QUERELLES THÉOLOGIQUES
étailméprisé de tous; aucun prédicant ne voulait lui donner la Gène: on ne lenommaitque« le blasphémateur impénitent »; on lui reprochait en premier lieu d'avoir avancé qu'Eggerdcs et Hessus avaient fondé une nouvelle secte pharisaïque ; ensuite d'avoir exilé ce fidèle témoin de Dieu, enfin, un troisième crime : malgré les instances réitérées des prédicants, insistant pour que tous les catholiques de Rostock fussent déclarés indignes de tenir un enfant sur les fonts du baptême et exclus de la sépulture chrétienne, on [l'avait entendu ordonner un jour au maître d'école et au sacristain de rendre à un chanoine, les honneurs par lesquels on a coutume d'honorer les pieux chrétiens, et lui-même avait été jusqu'à suivre le premier le corps de ce blasphémateur impie. Pour lui faire expier un pareil forfait, Hessus proposait de le lapider. < Si les voleurs et les meurtriers, > écrivait-il dans un libelle contre le Conseil, « sont réputés infâmes, si nous ne trouvons plus en eux ni honneur ni justice, sache bien qu'un blasphémateur est encore un plus vil coquin, car non seulement il est destitué de toute justice, mais il est l'ennemi de la source même de la justice. Àussi nul vol, meurtre, impudicité n'est plus horrible et plus épouvantable que le blasphème contre Dieu, même quand un Iiis égorge son père ou qu'un pèro viole sa fille. Gomment donc pourrions-nous respecter ce Briimmer? Ecoutez la sentence que prononce Moïse sur les blasphémateurs de son espèce; non seulement il les traite d'infâmes, mais il les condamne au dernier supplice et ajoute : Dieu ordonne expressément de les lapider. C'est pourquoi un Egyptien, qui avait blasphémé le nom de Dieu comme Pierre Brummer, fut conduit hors du camp et lapidé par les enfants d'Israël l. »
Dans presque toutes les villes protestantes, de semblables querelles divisaient les théologiens. Partout le peuple était excité à la haine, et le prêche n'était pour tout prédicant qu'un moyen de faire triompher sa doctrine, seule capable, selon lui, de conduire au salut. C'est ainsi qu'à Stargard, à partir de 1556, « les disputes des docteurs, les troubles dans les écoles, les émeutes dans la ville amenèrent enfin une si terrible anarchie qu'on ne peut assez le déplorer ni exactement le décrire 2 ». A la diète de Stettin (1558), un rapport présenté à l'assemblée l'informa que, «par toutes sortes de violences et d'actes inconvenants, les pasteurs dans les églises, et même en chaire et dans l'exercice de leurs fonctions, étaient impu-
« Voyez l'article de J. Wiggers, intitulé Tihmnn Hessus et Jean Draconites, dans Lisch, Jahrbücher, t. XIX, pp. 65-137. * CnAMEn, l. 111, p. 135-136.