‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 268 sur 315 · CALOMNIES RÉPANDUES CONTRE LES JÉSUITES EN BAVIÈRE · texte numérisé non relu

CALOMNIES RÉPANDUES CONTRE LES JÉSUITES EN BAVIÈRE

plus capable de nous attirer la haine et de nous exposer à de graves embarras que ce qui nous est demandé en ce moment. » « Au commencement, le duc, pour obéir à sa conscience, comme il disait, réclamait l'avis des nôtres dans ses affaires privées; maintenant il les appelle à son conseil; il leur demande de donner leur avis par écrit, et veut qu'ils discutent les intérêts de l'état avec ses conseillers; le jour où la fantaisie lui en prendra, il les invitera à sa cour. » Ganisius suppliait son supérieur de délivrer les Pères de ces sortes de sollicitations et de l'inconvénient grave d'être mêlés aux. affaires du monde, disant qu'il fallait laisser aux religieux le loisir de se perfectionner dans leur sainte vocation pour l'édification de leur prochain1. Les Pères ayant reçu de leur Général l'ordre positif de ne se mêler en rien de politique, deux jésuites de Munich refusèrent d'assister le duc de leurs conseils. Guillaume s'en plaignit amèrement a. Ganisius, s'entretenaut avec lui sur ce sujet, huit par lui faire comprendre qu'il serait maladroit de sa part de faire supposer que, dans le gouvernement de ses sujets et dans toutes ses décisions, il eût besoin d'être guidé par un jésuite en faveur, et que sa dignité princière en recevrait un grand préjudice 3.

Ganisius voulait aussi que les Pères restassent éloignés des châteaux des grands seigneurs, et cela dans leur propre intérêt, certain qu'ils en éprouvaient plus de dommage pour eux-mêmes que de profit spirituel pour les autres : « Je supplie votre Paternité, autant que le respect que je lui dois me permet de le faire, » écrivait-il à Mercurian, « de ne pas se laisser facilement émouvoir par les sollicitations des grands toutes les fois qu'ils demandent nos Pères pour faire un séjourchez eux ou pour y donner des missions qui souvent durent plus d'un mois. » Mercurian répondit : « Je crois pouvoir vous assurer que personne plus que moi ne partage votre sentiment quant au séjour des nôtres chez les grands. Si tous ceux qui nous touchent de près étaient animés du même esprit, ils ne nous prépareraient pas d'aussi grands ennuis et nous aurions peu ou point à faire avec les princes 4. »

« Mais nous avons beau nous efforcer d'écarter de notre route les affaires temporelles et politiques, » écrivait un Père d'Ingolstadt à un religieux de son ordre, « nos adversaires vont partout répétant que es Jésuites se mêlent de toute sorte d'affaires, et veulent dominer

1 * Canisius à Mercurian, Ratisbonnc, 18 août 1576. Augsbourg, 14 mai 1580, voyez plus haut p. 27, note 4.

* Voy. Stieve, Ursprung, doc, p. 36, ri8 15. Politik Bayerns, tome I, p. 417. 3 Sacchuxus. De vita Canisii, pages 296 sqq. « Riess, pp. 467-468.

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partout. Le fondateur de noire Compagnie nous a prédit que nous aurions à souffrir de mille calomnies. Ne nous en troublons pas, ne cessons pas pour cela de travailler à notre perfectionnement, dont la charité et l'indulgence sont la base. Travaillons sans relâche à ramener à la religion le peuple égaré, travaillons au salut des âmes. Nos calomniateurs ne peuvent nous nuire, au contraire, ils nous seront utiles,, pourvu que nous leur pardonnionsdu fond du cœur *. » On répandit contre les Jésuites uue infâme calomnie qui bientôt se propagea de tous les côtés. On raconta qu'un jésuite, un frère lai de Munich, s'était rendu coupable d une grave offense aux mœurs, e Non loin de la frontière bavaroise, » écrivait Canisius le 1er juillet 15(55 au Général de son ordre, « plusieurs sectaires, qui jouissent d'un grand crédit, ne sont occupés que d'une chose: ditfamer notre ordre, le perdre de réputation pour obtenir ensuite son expulsion. Pleins de cette pensée, ils ont gagné par de belles promesses un jeune garçon qui avait autrefois fréquenté nos écoles, mais en avait été chassé pour cause de mauvaise conduite. Cet enfant a déclaré avoir été victime d'un odieux attentat. La nouvelle a été répandue à dessein ; on en a écrit à l'Empereur, à beaucoup de princes allemands, on a même porté plainte au duc Albert. » Celui-ci ayant fait venir l'enfant à Munich, le lit examiner par huit médecins et six chirurgiens d'Augsbourg, de Ratisbonne et de Neubourg. Tous déclarèrent, sous le sceau du serment, « que toute l'histoire n'était qu'une odieuse calomnie ».Le duc lit publier le résultat de l'enquête -. Néanmoins, bien des années après, la calomnie servait encore de thème à d'innombrables pamphlets, et le « crime de Munich » passait pour un fait indubitable. Plus lard, Barthélemi Bulich, pasteur de l'Église Évangélique d'Augsbourg, soutint dans sa Nouvelle Gazette jésuitique que les Pères de Munich assassiné des jeunes filles dans leurs églises, que le conseil indigné avaient avait fait arrêter cinq d'entr'eux, les avait soumis à la torture et que leurs corps avaient été découpés en lanières a. «0 abomination, ô abomination! » s'écriait en chaire un prédicant, « les Jésuites assassinent les vierges et déshonorent les jeunes

1 Willemsen, Erinnerungen an Rom., pp. 10-20.

- Pour plus de détails, voy. Agricola, l. 1, dcc. III no. 150. Sacchinlö, ffist. 3, üb. 2 no. 100-10Ï. Relation officielle au vicaire général de l'ordre François Borgia, !•* juillet 1565.

3 Contre Hulich, qui écrivait sous le nom de Baruch Molitor, parut : Ausschält und Steuberung der gueten Jesuiterischen Neiven Zeitung, welche verschienes i6o4 Jahrs Baruch (Molli) Thor, sonst Bartl Italich... in Truck verfertiget, Durch Cleopham Distelmayr, des hohen Stifts Augsburg Ceremoniarum Ministrum. Gratz, 1608. Voy. Hurter, t. VI, p. 126, note 1.

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