ÉTAT MORAL ET RRLIGIKUX DE L'AUTRICHE
ment des religieux, mais de pauvres laïques. Contre ces abus, et d'autres tout aussi graves, il est urgent de sévir avec énergie. » t Les prêtres et prélats indignes sont en grande majorité. Le prieur de Klostcrneuburg, entre autres, est attaché aux sectes nouvelles; il entretient sa prétendue femme dans le cloître et hors du cloître, et s'enivre souvent de telle sorte que persoune dans sa maison n'est rassuré dans son voisinage. Les religieux l'imitent dans ses excès. A Herzogenburg, tous ont passé aux sectes. Le prieur a plusieurs femmes. L'Abbé de Molk vit avec la femme d'un capitaine ; ses religieux ont passé à l'hérésie et sont perpétuellement en état d'ivresse. L'Abbé de Garsten et les religieux de Gleink sont mariés, et vivent dans la bonne chère et la débauche. Les conventuels de Saint- Florian mènent une vie scandaleuse, ne songent qu'au plaisir, à la danse et à la bonne chère. L'Abbé de Geras, qui habite tout seul dans son monastère avec sa concubine, entretient à ses frais un prédicant et un maître d'école protestants, fait administrer les sacrements selon le rite luthérien, porte des habits de soie et cultive assidûment la bouteille *. »
Cependant si les couvents et abbayes où la religion et les bonnes mœurs étaient en oubli formaient la majorité, il s'en trouvait encore où la règle était observée, où l'on ne voyait nul scandale. Les Franciscains d'Egenbourg étaient des religieux modèles. Jamais ils n'étaient plus de cinq; ils observaient rigoureusement la règle, souffraient les attaques, les mépris et les railleries des sectaires, prêchaient et enseignaient sans relâche. C'est grâce à leur zèle que le Protestantisme qui avait fait de rapides progrès, disparut presque entièrement du pays 2. La province franciscaine d'Autriche nous fournit la preuve du progrès simultané des nouvelles doctrines et de la corruption des mœurs. Jusqu'en 1540, les religieux tenaient un registre où étaient exactement conservés les noms de ceux de leurs frères qui sY'taient fait remarquer par leur sainte vie, leurs talents, leur science, ou par la part qu'ils avaient prise aux affaires publiques, et le nombre en était grand. A dater de 1540, en l'espace de cinquante ans, ce livre ne fait mention d'aucun religieux. Au couvent de Graz, le nom des supérieurs n'a pas même été conservé. Ce n'est qu'en 1585 que recommence, avec la réforme de l'ordre, une nouvelle série de personnages illustres3.
1 Voyez ces faits et de nombreux exemples analogues dans Wiedemaxn, t I, pp. 157 et suiv.
« WlKDEMANN, t. III, p. 167.
3 Huhtkr, t. II, pp. 5G-57. Voy. aussi, pour mieux comprendre l'influence exercée parles nouveautés religieuses sur les mœurs du clergé, le t. II. pp. 53,03 et suiv.
IOC F.TAT MORAL ET RELIGIEUX DE l/AUTRlCHK.
<( l,a conduite scandaleuse du clergé est la principale cause des sectes, » écrivait en 1561 un auteur qui s'intitule modestement « un pauvre laïque ignorant », « car l'expérience nous apprend que là où le peuple chrétien est instruit par des prêtres bons et pieux, il reste fidèle à la foi de l'Eglise ou revient à elle lorsqu'il s'est laissé séduire. En l'espace de peu d'années, un humble carme déchaussé de la Haute-Autriche a converti des centaines de personnes; le peuple court en troupes pour l'entendre. Il prêche les préceptes de l'Evangile et administre les sacrements. Il supporte avec une grande égalité d'àme la faim, les coups, les mauvais traitements, comme j'en ai été témoin moi-même, car un jour, ayant été blessé à la tête par une pierre qui fit couler son sang, je Tai vu continuer tranquillement son sermon sur l'amour du prochain1. »
« Les prêtres mondains et dépravés du haut clergé ont une grande part de responsabilité dans la démoralisation toujours croissante des populations des villes et des campagnes. Beaucoup de prélats et de supérieurs ecclésiastiques profitent du malheur des temps pour s'approprier les biens des abbayes; ils se marient, veulent être seigneurs temporels, mènent joyeuse vie avec le bien des églises et des pauvres, et appellent cela « servir l'Evangile ». « D'autres, » disait en chaire, quelques années plus tard, le jésuite Georges Soherer, « veulent bien rester extérieurement attachés à l'ancienne religion, mais se soucient peu de pourvoir de bons prêtres les chaires et les autels des paroisses qui leur sont confiés. Ils nomment aux cures les pasteurs les plus incapables, gens qui ne savent « ni chanter ni pondre », qui ne prêchent ni ne célèbrent, qui sont incapables d'administrer aucun sacrement, et mènent une vie si peu sacerdotale qu'ils scandalisent les gens jusqu'à la perte de leur àme; non seulement ces mauvais pontifes ne convertissent personne, mais ils fortifient les vices et les sectes par leur genre de vie criminel; non seulement ils n'édifient point, mais ils détruisent. Malheur à ces prélats criminels qui n'ont aucun souci de donner à leurs ouailles de dignes prédicateurs ! ils sont cause que des milliers de chrétiens courent à leur perte. Dieu leur demandera compte un jour de toutes lésâmes que leur négligence a perdues! » « Une bonne école, » continue Scherer, « est à coup sûr un inestimable bienfait pour un pays ; comment donc ne serait-ce pas une œuvre agréable à Dieu et digne d'un saint pontife d'établir des écoles, de les organiser, de les entretenir, de les encourager? Oh le faux pasteur, qui ne se soucie point de la jeunesse, qui n'a aucun
1 Wider die sectirischen Rumohr mâcher, p. 22.