MÉLANCHTHON SUR LE SYNODE PROTESTANT
des œuvres. » Les rêveurs de Weimar n'ont pasosé condamner nettement ce blasphème. Une nouvelle obéissance est due, est nécessaire; au lieu de s en soucier, ils se battent à coup de sophismes et de mensonges. Il est vrai que l'un d'eux, Gallus do Ratisbonne, a rejeté les propositions dont je parle. Pour nous, nous les repoussons avec horreur et nous en appelons à tous les chrétiens craignant Dieu, nous soumettant à leur jugement; car il n'est pas juste que ceux de Weimar soient seuls entendus 4. »
Dans plusieurs pays, cette protestation excita l'indignation la plus vive. A Berlin, le prédicant de la cour, Agricola, invita le peuple, du haut delà chaire, à demanderà Dieu la confusion de Mélanchthon. « Priez contre le bel archange diabolique des temps nouveaux, qui revient maintenant parmi nous et veut imposer les bonnes œuvres aux justes, afin de nous faire perdre encore une fois le Christ et son Evangile ! » Tout au contraire, le prévôt de Berlin, Georges Bucholzer, écrivait à Mélanchthon : « Et moi, je réfuterai cette prière en chaire dimanche prochain et je dirai à mes auditeurs : Que Dieu détruise l'abominable diable noir qui veut établir des mœurs rudes et brutales parmi nous, contrairement aux commandements de Dieu 2! »
C'était la guerre de tous contre tous.
Philippe de Hesse envoya à Jean-Frédéric la réfutation de son livre 3, que Flacius jugeait digne des plus terribles châtiments du ciel et déclarait a pernicieux et impie ». Flacius épargnait si peu Philippe que, « dans une réponse à l'écrit du Landgrave, il so demandait, en faisant allusion à son double mariage, si, comme le disait le Livre de la réfutation, les Anabaptistes qui s'étaient servis de l'épée seraient seuls condamnés à périr par l'épée ? Comment, alors, faudrait-il punir leurs cousins germains, c'est-à-dire ces Anabaptistes éhontés qui bâtissaient une nouvelle Sodome et prônaient la polygamie turque 4 a ?
Pour prévenir une scission déclarée entre les membres d'Empire protestants, les signataires du recez de Francfort invitèrent Jean-Frédéric à une conférence; déjà le jour en était fixé, lorsque l'Electeur Auguste, craignant que le parti do ses adversaires ne remportât. refusa d'y prendre part5. Le 21 mars 1559, Mélanchthon, écrivant à Philippe, cherche de nouveau à le dissuader de la pensée de réunir un synode général. Ce synode, à son avis, est très certainement nécessaire, mais quant à lui il le croit impossible. « A
« Corp. Reform., t. t. IX, pp. 763-765. « Corp. Reform., t. IX, pp. 815-816.
s Corp. Reformât. IX, pp. 752,763.
* Pbeger, t. II, pp. 81-83.
* Heppe, Gesch. des Protestantismus, t. I, pp. 291 et suiv.
40 MF.l.ANCHTIlON stfl LE SYNODE PROTESTANT.
Hambourg,» écrivait-il, «un prédicant nommé Westpha lus s'est écrié en pleine chaire : « Les hommes craignant Dieu, les chrétiens pieux et éclairés qui ont détruit l'idolâtrie de l'adoration du pain en Angleterre, ont péri par la vengeance du diable! » A Brème, d'autres énergumènes sont encouragés par de nombreux partisans. Si donc le synode se réunit et qu'il ne soit pas dirigé par une main ferme, à quel affreux désordre ne devrons-nous pas nous attendre ! Or, lequel de nous pourrait se croire en état de le conduire, quand il y a tant de questions à débattre et que princes et prédicants sont prêts à s'entredéchirer 1 ? »
Tandis que ces querelles troublaient les Églises protestantes, théo- Ioniens, prédicants et princes étaient toujours d'accord dès qu'il s'agissait de combattre l'ancienne religion; tous mettaient le même zèle à « extirper de leurs états les derniers vestiges de l'infernale Papauté »; par tous les moyens en leur pouvoir ils cherchaient à ébranler la foi des Catholiques, et par la suppression de la Réserve ecclésiastique, ils espéraient conquérir de nouveaux territoires à cette religion « seule véritable, pouvant seule conduire au salut », dont ils ne parvenaient pas à fixer les dogmes.
Les Electeurs Otto Henri et Frédéric III et le duc Christophe de Wurtemberg se montrèrent surtout ardents danseette lutte acharnée contre le Catholicisme.
' Corp. Reform., t. IX, pp. 779-780.