‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 64 sur 315 · JUGEMENT PORTÉ PAR UN CONTEMPORAIN SUR LA SITUATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

JUGEMENT PORTÉ PAR UN CONTEMPORAIN SUR LA SITUATION GÉNÉRALE

l'Empereur est leur protecteur et patron suprême, que le duc lui doit obéissance et que c'est agir contrairement aux lois de l'Empire que de les expulser de leurs abbayes et communautés privilégiées. Leurs démarches et protestations pourront susciter mille embarras, querelles, criailleries. Le prince fera mieux de leur interdire sévèrement, non seulement les cérémonies papistes, mais encore leurs livres de prières et de lecture, les tableaux, images, missels. En cas de maladie, il faudra les obliger, sous peine de sévères punitions, à faire appeler un prédicant. On devra aussi leur ordonner de ne plus élire d'abbessc ou de prieure à l'avenir, et de renoncer à toute administration temporelle. L'intendant luthérien et sa femme devront, dans l'intérêt d'une bonne surveillance et pour faciliter les conversations édifiantes, prendre leurs repas avec les sœurs et ne laisser pénétrer près d'elles que des servantes luthériennes; de plus, il faudra défendre à ces servantes de remettre sans permission aucune lettre ou message. La clef de la porte d'entrée restera aux mains de l'intendant ou de sa femme. On enjoindra au surintendant de faire avec grand zèle de fréquentes inspections dans les couvents, d'y surveiller tout ce qui s'y passe, et d'édifier souvent les religieuses par des colloques chrétiens, car sans doute, près de ces femmes possédées et ensorcelées, ces sortes de conférences privées seront plus utiles que le prêche. Si, malgré tant de sages mesures, elles persistent dans leur refus d'obéissance, le duc sera suffisamment autorisé, par l'ordre de Dieu, à sévir pour tout de bon contre ces entêtées, pour l'exemple et l'instruction dos autres *. »

Nous lisons, dans un écrit du temps intitulé : Plainte chrétienne et consolante, suivie d'un avertissement chrétien: « Si jamais, parmi les détenteurs protestants de la puissance temporelle, il y a place un jour, comme nous l'espérons bien, pour un sentiment humain et chrétien, comme ils rougiront en pensaut à toutes les mesures tyranniques, à toute l'inutile rigueur qui ont été employées dans les villes et principautés sans exception, et souvent pendant dix, vingt ans et plus, contre de pauvres religieuses sans défense, sans appui, souvent maladives ou très avancées en âge! Car malgré leur conscience et leurs touchants appels à la miséricorde de Dieu, on les a tourmentées cruellement pour les décider à l'apostasie. Combien ces princes sont peu logiques avec eux-mêmes lorsqu'ils vont répétant partout que leur Evangile, c'est la liberté chrétienne, et qu'ils ne veulent point l'oppression des consciences! Non, il n'y a jamais eu

1 Bbsold, Virg. Sacrarum Mon., pp. 237-240.

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