‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 48 sur 315 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Lors delà paix d'Augsbourg, il avait été décidé qu'à la prochaine réunion des membres d'Empire, on conviendrait des meilleurs moyens à employer pour réconcilier entre elles les deux religions. La Diète convoquée par Ferdinand à cet effet, et aussi pour l'obtention d'un secours contre les Turcs (13 juillet 1556), « fut aussi fertile en querelles que toutes celles qui l'avaient précédée ». Pour la grave question de la réunion des Eglises, les princes ecclésiastiques soutinrent avec énergie qu'il n'y avait d'autre remède aux maux de la Chrétienté que le Concile général. Les Protestants, au contraire, bien que résolus d'avance à ne pas faire « la plus petite concession au papisme maudit convaincu de mensonges par la parole de Dieu », se déclarèrent pour un nouveau colloque religieux, dans l'espoir « qu'il porterait à l'Antéchrist de Rome un coup définitif ». « Jusqu'ici, » assurait l'Electour palatin, « nos colloques n'ont pas été sans fruits ; c'est grâce à eux que la parole de Dieu s'est propagée1 ». Mélanchthon se flattait aussi qu'au moyen d'un colloque « plusieurs princes et évêques seraient éclairés et se détermineraient enlin à embrasser la vraie doctrine » ; mais auparavant il trouvait indispensable de bien s'entendre sur un point essentiel : « L'Empereur, le roi et beaucoup d'autres avec eux, » écrivait-il, « sont très préoccupés de la question de l'ordination. Ils soutiennent que nos pasteurs, n'ayant pas été ordonnés p:ir les évêques, n'ont pas le pouvoir de consacrer. Cette imagination entraîne avec elle de graves erreurs. Donc, avant l'ouverture du colloque, il faut absolument régler entre nous cette question, et celle aussi de la juridiction épiscopale2. »

Mais jamais les colloques ni aucun essai de ce genre n'avaient servi qu'à augmenter la confusion générale.

• lkciioLTz t. VII, p. 361.

* Corp. /iefurm., t. IX, p. 6-7.

ASSEMBLÉE DES PHOTESTANTS A FRANCFOHT-SUR -LE-MKIN. 1557. 21

Le jésuite Pierre Canisius, qui avait accompagné à la Diète lo cardinal évêque d'Augsbourg, écrivait à Ferdinand: « L'expérience de tous les siècles a prouvé que, dans de semblables assemblées, le temps se perd en discours inutiles. Le colloque terminé, aucun parti ne veut avoir eu le dessous, chacun s'attribue la victoire, des bruits contradictoires sont propagés, et ccqui résulte de tout cela, ce n'est point la paix des consciences, mais un dissentiment plus irrémédiable et des rancunes plus ambres *. » Mais Ferdinand persistait à regarder une nouvelle conférence comme l'unique moyen desalut et, pour lui complaire, les princes ecclésiastiques firent taire leur propre sentiment. Onespéraitconduirelesdébats «avec tantde modération, d'impartialité que tout s'y passerait avec tant de cordialité et de sagesse que les avis des théologiens réunis prépareraient les décisions de la prochaine Diète, et que les docteurs protestants « abjureraient les erreurs qui s'étaient glissées dans leur enseignement, pour revenir à l'unité chrétienne 2 ». Le colloque devait s'ouvrir à Worms lo 24 août 1557.

Pour en assurer les bons résultats par des réunions préliminaires et concilier, autant que la chose était possible, tant d'opinions différentes, plusieurs membres d'Empire, à l'instigation de l'Electeur palatin et du duc de Wurtemberg, se réunirent à Francfort (juin 1557). Là, le Landgrave Philippe commença par proposer la revision de la Confession d'Augsbourg, qui, selon lui, n'obligeait nullement les consciences et n'avait jamais été destinée qu'à lixer sur quelques points douteux la foi des Confessionistes 3. Mais sa motion fut repoussée. Nicolas Gallus, prédicant de Ratisbonne, soumit un autre projet à l'assemblée. Il s'agissait do nommer pour toutes les Eglises d'Allemagne un surintendant général, investi de pouvoirs souverains, chargé de veiller à l'intégrité et à l'unité de la doctrine luthérienne, d'empêcher ou de punir les moindres divergences d'opinions, de nommer une commission d'enquête pour l'examen des points litigioux, enfin de prendre les mesures les plus capables de remédier aux maux dont gémissait l'Eglise. Personnellement, Gallus était opposé à l'érection « d'un pape luthérien » ; mais il penchait assez pour la nomination de deux surintendants généraux : l'un préposé aux Eglises de l'Allemagne du sud, l'autre

1 Riess, p. 195.

1 Lettre du duc Jcan-Frédèric de Saxe, Corp. Beform., t. IX, p. 230. Voy. Kugler, t. II, p. 55. Parmi les Prolestants, beaucoup étaient persuades que Ferdinand n'avait permis le colloque que a ut vectigal hoepraetextu ex Germania maximum colli^eret ». Bullioger à Calvin, 20 août 1557, Calvini Opp., t. XVI, p. 572.

* Hei'i'e, Geschichte des deutschen Protestantismus, t. I, p. 151.

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