CHAPITRE VII
LES QUERELLES PROTESTANTES JUGÉES PAR MÉLANCHTHON. -— MORT DE MÉLANCHTHON (1560). — LES FLACINIENS DANS LE DUCHÉ DE SAXE.
Nul plus que Mélanchthon ne souffrait des épreuves de la nouvelle Église; nul mieux que lui n'était au courant des amers dissentiments qui la déchiraient. Pendant de longues années il avait été considéré et vénéré comme la plus pure lumière de l'Eglise Evangélique, après Luther. Maintenant il se voyait décrié par beaucoup de ses anciens amis et partisans, qui tous se donnaient pour les seuls vrais disciples de Luther, et s'accordaient à l'appeler « un traître, un mamelouk, l'àme damnée de Satan, la peste de l'Eglise 1 ». Flacius et ses amis allaient jusqu'à demander à grands cris son excommunication, et le traitaient ouvertement « d'hérétique et de faussaire ». « L'orthodoxie des docteurs de Wittemberg, » disait Flacius, « habite avec Tannhauser la montagne do Vénus2 ». Les attaques dirigées contre lui devinrent enfin « si fréquentes et si furieuses » qu'écrivant au landgrave Philippe de Hesse Mélanchthon n'hésite pas à traiter ses adversaires luthériens de « vampires » et de « sophistes idolâtres». Il gémit sur la discorde générale, sur « le délire des intelligences », sur « la haine amère et digne de Caïn qui empoisonne tous les cœurs ». « Quand bien même,'» dit-il « je pourrais verser autant de larmes que les eaux gonflées de l'Elbe contiennent de gouttes d'eau, je n'aurais pas encore suffisamment exprimé ma douleur3.» La situation de la nouvelle Eglise lui paraissait désespérée. « A quoi bon prendre la plume, » écrivait-il à son ami Hardenberg, « je me sens incapable de proposer quelque chose qui puisse remédier au mal 4. »
1 Dépêche de Wittemberg, 23aoûtioo9. Voy. Erinnerunysblatt an Mélanchthon (1760), p. 5.
« "WlLKBNS, p. 32.
3 Voyez ces paroles et beaucoup d'autres analogues dans Döllinger, 1. 1, pp. 394 et suiv.
* Corp. Reform., t. VIII, p. 504, « Mélanchthon, » dit Gillet (t. I, p. 33),