ÉTAT MORAL ET RELIGIEUX DE L'AUTRICHE
zèle pour encourager les arts libéraux, qui ne peut souffrir la compagnie de gens instruits et qui est cause qu'au lieu de l'instruction et des talents, la barbarie, la licence et la grossière ignorance pro gressent et régnent ! Autrefois on n'étudiait nulle part plus assidûment que dans les couvents, c'est là que se trouvaient les meilleures, les plus splendides bibliothèques. Maintenant le peu de livres que possèdent encore les religieux est rongé par les rats, les vers et la poussière! Ces supérieurs, qui ne font pas observer les règles, qui ne les respectent pas, qui ne les lisent pas et ne les ont pas même entre les mains; qui, bien loin d'engager à l'exacte observance et de maintenir leurs frères dans la discipline, mènent une conduite scandaleuse, se livrent jour et nuit à la débauche, aux excès de tout genre, et donnent à leurs compagnons de vie, à tous les prêtres, aux laïques, aux croyants, aux incrédules, aux Catholiques, aux sectaires, des exemples abominables, n'ont point un cœur paternel pour leurs frères; ils ne les traitent pas comme des amis, mais plutôt comme on traite des serfs, des sujets vendus, des esclaves, des manants, des valets d'écurie. Ils laissent la licence s'établir dans leurs maisons ; les vices n'y sont point réprimés; ils abusent du bien des églises et des couvents; ils s'endettent, ils dépensent leurs revenus en ripailles, en orgies; ils regardent comme leur propriété ce qui ne leur est que prêté, ils en disposent comme les seigneurs laïques usent de leur patrimoine *. » « 11 faut encore que je dise, » ajoute Scherer, « que les évêques et les prélats qui exercent deux juridictions, l'une temporelle et l'autre spirituelle, devraient avoir bien plus souci du spirituel que du temporel, car le spirituel n'a pas été établi pour le temporel, mais bien le temporel pour le spirituel. Un prélat plus occupé de chevaux, de chiens et de piqueurs que de la prière, de l'office, du saintsacrifice ou de la prédication; un supérieur qui prend plus de soin de bien recevoir ses hôtes que de paître ses ouailles, qui songe plus aux bons repas qu'au salut de son peuple, ne mérite guère d'être loué ; non plus que ces supérieurs ecclésiastiques, plus durs envers leurs sujets que ne le sont les laïques. Que devient alors le proverbe qui assure qu'il fait meilleur vivre sous la chape que sous l'armure 1 ? »
Pour le peuple, « la vie sous l'armure, » c'est-à-dire placée sous la domination des seigneurs laïques, était pourtant déjà bien rude 3.
* Eine Prälaten- Predigt, dans l'édition de Munich des œuvres de Scherer, t. II, pp. 364 et suiv.
1 Scherer, Postilte (Festtage) p. 469. Voy. aussi son sermon pour le deuxième dimanche après Pâques, Postitle (Sonntage), pp. 50Ô et suiv.
3 Wiedeman.x, t. II, p. 646 dit non sans raison : « La noblesse autrichienne était
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Un très grand nombre de nobles autrichiens entretenaient les mêmes espérances que la chevalerie d'Empire au commencement de la révolution sociale. Sickingcn avait cherché à atteindre son but l'épéc à la main; mais, avertie par son échec, la noblesse autrichienne voulait maintenant arriver à ses fins lentoment, pas à pas, non par la révolte ouverte contre la maison souveraine, mais, selon l'expression de Ferdinand, « en minant sourdement son autorité dans les choses profanes comme dans les choses religieuses», en mettant soigneusement à probt toutes les circonstances favorables.
Le nouvel Evangile lui offrait le moyen « le plus sûr et le plus commode » d'accroître sa puissance et ses propriétés, t Tout ce qui est bien d'Eglise nous appartient, » déclarait un jour le seigneur Adam de Puchheim ; a et voici ce que nous avons décidé : nous sommes à la fois seigneurs et évêques dans nos domaines ; nous avons droit d'élire ou de destituer les curés, nous sommes les seuls maîtres auxquels ils doivent obéissance ; les biens du clergé viennent de nos prédécesseurs, par conséquent, ils sont nôtres. Celui qui nous cherche querelle ou qui nous résiste sera prompteraent averti qu'il y a encore une force dans ce pays 4. » Adam s'empara de la paroisse de Münchenreidt, placée sous la protection de l'Empereur, lit entourer l'église de pièces d'artillerie et avertit le curé « qu'il pouvait, si le cœur lui en disait, venir chercher son eau bénite 2 ».
Les nobles usaient avec la même tyrannie de leurs droits de patronage et de seigneurs fonciers. Partout l'introduction du nouvel Evangile débuta parla confiscation des biens du clergé, le dépouillement des églises, l'abolition des fondations charitables et des abbayes 3. Bientôt des prédicants, venus surtout du nord de l'Allemagne, aflluèrent dans les châteaux. « Attachés aux sectes les plus bizarres, se détestant cordialement les uns les autres, » ils ne parvenaient à s'entendre que sur un seul point : leur haine commune pour tout ce qui était catholique. La plupart du temps, ils n'obtenaient de leurs nobles protecteurs qu'une « fort maigre pitance », et se plaignaient amèrement de n'être guère mieux traités que des serfs : « Les seigneurs se conduisent partout en vrais tyrans. Us se
alors d'une incroyable rudesse de mœurs. Elle exerçait dansses terres le jas gladii, et pour faire respecter ses droits, faisait pendre, noyer, exécuter selon son bon plaisir. La Carolina couvrait ces actes odieux. Les fréquentes séditions des paysans se chargeaient souvent de les cominenter. »
1 Auszüge aus raren Schriften, p. 71.
* v. Hammkh-Puhostall. t. I appendice, p. 199, n° 94.
a L'ouvrage de Wiedemaun fournit d'abondantes preuves des larcins faits aux paroisses.