‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 42 sur 315 · SITUATION DES PROTESTANTS VIS-A-VIS DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

SITUATION DES PROTESTANTS VIS-A-VIS DES CATHOLIQUES

« C'est un devoir d'inculquer de bonne heure à la jeunesse chrétienne, » écrivait un prédicant, « que le papisme est une idolâtrie plus grossière que celle des payens et des Turcs. » « Les papistes insensés, » dit Luther dans son Catéchisme/ « ont fait de Dieu un fétiche payen; à la place du Christ, ils adorent l'idole ~de Rome, l'exécrable Antéchrist ; ils vénèrent et croient divines toutes les ordures que leur pape laisse tomber. Qui no serait pénétré d'horreur à la pensée qu'ils n'ont pour ainsi dire aucune eslimo pour les mérites de Jésus-Christ, qu'ils haïssent notre Rédempteur, qu'ils le raillent et s'imaginent prendro le ciel d'assaut par leurs prétendues bonnes œuvres? Depuis le commencement du monde, il n'a pas existé de plus grande idolâtrie, de pire abomination, de plus horrible blasphème que le ' papisme *. » Le prédicant André Fabricius assurait que les affirmations suivantes faisaient partie du credo catholique. « Le Pape est à moitié Dieu, à moitié homme ; il a le pouvoir de commander aux anges et aux démons, de faire ou d'omettre tout ce qui lui plaît.» «Les prêtres papistes,» ajoutait-il, « sont élevés dans la plus honteuso ignorance; ils ne savent pas un mot do la doctrine, ne croient ni en Dieu ni au diable, ni à la résurrection des morts, ni à l'enfer, ni au ciel 2. »

• Le pauvre peuple est si bien endoctriné, » écrivait le docteur Rarthélerai Kleindienst en 1560, « qu'il se persuade que nous autres Catholiques ou, comme on lui apprend à nous nommer, nous autres papistes, ne faisons plus d'état de Jésus-Christ; que nous adorons les saints comme des dieux et le Pape à l'égal du Tout-Puissant. Ils prétendent que nous nous imaginons forcer la porte du ciel par nos bonnes œuvres, que nous tenons la grâce de Dieu pour inutile, que nous ne croyons pas à la Sainte Ecriture, que nous n'avons point la véritable Bible et que, même lorsque nous l'avons, nous sommes incapables do l'entendre et que nous mettons notre confiance plutôt dans l'eau bénite que dans le sang de Jésus-Christ. Ils inventent, pour nous nuire, beaucoup d'autres [mensonges et abominations, car l'arme ordinaire des sectaires, c'est la calomnie; aussi y ontils sans cesse recours pour abuser l'homme du peuple simple et

(Schwerin, 1865), chap. XXII et XXXII. L'éditeur nous fait part de l'intime satisfaction qu'il éprouve a mettre de nouveau en circulation un livre qui, pendant plus d'un siècle, a tixé la « pure doctrine » dans les mémoires enfantines. 1 Dans l'écrit déjà cité, p. 3, note i.

1 Dans le Theatrum üiabol., p.K>ü-i51. Depuis quarante ans, le peuple était habitué à entendre juger ainsi « l'œuvre diabolique du papisme », et pourtant Fabricius se plaignait « des attaches étranges que le Catbolicisme avait laissées dans les âmes protestantes, malgré l'éblouissant»; clarté de l'Evangile ». — « Nos gens, » disait-il, « sont tellement noyés dans la vieille hypocrisie, que par un seul sermon on pourrait aisément les faire tous revenir au papisme. »

fi DISSENSIONS ENTRE LES PROTESTANTS.

crédule. Je suis pénétré de douleur lorsque je le vois ainsi trompé et conduit en laisse. Selon moi, l'un des premiers devoirs que la charité nous impose et le plus sûr moyen que nous ayons d'être agréables à Dieu et utiles à nos frères, c'est d'avoir une profonde et chrétienne compassion pour ces pauvres égarés, de prier pour eux avec ferveur, en un mot de leur vouloir et de leur faire tout le bien en notre pouvoir. »

Mais pendant que le peuple allemand était excité à la haine et au mépris de l'ancienne religion par toutes sortes de mensonges et de calomnies, tant de sectes nouvelles, tant de nouveaux docteurs lui répétaient continuellement qu'ils représentaient seuls la véritable orthodoxie, qu'il ne savait à quoi s'en tenir ni auquel entendre l.

Des centaines de témoignages protestants viennent à l'appui de ce fait.

Aussi longtemps qu'il no s'était agi que de renverser le culte établi, une cordiale entente avait semblé régner entre les chefs de la révolution religieuse. Ils s'étaient traités réciproquement de prophètes, d'évangélistes, se donnent les uns aux autres les noms d'Elie, d'Elisée, de Jean-Bapliste, de nouveaux saint Paul. Mais lorsque ;vint le moment où, sur les ruines de l'ancienne Eglise, il fallut en édifier une nouvelle; lorsqu'il s'agit de préciser, de fixer exactement en quoi consistait la vraie religion, les docteursdevinrent ennemis, d'amis qu'ils étaient auparavant. Troublés par leurs perpétuelles discordes, théologiens et prédicanls semblèrent euxmêmes ne plus bien savoir ce qu'ils croyaient et, dans un croissant désaccord, se divisèrent en sectes toujours plus petites et plus nombreuses qui so renvoyaient réciproquement l'anathème. Ce qui rendait surtout les haines incurables, c'est que les nouveaux docteurs n'avaient aucun égard les uns pour les autres, et que chacun prêtait à son adversaire les mobiles les plus honteux. L'humilité, la charité chrétienne devenaient d'introuvables vertus.

Camerarius , le célèbre philologue , le plus intime ami de Mélanchthon, écrivait, cinq ans après la signature de la paix d'Augsbourg: «C'est à poine si je conserve l'espoir que, parmi les querelles féroces et scandaleuses des partis, l'Eglise puisse jamais recouvrer la paix et l'unité. » « La religion, la science, la discipline, la loyauté rao semblent fatalement condamnées à périr. L'Allemagne est menacée delà plus lamentable destinée, moins par ses ennemis du dehors que par ses propres enfants. Qu'en diront les autres nations, ou plutôt qu'en disent-elles déjà ? » « Je suis plongé dans la plus

1 Ein recht catholisch und evangelisch Ermanuny an seine lieben Tentschen (1560.) On lit à la fin de cet opuscule : Gedruckt zu Dillifjen. B. F5. G\

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