avons fait que trop souvent l'expérience, »> écrivait le duc Albert le 19 juillet 1573, ce de la méchanceté avec laquelle on répand des calomnies non seulement abominables, mais absurdes et invraisemblables contre les Pères de la Compagnie de Jésus. Des hommes sérieux, instruits et d'un rang élevé y ajoutent foi sans aucune preuve. Et cependant, pour rendre hommage à la vérité, il est juste de déclarer que tout ce dont on les accuse n'est qu'un amas de calomnies, ce que l'on découvre invariablement toutes les fois qu'on veut se donner la peine d'aller au fond des choses. Quant à nous, nous n'avons encore pu constater aucun scandale; ce dont nous sommes témoins, c'est que les Pères de la digne Compagnie de Jésus, dans les temps lamentables que nous traversons, ont fait et font encore tous leurs efforts pour restaurer l'idée du droit et de la justice ; grâce à eux, la vie chrétienne refleurit au moyen de l'instruction et de la prédication. Ils assistent les malades dans les hôpitaux et rendent tous les offices de la charité aux pauvres et aux lépreux *. Voilà ce qui éclate à tous les yeux, mais cela ne sert de rien auprès des adversaires de notre sainte religion. Dès qu'on prend le parti des Pères, dès qu'on se plait à les assister dans leur sainte mission, on devient aussitôt une pierre de scandale, on est en butte aux plus vives attaques, et à toutes sortes de calomnies, venues l'on ne sait d'où *. »

Le 5 septembre 1564, le duc Albert, l'archevêque de Salzbourg et d'autres prélats prirent ensemble une résolution qui devait avoir la plus heureuse influence sur la réforme religieuse en Bavière : ils s'engagèrent à exécuter le plus parfaitement possible et avec une

welcher anlangst auss ihrer Societet und Collegio zu Graitz in der Slewermark' entsprungen, treu>hertziglich allgemeiner Christenheit zu einer Warnung gestellt, und zu Augspurg hinterlassen. Nun aber männig lieh zu gutem, beydes Teulsch und Lateinisch in Druck verfertiget und mit schönen Figuren gezieret. Durch M. Iohan Pfeiffern von Altzen. (Gedruckt durch Martinum Spiessen. Im Jahr. MDCX.),p. 31.

1 Voy. l'éloge décerné par Albert en 1576 au zèle et à l'activité des Jésuites. Cette pièce est conservée dans les archives des Pères Jésuites d'Ingolstadl. Voy. Hund, Metropolis Salisb. 2. 278-279. Mederer, t. IV, pp. 346-353. Pendant la peste qui éclata à Munich au mois d'août 1572, les Jésuites fermèrent leurs écoles, et Pères et Frères soignèrent jour et nuit les malades. Agiucola, 1. 1, p. 137.

* Après la mort d'Albert, on prétendit avoir trouvé, en faisant l'autopsie de son cadavre, une pierre où se voyait distinctement une téle de Jésuite. On répondit à l'Electeur Auguste de Saxe qui s'était informé auprès du duc Guillaume V de la véracité du fait : « Nous ne sommes nullement surpris que de semblables bruits aient été propages par les adversaires de notre religion ; mais en réalité on n'a trouvé aucune pierre de ce genre. » v. Weber, Kurfurstin Anna, p. 307.

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soumission empressée tous les décrets rendus par le Concile de Trente et confirmés par le Pape 4 . Le 1er mars 1565, Albert publia un édit interdisant l'importation des livres sectaires, des écrits de controverse, pamphlets, caricatures ignobles et scandaleuses, et défendant sous des peines sévères de les vendre ou de les propager. » Plus tard, il fit publier la liste des écrits prohibés, ordonna l'inspection des boutiques, et, sans miséricorde, expulsa du pays tous les libraires qui refusèrent de se soumettre à ses ordres. Il interdit aussi les petits traités à la mode qui portaient le nom du diable : Jeu du diable, Culottes du diable, etc. « Bien que tous ces livres semblent n'avoir été écrits que pour recommander l'ordre et la discipline ,» porte Tédit, « on ne peut les tolérer plus longtemps, à causo du scandale que donne le nom qu'ils portent, et parce qu'ils ont été habilement combinés pour servir les intérêts de celui auquel appartient ce nom *. »

Comme les libraires récalcitrants, les maîtres sectaires qui refusèrent de se soumettre furent exilés, et la fréquentation des écoles et des Universités protestantes de l'étranger fut sévèrement interdite à tous les jeunes gens. Un décret relatif aux écoles primaires parut en 1569 ; l'instruction religieuse y était prise pour base de l'éducation. Le plus grand soin fut apporté aux choix des maîtres. On n'admit que des instituteurs vraiment remplis de la crainte de Dieu, vraiment catholiques de cœur. Tous les livres d'enseignement furent catholiques. Défense fut faite de troubler la jeunesse par des discussions sur « les grands problèmes réservés à l'attention d'un autre âge». Dès le début de leur éducation, les enfants furent habitués à chercher le salut de leur âme « plutôt dans des actes chrétiens, une conduite sincèrement pieuse, que dans de vains bavardages et d'interminables disputes ». <r La jeunesse doit être élevée dans la pensée que dans notre sainte religion l'humble simplicité a beaucoup plus de prix qu'une science téméraire, subtile et prétendue. « Avant tout, les enfants, dès leurs premières années, seront habitués à l'obéissance, afin que, durant toute leur vie, ils aient horreur de toute rébellion 3.» A Munich, le duc fonda un petit

1 v. Aretin, Maximilian, p. 152, note 5.

1 Sucëmieim, Bayerns Zustände, p. 81, noie 94. Les libraires de Francfort Jlan, Rabe, Feycrabend, Hüter et Schmidt, spéculaient tout particulièrement sur la « littérature diabolique ». En 1551, parut Le Diable ivrogne; en 1562, Le Diable courtisan; en 1568, Le Diable usurier; en 1564, Le Diable valet, et Le Diable paresseux:. En 1575 la librairie Schmidt publia en jfrand in-folio le Theatrum Diabolorum, «bibliothèque générale de toutes les diableries». Moser, Patriot. Archiv., t. V, pp. 285-286. Voy. notre sixième vol.

3 Schulordnung der Fûrsienlhumb Oberen und Niederen Bayerlandes. Munich, 1369, v. Abetik, Maximilian, pp. 178-179.

séminaire pour les enfants pauvres, l'instruction y était gratuite. A Munich encore et à Ingolstadt, il fonda deux séminaires pour les jeunes gens de la noblesse, et en confia la direction aux Jésuites. Conformément aux prescriptions du Concile, tous les professeurs de l'Université d'ingolstadt furent invités à faire acte d'adhésion à la Confession de foi du Concile de Trente *.

A l'exemple des princes protestants, qui ne toléraient aucun catholique dans leurs états, Albert ordonna que tous les sectaires qui, après des remontrances réitérées, refuseraient do rentrer dans le giron de l'Eglise, devraient aller chercher asile en un autre pays dans un espace de temps déterminé. Il écrivait à Maximilien : « Si les Catholiques ont été chassés des états des Confessionistes'pour cause de religion, pourquoi le contraire n aurait-il pas lieu 2? » Du côté protestant on attribua la nouvelle attitude du duc à l'influence du converti Frédéric Staphylus, alors fort en faveur auprès de lui. L'auteur de « Consolation et exhortation aux chrétiens expulsés de Bavière », livre réédité en 1564, se plaint amèrement de Staphylus, « Autrefois, » dit-il, « quand le docteur Eck vivait encore, ainsi que d'autres illustres hommes d'État, tout aussi bons papistes que lui, on n'usait pas de tant de rigueur; mais à présent, depuis que le mameluck Frédéric Staphylus est bien en cour il a voulu mériter mieux que Judas ses trente pièces d'argent, il n'a été satisfait qu'après avoir obtenu et mis en bon train la persécution actuelle 3. » De l'avis du conseil du prince, tous les séditieux qui, par leurs discours, leurs mauvais conseils, leurs perfides insinuations se rendraient, à l'avenir, suspects à l'autorité, tous ceux qui enseigneraient en secret des doctrines d'hérésie, répandraient des feuilles volantes remplies de menaces et d'invectives et s'opposeraient criminellement à leur prince, devaient être jetés en prison. Le peuple égaré devait être ramené par l'instruction de ses pasteurs, tous les sujets du duc obligés à pratiquer le culte catholique et à fréquenter assidûment le sermon 5. Les Protestants, dans les pays où ils étaient les maîtres, avaient forcé les Catholiques à assister au prêche : leur exemple devait être suivi, et les Luthériens se souviendraient que dans l'Electoral de Saxe ou avait exigé la réception des sacrements selon le rite luthérien sous peine de bannissement 3.

1 v. Arktin, Maximilian, pp. 162 et suiv. * Huscuberu, p. 447, note.

» Schklhohn, Ergötzlichkeiten, l. II, pp. 287-289. 4 v. Aretln, Maximilian, pp. 147-148.

4 Voy. Garpzov, Deßnitiones, p. 453.

Albert retira la permission qu'il avait accordée de communier sous les deux espèces et ordonna à tous ses sujets, à l'exception des grands vassaux, d'avoir à s'abstenir du calice laïque. Cette mesure fut considérée comme « singulièrement 'oppressive et tyrannique ». Albert déclara qu'il avait découvert que ce n'était point par dévotion pour les saintes espèces que la plupart des Utraquistes voulaient la communion sous les deux espèces; mais uniquement « pour se procurer une liberté charnelle longtemps souhaitée et par attachement à leur propre sens 1 ». Partout, sa condescendance avait été fatale à la religion catholique. Pendant une mission populaire préchée par les Jésuites en Basse Bavière à la demande du duc, on constata dans les pays limitrophes du comté d'Ortenbourg que sur 6.000 adultes, 2.300 environ refusaient de communier soit sous deux, soit sous une seule espèce; et que cent seulement étaient attachés au calice *.L'évêque de Passau, appréciant la question d'après ce qui s'était passé dans son diocèse, regardait le retranchement du calice comme un des moyens les plus sûrs d'arrêter les progrès et les empiétements du Protestantisme 3. Canisius écrivait à Hosius qu'au dire de l'archevêque de Salzbourg la concession du calice était partout devenue « une pierre d'achoppement, une cause de scandale »; que les paysans armés s'attroupaient, entraînaient leurs prédicants, « tout prêts à s'insurger dans le cas où l'archevêque ferait mine de leur résister 4 ».

« La communion sous les deux espèces, » écrivait Albert le 22 mai 1579 à Wolf Dietrich de Maxelrain, « fait revivre beaucoup d'erreurs pernicieuses, et comme parmi les Protestants il y a autant d'opinions que de tètes quant à l'Eucharistie, j'ai interdit de nouveau le calice laïque, que l'autorité ecclésiastique vient de nous faire un devoir d'abolir5. » En beaucoupde communes, on eût grand' peine à obtenir le retour à l'ancien rite ; les femmes,surtout, s'obstinaient : « dans quelques paroisses de la seigneurie de Waldeck il fallut les menacer de la prison » . Jusqu'en 1583 il y eut beaucoup d'exilés volontaires. Le curé catholique de Miesbach vit plus d'une fois ses jours en danger, on jetait des pierres aux Catholiques qui se reudaient au sermon 6. Ailleurs les choses se passèrent plus tranquillement. A Wasserbourg, par exemple, 350 personnes avaient ré-

« v. Arbtin, p. 155.

» Riess, p. 331.

» Voy. Wimmkr, p. 38.

* Cyprianus, Tabula/'ium, pp. 385-386.

* Voy. Obernberu, pp. 56-60.

" v. Obkrnberq, pp. 32-37.

clamé le calice en 1569; en 1571, presque toutes y avaient renoncé1.

En 1573 l'œuvre de restauration catholique put, dans une certaine mesure, être considérée comme achevée en Bavière ; mais chez beaucoup de prêtres « l'apostasie du cœur, l'oubli de tout Christianisme » se révélaient par une conduite si scandaleuse que ce que nous savons fait véritablement frémir 2.

* v. Aretin, Maximilian, p. 160.

» Voy. surtout le rapport adressé à Guillaume V par le receveur des impôts (1583). SuGBJiHziM, Bayerns Zustände, pp. 642-563.

CHAMTHE VII

AFFERMISSEMENT DE LA FOI CATHOLIQUE DANS L'ABBAYE DE FULDE. — RÉSISTANCE DES PRINCES PROTESTANTS. — LES ÉCOLES DES JÉ- SUITES JUGÉS PAR LES PROTESTANTS.

Fortifié par l'exemple d'Albert de Bavière, le prince-abbé de Fulde, Balthazar de Dernbach, défendit vaillamment la cause catholique.

En lui jurant foi et hommage, le Conseil lui avait demandé « de ratifier les droits et privilèges de la cité », d'autoriser l'installation d'un ministre luthérien et d'abolir la messe. La noblesse avait réclamé de plus l'érection d'un collège dans le cloître abandonné des Carmes déchaussés. Balthazar garantit aux habitants le maintien de leurs libertés et privilèges, mais il ne voulut jamais entendre parler de prédicant,se fondant sur le droit que lui reconnaissait le traité d'Augsbourg de régler dans ses domaines la religion de ses sujets. Ce fut en vain qu'à plusieurs reprises on le supplia de ne pas prendre à la lettre l'article du traité à cause de toutes les difficultés qui pourraient survenir 2. D'abord d'accord avec le chapitre, qui avait promis de couvrir une partie des frais nécessités par la fondation d'un collège 3, l'Abbé, en 1571, avait appelé cinq Jésuites à Fulde pour prendre la direction du nouvel établissement. La noblesse, déçue dans son espoir de voir s'ouvrir une école protestante, déclara aussitôt la guerre, « avec un courage tout évangélique à l'engeance jésuitique, » et parvint à attirer dans son parti quelques membres nobles du chapitre. Influencé par ces derniers, intimidé par les menaces des princes voisins, le chapitre, on grande partie composé de laïques, non seulement refusa de verser les fonds promis, mais nia que l'Abbé eût le droit d'entretenir à ses frais le collège des Pères. S'il se montrait si opposé à son supé-

1 Voy. Htri'E, Katholische Restauration, p. Î9. » Komp, Furstabt Balthasar, pp. 10-12.

rieur, c'est que celuî-ci, prêtre exemplaire, avait pris en maiu la réforme du clergé avec une grande fermeté, qu'il avait exigé le renvoi immédiat des concubines do prêtres et avait même fait arrêter en pleine ruo « la belle » du doyen, Hermann de Windhausen. Les chanoines ne pouvaient souffrir un tel maître; « ce jésuite hypocrite » leur était odieux, ils regardaient comme un abominable attentat ce aux vieilles coutumes » l'obligation de chanter l'oflico, l'observance des cérémonies, l'assistance au sermon, et reprochaient à Balthazar de vivre « à la nouvelle mode jésuitique a. C'était là, en effet, heurter do front « les vieilles coutumes » des chanoines de la noblesse. Aussi Windhausen n'appelait-il Balthazar que « l'àmo damnée des Jésuites ». Mais sans s'inquiéter do leur mécontentement, l'Abbé rendit plus stricte la clôture des monastères, « fit lui-même la visite d'un grand nombre de couvents, prêcha la réforme au clergé et au peuple, rétablit les pèlerinagos et les processions, et s'efforça do retrancher peu à peu la communion sous les deux espèces, que ses prédécesseurs avaient tacitement permise. Il acheta aussi aux libraires tous les livres hérétiques qui se trouvaient u^ns leurs boutiques et leur défendit sévèrement de rapporter à l'avenir de semblables écrits de la foire de Francfort. Ceux do ses serviteurs ou fonctionnaires qui refusèrent d'abjurer le Protoslantismo furont congédiés.

Toutes ces mesures produisirent une vive impression dans tout L'Empire : « Il n'eu faut pas douter, » disait-on du côté protestant, « les Jésuites ont juré de renverser le traité d'Augsbourg, et ils ont trouvé dans Balthasar un instrument docile, tout à fait propre à lour dessein *. »

A la prière des sujets protestants de l'abbaye, qui continuaient à supplier inutilement Balthasar do leur accorder la liberté de conscience, l'Electeur Auguste de Saxe, le margrave Georges Frédéric de Brandebourg et les landgraves Guillaume et Louis de Hosse intervinrent, et sommèrent l'Abbé d'expulser « l'engeance jésuitique » de ses possessions et de laisser ses sujets libres d'adhérer à la Confession d'Augsbourg, puisque, prétendaient-ils, depuis vingt, trente ans et plus la religion protestante avait été en usage dans le pays. Des délégués envoyés par les quatre princes exhortèrent les conseillers protestants et les sujets de l'Abbé à rester fidèles à « l'Evangile » et promirent l'appui de leurs maîtres en cas de nécessité. Un certain nombre de chevaliers vint avertir Balthasar que s'il n'avait pas égard aux réclamations des princes, ceux-ci, comme

1 Ssweut, |>p. 13,17.

leurs ambassadeurs l'avaient fait pressentir, n'hésiteraient pas à aider leurs coreligionnaires à poursuivre et à chasser <c la maudite et pernicieuse secte des Jésuites * ; l'Abbé devait prendre garde que d'une petite étincelle ne jaillit un immense incendie.

Craignant de voir le territoire envahi, le chapitre, lui aussi, demanda le renvoi des Jésuites; cependant, le 8 novembre, sur la proposition de Balthasar, il consentit, ainsi que la noblesse, à soumettre toute l'affaire à l'appréciation de l'Empereur et de la Chambre Impériale *.

Néanmoins, dès le lendemain, 6 novembre, les chanoines, entraînés par leur doyen Windhausen, prirent de leur autorité privée le titre de corégents de l'abbaye et rendirent contre les Pères un arrêt de bannissement. « En cas de résistance, » portait l'édit, « nous aviserions avec la chevalerie aux moyens de débarrasser notre patrie des Jésuites et de tous leurs partisans, et ces moyens leur seront plus pénibles qu'ils ne peuvent le deviner ni le prévoir »

« Les pauvres Pères vivaient dans une perpétuelle angoisse. »

L'Abbé, sans se laisser aucunement effrayer, en appela à la Chambre Impériale. Par un arrêt daté du 13 novembre, le tribunal suprême de l'Empire interdit au chapitre, en le menaçant du ban, d'empiéter aucunement sur les droits de Balthasar3. Le 27 novembre, le duc Albert félicita l'Abbé de sa courageuse attitude, le consolait, l'encourageait à tenir bon quant à l'école, dont le maintien importait si fort à la religion catholique, et l'exhortait à conserver les Jésuites, qui, disait-il, avaient fait tant de bien en Allemagne par leur prédication, les soins prodigués à la jeunesse, leur vie, leur conduite exemplaire, et dont il avait luimême constaté le zèle et le dévouement dans son duché de Bavière. Comme la paix de religion défendait àtout membre d'Empire « d'en contraindre un autre ou les sujets de cet autre à embrasser sa religion; de prendre sous sa protection ou de défendre en aucune manière les sujets d'un prince voisin en révolte contre leur seigneur », il était persuadé que les princes luthériens laisseraient bientôt en paix l'Abbé et les Jésuites, et n'oseraient rien entreprendre contre eux. Si cependant les choses tournaient différemment, le

1 Heppb, Restauration, pp. 39 et suiv. Instruction du 24 sept. 1573, pp. 199-202. * Heppb, Restauration, pp. 231-231. Voy. la relation du prince-abbé à Grégoire XIII, 28 décembre 1573. Tueiker, Annales, t. I, p. 93t s IIeppe, Restauration, p. 49.

duc promettait de prendre la défense de Balthasar et de faire respecter ses droits ».

C'était à tort que les Protestants de Fulde et les princes luthériens soutenaient que dès longtemps la Confession d'Augsbourg avait été accordée aux vassaux de l'abbaye. La communion sous les deux espèces et l'usage de la langue allemande dans les cérémonies du baptême avaient, il est vrai, été concédées par les anciens Abbés; mais il ne s'en suivait nullement, comme le dit Balthasar au bourgmestre et aux conseillers, qu'ils eussent jamais été autorisés à changer de religion. Le fait était si vrai qu'interrogés sur la doctrine de la Confession et la date précise de son introduction à Fulde, la plupart des conseillers durent avouer leur complète ignorance.

Jamais pasteur luthérien n'avait prêché à Fulde, et les conseillers ne purent citer le nom d'aucun ministre évangélique ayant exercé des fonctions ecclésiastiques sous les anciens Abbés 3.

Balthasar écrivit le 4 décembre J573 à l'Electeur Auguste que la raison qu'on faisait valoir auprès de lui, en prétendant que le culte luthérien avait été autorisé à Fulde depuis nombre d'années, n'était pas valable. La preuve en était que ses sujets, à plusieurs reprises, avaient, la chose était notoire, instamment mais vainement réclamé la liberté du culte auprès de ses prédécesseurs. Mais quand bien même il en eût été autrement, ajoutait l'Abbé, c'était à lui seul, prince du Saint-Empire, et conformément aux droits que le traité d'Augsbourg lui garantissait, qu'il appartenait de décider sur la religion.

Auguste de Saxe fit part de ce message au landgrave Guillaume de Hesse en lui conseillant de presser le chapitre de faire exécuter l'arrêt d'expulsion lancé contre les Jésuites et d'envoyer cinq cents ou mille cavaliers au secours des chanoines 3. Guillaume dit un jour à un délégué de Balthasar « que les livres [des Jésuites pénétraient partout, qu'il en avait trouvé jusque dans la chambre de sa femme, et que les Pères seraient chassés de Fulde, aussi vrai que le verre de vin qu'il tenait à la main en disant ces mots allait réjouir son cœur * ». En janvier 1574, le landgrave insista de nouveau près des nobles de Fulde pour qu'ils obtinssent le renvoi des Pères. H conseillait au chapitre de faire déposer l'Abbé sous prétexte d'aliénation mentale, et d'élire à sa place le doyen Windhausen ou le

1 Heppe, pp. 238-240. Kluckhohn, Briefe, t. II, p. 620. Rapport de Gratiani, 20 janvier 1874, Theineh, t. I, p. 412. * Komp, Fürs labt Balthasar, pp. 22-25. 3 Heppe, Restauration, pp. 50-52.

« Komp, Fürstabt Balthasar, pp. 19-20. Zweite Schule, p. 23.

jeune comte palatin protestant, Frédéric*. Mais intimidé parlesavertissements et les menaces du Pape et de l'Empereur, le chapitre crut prudent de rejeter ce conseil. Maximilien, par un édit daté du 1er mars 1574, interdit sévèrement au chapitre « toute agression, tout acte de violence envers les nouvelles écoles », il le rappela à l'obéissance envers son seigneur et lui enjoignit déporter les griefs qu'ils pouvaient avoir contre lui devant le tribunal suprême de l'Empire, ce à quoi l'Abbé se montrait tout disposé *. Auguste de Saxe, Guillaume et Louis de Hesse, auxquels Maximilien douna les mêmes avertissements, se plaignirent à l'Empereur, le 1" mai 1574, que l'Abbé eût interdit à Fulde le libre exercice de la Confession d'Augsbourg; qu'il eût osé injurier, dans un document officiel, « cette sainte Confession, fondée sur la parole de Dieu, » et que « la secte tracassante etchagrine des Jésuites,qui jusque-là avait été inconnue dans le pays, eût capté la confiance de quelques jeunes gentilshommes et leur eût inculqué une doctrine d'erreur. » Tout ceci, disaient-ils, violait la paix de religion et la déclaration de Ferdinand, et menaçait gravement la tranquillité des citoyens; l'Empereur devait ordonner à l'Abbé de remettre les choses en leur ancien état 3.

Sans les encouragements et l'appui du Saint-Siège, écrivait Balthasar au nonce en mars 1575, il lui eût été impossible de venir à bout de toutes les difficultés qu'il avait à vaincre. « Les chanoines sont extrêmement ignorants, » écrivait le nonce au Pape, a ils mènent une vie très scandaleuse, et le nom seul de réforme les fait frémir. » Un bref de Sa Sainteté, blâmant sévèrement leur conduite licencieuse, a été très bien accueilli par. l'Abbé, qui ne le trouvait que trop mérité, mais il n'a môme pas osé le communiquer au chapitre. Pour le relèvement moral du chapitre, disait-il, il serait nécessaire que l'Abbé fit élever et former dans la piété au collège allemand de Rome quelques jeunes gens distingués, appartenant à des familles nobles, afin que plus tard ces jeunes gens, devenus chanoines, introduisissent la réforme, et rappelassent par une conduite vraiment sacerdotale la vie des anciens Bémédictins 4. Balthasar, le 19 septembre 1575, écrivait au Pape que dans son territoire il était presque impossible de parler de réforme, parce que la juridiction ecclésiastique était partagée entre lui, l'arche-

' Hkppë, pp. 52-5o.

» Heppe, pp. 23Ü-237.

9 Zeitschrift des Vereins Jûr hessische Gesch. und Landeskunde, uouvelle suite, l. II, pp. 187-192.

« Relatiou d'Elgard, 9 mars 1575, yoy. Thbiiseh, Annales, t. II, pp. 75-76.

CONTRE LES ÉCOLES DES JÉSUITES

vêque de Mayence et lV vêque de Wurzbourg, et qu'on ne savait jamais au juste de quel prélat telle ou telle localité dépendait. Les nobles profitaient de cette situation pour s'arroger des droits qui ne leur appartenaient pas et pour établir des prédicants partout où ils le pouvaient. Les liens anciens qui avaient autrefois rattaché l'abbaye au Saint-Siège étaient rompus, on ne savait plus rien de positif sur le mode d'élection, les devoirs et les droits des bénéficiaires, et le Pape serait bien inspiré en remettant [l'autorité en une seule main, capable d'entreprendre la réforme avec autorité et vigueur *.

La seule consolation de Balthasar, c'était l'école déjà florissante des Jésuites. Ellecomptait des centaines d'élèves, accourusd'un grand nombre de pays allemands 2. Les collèges de Trêves et de Mayence étaient dans le même épanouissement 3. En 1567, des écoles semblables s'ouvrirent à Wurzbourg et à Spire, et, en 1575, à Heiligenstadt.

« De tous cotés, la jeunesse se groupe autour des Jésuites, » disaient avec amertume les Protestants, « et elle leur est si attachée qu'on ne trouve rien de comparable dans les autres gymnases, ce qui ne peut être attribué qu'à des moyens occultes. » « liest certain que les Jésuites ont commerce avec les démons. » « Ils usent de sortilèges abominables; ils oignent leurs élèves de certains onguents dont le diable a le secret, ils les attirent à eux par des liens si forts qu'il est extrêmement difficile de les séparer de ces magiciens, et qu'ils conservent toute leur vie le désir de retourner vers eux. » « 0 artifices de Satan! L'Evangile de Dieu reste impuissant devaDt ces créatures du diable que l'enfer a vomies pour empoisonner toute la jeunesse allemande et perdre les Evangéliques, qu'ils ont surtout en vue de séduire! Nos écoles ont baissé dans l'estime de beaucoup de gens; il est vrai que de notre côté, grâce aux efforts de l'enfer, nous faisons très peu pour la jeunesse. Satan la rendindisciplinéeet,réussit à empêcher les princes et les autorités de fonder de bonnes écoles; ainsi ils jettent eux-mêmes nos enfants dans la gueule des loups jésuitiques. Non seulement il faudrait chasser les Jésuites, mais on devrait les faire périr sur le bûcher comme de méprisables sorciers,

« TlIKJ.NKB, t. II, p. 77.

: Komp, Zweite Schule, pp. 13-24.

3 Un collège dirigé par les Jésuites avait clé fondé à Mayence en 1568. Gimms, Cod. dipl., t. IV, p.

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car c'est le vrai châtiment qu'ils méritent. » « Si Ton n'agit promptement, il ne sera bientôt plus possible de se débarrasser d'eux. » «Non seulement ils sont eux-mêmes sorciers, mais dans leurs écoles ils enseignent leur art abominable1.» A Hildesheim, on accusait les Pères d'apprendre à leurs élèves certaines formules magiques pour le mélange des poisons, et de les initier aux sciences occultes 2. On disait encore que, pour hâter leurs progrès, ils avaient recours à certains sortilèges 3. Les pouvoirs protestants et les théologiens étaient « dans une émotion étrange et bien justifiée » en constatant que de tous côtés un très grand nombre de familles évangéliques confiaient leurs enfants « aux loups et aux furies jésuitiques ». « Le diable, » écrivait Joachim Mörlin en i568, « empêche les pauvres parents de comprendre quelle barbare cruauté est la leur; il les aveugle de telle sorte qu'ils ne comprennent pas qu'ils feraient bien mieux de confier leurs enfants à Moloch ou à Baal qu'aux Jésuites. » « Le Pape et ses vils esclaves savent bien que tout dépend des écoles ; le diable, de son côté pousse les Jésuites à fonder et à entretenir de bons collèges, afin qu'on y trouve plus de science, plus de zèle pour les études que malheureusement nous n'en avons chez nous. Et les Jésuites ne s'en prennent pas seulement à la jeunesse ; ils dérobent le cœur des pieux parents, de sorte qu'ils se décident à conduire leurs enfants à leurs écoles et à les leur confier sans tant de réflexion; ils leur persuadent que bientôt et en peu de temps la carrière de ces enfants sera assurée, à cause de l'excellente instruction qu'ils reçoivent4. » Personne ne mettait en doute l'incessante sollicitude des Jésuites, leur don tout particulier pour l'éducation de la jeunesse. Nicolas Gallus, dans un sermon prêché àRatisbonno,s'exprimeainsi : « Les Jésuites, ces rusés compères, mènent une vie pharisaïque pour éblouir les gens; ils sont pleins de zèle pour instruire le peuple et surtout la jeunesse, car ils ont la prétention de régénérer le monde, de relever et de fortifier l'Empire tombé dans le plus triste abaissement 5. »

Comme tous les princes protestants, le landgrave Guillaume de Hesse faisait tous ses efforts pour entraver l'action des Jésuites. En 1573, au grand synode général de Marbourg, il recommande aux théologiens de combattre hardiment l'ordonnance scolaire publiée par les Pères de Fulde. « Les professeurs de théologie,» dit- il, « ont

» Seibert, pp. 27-28.

s Voy. Pieler, p. 2oi.

3 Sacchi.nds, Hist. Soc. Jesu, t. II, p. 122.

* Ifeshusii herzlicher Danksag unj für die ßekcheung des Engländers Ednardi Torneri (1568) A 3b. 4bf traduction de Mörlin, » Vom haitischen, etc, (1561 )A?.

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plus que d'autres, le devoir de courir sus au loup, de décrier en chaire les nouveaux docteurs, d'avertir les parents d'être sur leurs gardes de peur de tomber dans les « nouveaux trébuchets du Pape ». Les pasteurs doivent prêcher avec zèle contre les Jésuites. » Le synode défendit aux parents sous des peines sévères d'envoyer leurs enfants aux écoles des Jésuites et, dans un écrit destiné à être répandu, s'efforça <f d'éclairer les chrétiens sur les écoles perverses et les maîtres séducteurs ». Les Jésuites sont accusés d'enseigner aux enfants que les péchés ne sont pas effacés par la satisfaction offerte sur la croix par Jésus-Christ; que seules les œuvres personnelles, aumônes, confessions, prières, etc., peuvent mettre le salut en sécurité. On leur reproche aussi a d'avoir inventé, à côté des deux demeures de l'éternité, un troisième séjour, appelé Purgatoire ». Le peuple est exhorté à fuir les loups ravisseurs, à se tenir éloigné de l'impureté babylonienne et des pièges de l'Antéchrist. Çe libelle ayant été soumis au landgrave, il le trouva beaucoup trop doux et jugea qu'il valait mieux laisser aux prédicants le soin d'avertir les fidèles, dans leurs paroisses respectives, des pièges dressés par l'engeance « jésuitique ». Il nomma des enquêteurs ecclésiastiques chargés de s'informer partout exactement des familles nobles ou roturières « qui offraient leurs enfants en sacrifice à Mo loch, c'est-à-dire au Pape, aux écoles et établissements du Pape1 ».

L'Electeur palatin Frédéric avait insisté longtemps auparavant pour qu'on s'occupât avec un soin tout particulier et non moindre que celui des Jésuites à établir partout de bonnes écoles ou à améliorer celles qui existaient déjà. « Je suis tous les jours témoin du 2èle de la gent tonsurée pour fonder de tous côtés des écoles de Jésuites. Ces écoles sont dirigées par des gens instruits, éclairés, et je suis obligé de convenir qu'il s'en trouve beaucoup parmi eux*. » En 1575, Guillaume Roding, professeur au « pedagogium » d'Heidelberg, dédia à l'Electeur un livre contro les « écoles impies des Jésuites 3 ». « Si j'ai publié ce travail, » dit-il dans la dédicace de cet ouvrage, « c'est parce que je suis obligé de voir de mes yeux que beaucoup de gens qui tiennent cependant à être tenus pour bons chrétiens sont tombés dans une telle aberration d'esprit, dans une impiété si étrange, qu'ils confient leurs fils aux Jésuites pour leur éducation, et n'ont point de honte de servir ainsi le royaume de Satan. Les Jésuites sans pudeur ne sont-ils pas les plus amers

» Meppe, Generalsynoden, t. I, pp. 90, 98-99, 107. Heppe, Kirckengesck., t. II, pp. 361-362.

* Kllckhohs, Briefe, t. I, p. 696.

3 Contra impias Scholas Jesuilarum, Heidelbergae, 1675.

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ennemis de Dieu et du Christianisme, ne sont-ils pas dignes de mépris, à cause des injures dont ils accablent Jésus-Christ Notre Seigneur? Ce sont des bêtes fauves, qu'on devrait chasser de nos cités chrétiennes comme les plus dangereux des malfaiteurs. Et c'est à ces êtres féroces, à cette bande de loups, que l'on confie l'éducation de ses fils, sans craindre de les précipiter pour jamais dans l'enfer! On s'excuse sur l'âge tendre des enfants; on dit qu'ils sont encore trop jeunes pour que la religion des Jésuites puisse prendre quelqu'influence sur leur esprit. Ignore- t-on que les Jésuites sont des philosophes pénétrants, consommés, qu'ils mettent tout leur savoir au service de la jeunesse, que ce sont les maîtres les plus fins et les plus rusés qui existent, et qu'ils ont l'art de mettre en œuvre les dons naturels de chaque élève? Ils tiennent cette prudence charnelle de leur fondateur Satan. Dans leurs actes et dans toute leur conduite extérieure, ils paraissent simples, modestes, humains, mortifiés, mais en réalité ce sont des furies déguisées, des blasphémateurs et pires que des blasphémateurs et des idolâtres; les enfants qu'on leur confie sont contraints de grogner avec ces pourceaux, et d'insulter avec eux à la divine Majesté 4. »

« Ce qui désole le plus Roding, » écrivait Perellius en 1576, « ainsi que Sturm, animé des mêmes sentiments, nous l'a fait connaître, bien qu'avec plus de mesure et de retenue, c'est de voir que la plupart des écoles évangéliques de notre temps ont baissé dans l'estime des gens de bien, que le zèle des précepteurs, des maîtres et des élèves se refroidit,quc les études baissent de plus en plus, tandis que les écoles de la Compagnie, assez nombreuses maintenant en Allemagne, tiennent le premier rang, grâce à la capacité singulière de ceux qui les dirigent. Tous les jours, elles augmentent d'importance et deviennent célèbres dans le monde entier. Nos adversaires

1 Dédicace et pp. 1, 2, 5, 7 et suiv., 28, 29, 31, 32. Cilons-cn mot à mot quelques passages, p. 3 : a Excitavit igitur (Satanas) Joaanem Petrum Carapham Rooianum pontiheem, ne dicain Christianorum carmficem, Paulurn quartura appellatum ex quo, ut constans fama est, tanquam ex matre procreavit Jesuitam Monstrum horrendum ingens etc. ad evomendain Salvatorem Jesum convicia. • pp. 5-0' : « Papa Roma nus summus Jesu adversarius tibi pater fuit, impietas mater, obstetrix insania, morum et doctrinal informator Satanas. » « Jesu i tas Suitas in posterum appellabo. Quemadmodum enim sus in stercore se vol u tat suoque rostro lutulento omnia contaminât, ita bestùe istae iinpurissimœ ac intemperantissima; in impietatis cœnum se ingurgita ut suoque ore impurissimo sanctissima qusque polluunt. • Vient ensuite l'attestation suivante : « Quid de simplicitate et habitu Furiarum dicam? quodsi ora Suitarum, încessum, babitum et vultum, totius dénique corporis gestus ac conformationes intucris, judicares, nihil istis hominibus (si ho mi nés dicendi sunt) esse sanctius, nihil modestius, nihil humanius, nihil caslius, nihil simplicius. »

SUR LES COLLÈGES DES JÉSUITES

s'aperçoivent que nos écoles dépérissent dans la même proportion où les leurs croissent en réputation et en honneur *. »

Un jugement porté en 1578 par le protestant Nathan Chytrüus, professeur à l'Université de Rostock, mérite d'être reproduit. Il se demande souvent, écrit-il, pourquoi la jeunesse de son temps est plongée dans les plaisirs, dans la mollesse, pourquoi elle est si indisciplinée, si farouche? « C'est, » dit-il, « qu'au foyer domestique l'éducation n'est plus celle d'autrefois. Il serait impie d'attribuer l'état de choses actuel à une volonté expresse de Dieu, car nous avons sous les yeux des écoles florissantes. Que dire, par exemple, des collèges des Jésuites, abstraction faite de la religion? Il faut en convenir, ces collèges, dispersés dans des pays très divers, ne nous offriraient pas uniformément une discipline si grave, le spectacle de tant d'efforts généreux, de tant d'attachement au devoir, de tant de persévérance chez les maîtres comme chez les élèves, si ce relâchement de toute discipline avait sa source dans un décret divin *. »

1 Pf.REI.LlfS, f. H3.

» Rot.i.ns, Memorifp P/iilos^horum^ic, I. I, pp. 105-IUü, cilé par Döli-ingeh. t. I (2' éd.), pp. I RI 6-51 6.

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