‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 271 sur 315 · P H 0 G H K S DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

P H 0 G H K S DU PROTESTANTISME

Pape ses hypocrites protestations de fidélité 1 ; Rome ne confirma jamais son élection, ce qui ne l'empêcha pas de garder son siège.

L'évêché de Minden était presque entièrement protestant sous révêque Georges, duc de Brunswick2 (i486). Son successeur Hermann, comte de Schauenbourg, bien qu'il eût donné par serment son adhésion à la confession de foi du Concile de Trente, bien qu'il eût juré une inviolable fidélité « au représentant du Christ », gouverna en prince protestant. Lors de la visite du nonce Trivio à Minden (1575), les chanoines de la cathédrale lui donnèrent de grandes marques de respect, rassurèrent de leur fidélité envers le Saint-Siège et se plaignirent des attentats dont ils avaient été victimes et de tout ce qu'ils avaient à souffrir pour leur foi. « Mais, » ajoutèrent-ils, « toute résistance est impossible; le Conseil ne permet à personne de paraître à l'église catholique, et va jusqu'à refuser la sépulture chrétienne aux parents qui envoient leurs enfants à l'école de la cathédrale 3. »

A Lübeck, l'évêque Ebrard de Holle, nommé administrateur do Verden en 1566, s'était, lui aussi, fait protestant. Lorsqu'en 1575, au moment de l'élection de Maximilien, le nonco Delfino demanda au nouvel Empereur de déposer les évêques apostats, Maximilien avait répondu qu'on n'était pas libre de rétablir la justice dans les évêchés de Lübeck, de Mersebourg et d Halberstadt, qu'il fallait se garder d'irriter les princes protestants, de peur d'attirer sur l'Allemagne des maux plus intolérables que ceux dont on se plaignait, et qu'ainsi il était plus sage de fermer les yeux4. Le chapitre de Lübeck était encore catholique, mais les Protestants avaient établi leur culte dans la cathédrale et dans la plupart des paroisses. Ils étaient d'une telle intolérance que les prédicants, sur le bruit qu'un catholique étranger, tombé malade à Lübeck, avait reçu les derniers sacrements, faillirent exciter une émeute r>.

Dans un grand nombre do villes libres, la situation était analogue, en dépit de la paix d'Augsbourg.

A Strasbourg, à l'époque de la signature de la paix, Catholiques et Protestants vivaient en assez, bonne intelligence; le Conseil avait pris l'engagement de tolérer l'ancien culte dans la cathédrale et dans quelques églises; il avait également promis de n'user d'au-

« Voy. Lossen, pp. 23<J, 256-259, 375-376, 383. * Kamischulte, pp. 2Ü9-2G0.

» Theiner, t. II, p. 471.

«Voy. la relation de Delfino, dans Thei.nkh, t. H, p. 4i>7 . 1 TnEiNER, t. H. p. 475.

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cune violence envers les quelques couvents encore existants. Cependant, d(-s 1559, la municipalité déclara qu'il lui était impossible de protéger plus longtemps les papistes. Un dimanche, le peuple, surexcité par les prédicants, entra en tumulte dans la cathédrale pendant le service divin et s'y livra à toute sorte de sacrilèges profanations (19 novembre 1559). L'évêque officiant s'échappa à grandpeine des mains des fanatiques qui en voulaient à sa vie. Après l'expulsion du clergé catholique, la cathédrale, pendant neuf mois, resta ouverte jour et nuit, et ce ne fut que le 18août 1560 qu'elle fut fermée, et cessa de servir de lalrine publique*. Sans égard aux protestations de l'évêque et des quatre paroisses catholiques, la municipalité affecta les églises au culte protestant. Lorsqu'on février 1576 le nonce Delfino pressa l'évêque Jean de Manderscheid de rétablir le culte catholique, celui-ci répondit que toute tentative de ce genre échouerait infailliblement, que les ordres impériaux étaient méprisés par les habitants de Strasbourg, qui prétendaient que la cité faisait, à la vérité, partie de l'Empire, mais qu'elle avait toujours été dispensée d'obéir aux lois de l'Empire *.

La municipalitédeHaguenau avait juré solcnnellementà Ferdinand, en 1562, « de persévérer fidèlement dans l'ancienne et très orthodoxe religion des ancêtres catholiques. » Cependant, trois ans plus tard, elle demandait à Jacques Andrea, chancelier de Tubingue, d'établir la Confession d'Augsbourg dans la ville.A l'Empereur qui, Je 27 juillet i«>66, rappelait la promesse qui lui avait été faite et ordonnait la destitution des prédicants et l'abolition de « toutes les nouveautés», le Conseil répondit qu'il se souvenait, en effet, d'avoir jadis promis de maintenir le culte catholique, mais qu'il n'avait pas conscience d'avoir violé ses engagements, la Confession d'Augsbourg étant l'ancienne et véritable religion catholique. Les juristes romains lui avaient dicté cette réponse. «Il faut traiter avec l'Empereur d'une façon énergique et nette, » avaient-ils dit, « car dans les choses de la religion, ni la flatterie ni l'hypocrisie ne sont de mise. Dans ces sortes d'affaires, il faut aller rondement.» A Strasbourg,une commission, chargée par l'Empereur d'abolir le culte protestant, ne put rien obtenir. Maximilien, selon sa coutume, laissa faire. Quant Hagucnau et d'autres cités alsaciennes invoquèrent les articles de la paix de religion pour justifier leur résistance aux empiétements des Protestants, il déclara « que, quanta lui, en ce qui concernait la paix d'Augsbourg, ceux qu'elle protégeait ou ne protégeait pas, ce

1 Dr Russièhe. H ist. du développement, etc., t. II, pp. &8. 65, 68, 7K-79. Voy. Müller, Restauration, pp. 5 et suiv.

* Voy. Tu ein lu, t. II, p. 536.

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