LE LIVRE DE TO RG AU
calviniste dans l'âme, à l'entendre, l'Alcoran turc parlait mieux de Jésus-Christ quo de semblables théologiens. Pour être sauvé, il fallait, de toute nécessité, croire que Jésus-Christ, selon son humaine nature, est présent partout, dans les pierres, dans les herbes, dans les bâtons, dans les cordes. Major ripostait tout en colère qu'on devait chercher le Sauveur dans ses paroles et dans ses sacrements, non dans les corps, et que les brigands et les scélérats dignes de la corde pouvaient l'y aller trouver si bon leur semblait. Il déclarait de plus qu'il ne se laisserait pas faire la loi par Andreâ, jadis apôtre d'une doctrine toute contraire ; il espérait, disait-il, que l'enquête et la signature demandée pour le nouveau formulaire auraient de meilleurs résultats que les enquêtes et les signatures précédentes. Bien qu'en Thuringe il eût déjà assisté à cinq enquêtes, Tune avait toujours voulu corriger l'autre, mais aucune n'avait jamais produit de boris fruits, de sorte que les commissaires avaient fini par être chassés du pays *.
« Le livre de Torgau » fut reçu sans difficultés dans le Wurtemberg, à Bade, à Brunswick, dans le Meklembourg, à Lübeck, Hambourg et Lunebourg. Les ministres de ces trois villes voulaient que le nouveau formulaire fût présenté par l'autorité aux instituteurs, que tous fissent connaître leur adhésion en termes clairs, nets et précis, et que si l'un d'eux usait de paroles équivoques, il fut immédiatement destitué, « comme un traître déguisé, un homme sans principes, un hypocrite et un faux frère ». D'accord avec les prédicants du Brunswick, ils décidèrent qu'aucun écrit théologique ne serait imprimé à l'avenir avant d'avoir passé par la censure, et qu'il serait défendu aux libraires de répandre des écrits de toute provenance et de tout pays. Des commissaires spéciaux furent chargés de fairo exécuter la loi.
Les théologiens de Prusse donnèrent leur plein assentiment au formulaire et déclarèrent Mélancbtbon « hérétique et séducteur du peuple ».
Au contraire, ceux de Poméranie le rejetèrent avec horreur et refusèrent d'admettre que tous les écrits de Luther eussent une autorité doctrinale. Des trois ducs du Holstein, deux refusèrent designer. Les théologiens d'Anhalt protestèrent. « Dans les nombreux anathèmes prononcés par le formulaire, » dirent-ils, « nos ennemis seront heureux de constater qu'en l'espace de quarante-sept ans les Protestants se sont divisés en plus de cent sectes différentes. A cause d'eux, ne devrions-nous pas rougir de cette déplorable guerre entre
1 Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. IV, doc, pp. 50-59.