GEORGES MAJOR ET SES ADVERSAIRES
tiques, lui avait paru porter un grave préjudice à la morale chrétienne, Georges Major, professeur de théologie et chapelain au château de Wittenberg, avait cru pouvoir reparler des bonnes œuvres, avouant que, selon lui, elles étaient nécessaires au salut, et quo personne ne pouvait être sauvé sansellcs. « Ce n'est qu'en revenant à ce principe, » écrivait-il, «qu'on peut espérer combattre avec succès la religion chimérique et mensongère qui prévaut partout et ruine toute discipline divine et humaine. » « La plupart des chrétiens de nos jours s'imaginent que la loi a été abolie par la foi. Ayant entendu dire que par la pure miséricorde de Dieu et sans le secours des œuvres, nous sommes justifiés rien que par notre foi aux mérites de Jésus-Christ, ils ne veulent plus entendre parler de loi ni de bonnes actions, ils mènent une vie abominable, à la honte de Dieu ot de sa sainte doctrine. » Éclairé par une longue expérience, Major ajoutait : « Les nôtres ont en horreur qu'on leur parle des commandements de Dieu ou des bonnes œuvres; ils ne peuvent souffrir ces sortes de discours. Dans le lamentable temps où nous vivons, presque personne ne veut plus de la morale; de quelque façon qu'on s'y prenne, on ne réussit pointàconvaincre les chrétiens; ils ne veulent lire l'Évangile que pour y trouver l'excuse de leurs iniquités. » « La plupart sont épicuriens ; ils ne croient plus aux châtiments de Dieu; lorsqu'on les leur rappelle ils ne font qu'en riro et regardent l'enfer comme une fable *. »
La doctrine de Major mit en un violent émoi théologiens et fidèles.
Bien que, parmi les premiers, nul ne contestât la dépravation des mœurs dont il se plaignait, tous s'unissaient pour repousser avec horreur la « pernicieuse hérésie » qui menaçait de faire revivre les « abominations du papisme ». A Mansfeld, ils déclarèrent* que Major, en soutenant que l'homme était sauvé par la foi, l'espérance et la charité, tenait le langage de l'Antéchrist 2 ». Cet axiome : « Les bonnes œuvres que le Saint-Esprit opère lui-même dans les cœurs sont nécessaires à la préservation de la foi, » fut déclaré hérétique par les stricts luthériens. « Une telle doctrine, » disait l'un des plus influents d'entre eux, Jean Wigand, « vient en droite ligne de l'arsenal de l'Antéchrist. » « La marque la plus hideuse qui puisse marquer une âme humaine, le signe par excellence de l'Antéchrist, n'est autrechoseque la foi dans l'ef fleacité des bonnes œuvres et l'importance attachée à l'observance des dix commandements. Cette doctrine, c'est l'horrible appel du loup
« Dollinger, t. II, p. 107, 172, et t III, p. 493 ot suiv.
i ScilLiiSSELBURG, Catol . ffue/'Ct . , t. VII. p.