‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 81 sur 315 · MÉLANCHTHON SUR LA SITUATION DE L'ÉGLISE PROTESTANTE · texte numérisé non relu

MÉLANCHTHON SUR LA SITUATION DE L'ÉGLISE PROTESTANTE

Gomme avec les années lui-même avait modifié ses opinions théologiques sur plusieurs points importants, surtout en ce qui concerne le libre arbitre et la présence réelle, on aurait pu s'attendre à le trouver indulgent pour les autres. Mais en avançant en âge, et dans la chaleur de la lutte, il était devenu, comme ses adversaires le lui reprochaient avec raison, de plus en plus amer et intolérant. Lorsque l'autorité refusait de punir rigoureusement quiconque propageait des dogmes selon lui entachés d'hérésie, il appelait aussitôt sur les sectaires les châtiments de Dieu ; il no cessait de réclamer la proscription des Anabaptistes; il avait approuvé le supplice de Servet et celui d'un certain Osiandriste, condamné à mort pour avoir soutenu que le sang du Christ ne peut suffire à notre justification ; il faisait un devoir à l'autorité do décréter la peine capitale contre Theobald Thammer, lequel avait émis l'opinion que les païens peuvent parvenir au salut; il eût voulu voiries princes châtier et mettre à la raison tous les disciples de Schwenckfeld. Même ceux de ses adversaires confession istes qui regardaient la foi comme seule nécessaire au salut, mais non point « la nouvelle obéissance», méritaient, selon lui, d'être condamnés par le pouvoir civil aux plus cruels châtiments corporels *.

« L'indignation, l'anxiété, l'excès de travail dévorent et consument ma vie, » écrivait-il 2. La dépravation morale, qui gagnait chaque jour du terrain, remplissait son âme d'une poignante douleur.

« vivait trop à la cour des princes, surtout trop à la cour de Saxe, pour n'avoir pas pénétre à fond les mobiles peu avouables qui servaient de levier à l'ambition des princes. Il voyait les rancunes personnelles, les haines de parti y jouer un rôle au moins aussi considérable que le zèle pour la pure doctrine. L'influence funeste de ces querelles, qui menaçaient de corrompre et de perdre l'Eglise, devait surtout l'épouvanter. Tout moyen semblait bon, pourvu qu'il fournît une arme capable de perdre un adversaire. Quel temps fut jamais plus fécond en abus odieux de la confiance donnée, en perfides dénonciations, basées sur des paroles en l'air, en attentats violents contre le droit et la coutume que ces années de lutte pour obtenir une doctrine pure et non falsifiée ! Soustraction de lettres, renseignements perfides donnes sur des hôtes sans méfiance, larcins littéraires, tous ces moyens étaient alors regardés comme licites. »

« Corp. Reform., t. VIII, p. 523, et t. IX, pp. 125, 133, 579,798. Dans un article intitulé Mèlanchthon juriste, A Haemk dit : « Mélanchthon voulait que le pouvoir civil eût à cœur de proscrire toute croyance fausse, de poursuivre et de châtier toute profession de cette croyance en parole ou en action, et qu'il contraignît les sujets à pratiquer la seule vraie religion. La liberté religieuse est foulée aux pieds à chaque article de cette profession dogmatique d'intolérance. » « Lorsque Mélanchthon écrit à Calvin au sujet du supplice de Servet : « Nos officiers ont bien agi en condamnant à mort le blasphémateur après sentence et selon le droit • (Corp. Reform., t. VIII, p. 362), ce n'est pas là, comme on l'a dit, le transport passionné d'un moment, c'est la dure conséquence d'une doctrine impitoyable. » (Zeitschrift für Rechlsgesch., t. VIII, pp. 262, 264.)

* Der Wittenberger Profesoren kurzer Bericht, p. 22. Voy. Döllingeh, t. I, p. 404.

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