LE LIVRE DE REFUTATION
écrivait Mélanchthon, « que nous allons être témoins de querelles, de troubles autrement graves que par le passé { ! »
Auguste de Saxe réclama l'avis de l'Université de Wittcmberg sur le Livre de réfutation. Mélanchthon, au nom de tous ses collègues rédigea donc un mémoire où il déclare que ni lui ni les autres docteurs de Wi Hemberg n'ont jamais trempé dans les erreurs do Servet, d'Osiander, de Schwenckfeld, de Stancar ou des Anabaptistes; pour détourner le coup qui lui est porté, il s'élève contre des principes qui avaient, il est vrai, été enseignés par des docleurs protestants, mais qui ne se trouvent pas dans le Livre de réfutation. « Nos réfutaleurs, » dit-il, « veulent être tenus pour les ennemis les plus acharnés du Pape ; et cependant ils fortifient l'idolâtrie papiste et avancent certaines propositions que personne dans l'Eglise, depuis l'origine du Christianisme, pas même les papistes, n'a jamais osé soutenir : nommément que le corps du Christ est partout présent, dans la pierre, dans le bois, etc. Ces discours exécrables ont scandalisé et aigri beaucoup de chrétiens, à Brème et plusieurs autres lieux; nombre de gens instruits, honorables, beaucoup de riches bourgeois ont été chassés de Brunswick et d'Hambourg pour avoir refusé d'y souscrire. »
Autrefois Mélanchthon, en cela disciple de Luther, avait enseigné que tout arrivait en ce monde en vertu d'une nécessité irréductible, immuable, et qu'il n'y avait pas place dans la pensée du Créateur sur le monde pour les manifestations libres de la volonté de la créature; par conséquent que, ni dans nos œuvres extérieures, ni dans nos actes intérieurs, il n'y a trace de liberté. Maintenant il rejetait bien loin cette doctrine, et l'appelait insensée. « Du vivant de Luther et depuis sa mort, » écrivait-il, « j'ai repoussé cette extravagante folie manichéenne et stoïcienne que Luther et d'autres ont soutenue, prétendant que toutes les œuvres, bonnes ou mauvaises, se produisent fatalement, sans qu'il soit au pouvoir des hommes d'y rien changer. Or il est notoire que ce discours contredit la parole de Dieu, est funeste à toute discipline et n'est qu'un horrible blasphème. La vérité, c'est que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, et cette doctrine ne peut être détruite par aucun démon. Une nouvelle obéissance est nécessaire, une nouvelle obéissance est due, et ces principes doivent être maintenus contre les Antinomes qui vont criant et répétant comme des insensés : l'homme régénéré reste juste, même s'il persiste dans des péchés que la conscience réprouve, comme par exemple dans l'adultère ou l'homicide. L'un d'eux m'a dit il y a quelques années : « Dieu ne se soucie point
i Corp. Reform., t. IX, pp. 731, 738.