LE POUVOIR DES ÉVÊQUES USURPÉ PAR LES PRINCES
maîtres de leur conscience un seul parti s'offrait à eux : vendre Jours biens, leurs propriétés et se rendre en un pays où ils pourraient espérer la tolérance.
Il n'était plus question pour les individus de liberté de conscience ou de liberté religieuse. Parmi les membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg, le principe : « tel maitre, telle religion, » avait été mis en pratique longtemps auparavant, mais le nouveau règlement lui donnait une sanction légale, et le plus chétif membre d'Empire, en invoquant son autorité, allait désormais s'ériger en arbitre souverain de la conscience de ses sujets.
Le pouvoir civil pouvait maintenant sans aucun scrupule mettre en pratique les principes que Gapito avait donnés dix ans auparavant au comte palatin Rupert comme résumant exactement les droits et les devoirs de l'autorité civile : « Tout prince est chef de l'Église en ses états. Le Christ t'a établi pour gouverner lésâmes en sa place. Tout doit obéir au glaive qu'il tient en ses mains. A lui de décider sur la doctrine, sur la forme du culte; à lui d'établir les pasteurs elles prédicanls et de régler leurs diverses fonctions. Les enfanls appartiennent moins aux parenlsqu'à l'Etat. » « Tout prince a pour première obligation d'extirper la religion catholique de ses possessions, fût-ce par la force. Celui qui tolère encore la messe ne vaut pas mieux qu'un infidèle. Personne n'a le droit de se plaindre de la violence faite à sa conscience, car le prince ne juge que les actes extérieurs, et le bras séculier ne saurait atteindre le fond des âmes1.» Combien de fois les puissants n'ont-ils pas justifié par une semblable duplicité la plus odieuse oppression des consciences!
Le traité d'Augsbourg renfermait encore une autre loi, grâce à 1 îquelle les membres d'Empire protestants allaient pouvoir, en toute liberté, établir leurs Églises d'Etat, décider sur la doctrine et le culte et s'emparer de la législation ecclésiastique. Cette loi portait que la juridiction des évoques serait suspendue jusqu'au moment où la conciliation religieuse aurait été obtenue. Les membres d'Empire protestants en devaient naturellement conclure que cette juridiction leur était, en attendant, remise; qu'ils étaient libres d'exercer dans leurs états le pouvoir des évoques, do nommer les pasteurs, d'édicter des lois touchant le culte et les cérémonies. Or, tous n'avaient qu'un unique objectif : la suppression totale des droits et des libertés du clergé catholique. Bientôt il y eut dans l'Empire autant d'églises protestantes que de territoires protestants, et, comme il fallait s'y attendre, un si grand nombre de confessions différentes ne put jamais
« V0V4 DöLLiNOER, Reformation, t. II, p. 52-13.