‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 300 sur 315 · AMIS ET ADVERSAIRES DU LIVRE DE TORGAU · texte numérisé non relu

AMIS ET ADVERSAIRES DU LIVRE DE TORGAU

ministres, et ne ferions-nous pas mieux de ne pas révéler nousmêmes notre propre ignominie *? » « Il est dangereux et scandaleux, » écrivait à Andrea Joachim Ernst, prince d'Anhalt, le 23 mars 1377, « de réunir tant de colloques, d'imaginer sans cesse de nouvelles phrases à double sens, d'user de termes subtils, nouveaux, contradictoires, propres seulement à fortifier nos adversaires et à troubler les Églises et les écoles. Si de cette tentative de concorde, la discorde et la persécution devaient sortir, que ses auteurs en supportent toute la responsabilité *! » « Dans les entrevues d'Andreä avec les ministres d'Anhalt, » mandait Joachim Ernest au landgrave Guillaume de Hesse, « des choses si abominables se sont passées que nous aurions horreur de les écrire 3. »

En Hesse, le livre de Torgau rencontra également une vive opposition. Andreä eut de longues conférences avec les trois landgraves; Guillaume, surtout, prenait un ardent intérêt aux questions théologiques.

Pendant un des entretiens qu'il eut avec Andrea sur l'Eucharistie, il voulut savoir l'opinion de son fils Maurice, alors âgé de quatre ans.« Le jeune maître a dit, » mandait Andréa le 8 août à l'Électeur Auguste : Mon avis est de s'en tenir à la parole. A table, le landgrave nous a rapporté le mot de l'enfant, mais le petit seigneur de quatre ans a corrigé aussitôt son père, disant : Non, j'ai dit qu'il fallait rester dans la parole. A vous parler franchement, je ne pense pas que tout ceci soit arrivé par hasard, et ce qu'a dit ce jeune prince doit sans aucun doute nous faire réfléchir et nous rappeler ce que dit saint Mathieu au v. 18, « qu'il faut s'en tenir au sens littéral de la parole de Dieu 4 ».

Le surintendant Meyer, dans un synode réuni par le landgrave à Cassel dans le but d'examiner le formulaire de Torgau, dit : « Il y a environ un an, l'Electeur Auguste a fait imprimer le texte de la Confession d'Augsbourg et plusieurs autres écrits de Mélanchthon et nous les a présentés comme la règle définitive de la foi. Depuis, les théologiens de léna en ont publié un autre5, et voici qu'on nous offre maintenant le livre de Torgau comme seul formulaire orthodoxe. Si nous l'acceptons, ne semblcra-t-il pas que tous les jours nous éprouvions le besoin de changer de religion ? Dans le

* Heppe, Gesch. des Protestantisniiis, t. III, pp. 139 et suiv.

* Heppe, t. III, pp. 186-187.

> Heppe, t. III. p. 188, note .

* IIi'tter, p. U81» , Pressel, Andrea, pp. 37-38.

* * Ordinaircmcntdcsigné sous le nom de Corpus Thuringicutn , imprimé en 1571, Walch, lieligionstreitigkeiien der Eoangcl lutherischen Kirche, t. V, p. 65.

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