‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 97 sur 315 · ÉTAT RELIGIEUX ET MORAL DES TERRITOIRES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

ÉTAT RELIGIEUX ET MORAL DES TERRITOIRES ECCLÉSIASTIQUES

lents, qui auraient honte d'être prêtres et méprisent toute la cléricaille; ils ne paraissent point au chœur, mais souvent aux festins et aux orgies; la plupart seraient très disposés à se marier et à apostasier, comme quelques-uns ne se gênent point pour le faire entendre *. » Les chanoines avaient accaparé tout le gouvernement ecclésiastique; les archevêques de Salzbourg, comme ceux de Vienne, n'étant plus que de véritables zéros. Parmi les simples prêtres, créatures des grands seigneurs, les scandales abondaient. Beaucoup n'avaient qu'un seul désir : se marier, ne plus entendre les confessions, ne plus porter les derniers sacrements aux malades. Les nobles, patrons des paroisses, ne songeaient de leur côté qu'à s'enrichir en mettant la main sur le bien d'Eglise *. « Les gros bourgeois de Salzbourg,» écrit un chroniqueur, « dédaignent d'aller à la messe et ne se confessent plus. Ils se rendent dans les localités voisines pour assister au prétendu service divin des Luthériens, donnent à leurs enfants des maîtres sectaires, ou les envoient aux gymnases luthériens, de sorte qu'un très petit nombre do bourgeois est resté catholique. Il est à craindre que tout l'archevêché ne passe à l'hérésie. Les sujets ont fort peu de rapports avec les pasteurs pour les choses spirituelles. Dans les villages, sur mille habitants, à peine si, le dimanche, vingt ou trente paraissent à l'oftice; les jours de fête, en dehors du curateur, du juge, du sacristain, il n'y a personne 3. » Lorsque l'archevêque de Salzbourg fut invité à se rendre au Concile, il s'excusa en disant qu'il lui était impossible de s'absenter « à cause de l'hérésie cachée dans beaucoup de cœurs ». On venait de l'informer d'un complot ourdi par les mineurs avec le Tyrol pour le massacre général des prêtres et des nobles *.

Les évêchés de Bamberg et de Wurzbourg « pullulaient de prédicants sectaires », et les nobles ne se gênaient point pour dire ouvertement qu'il fallait prendre un grand parti, que les évêques allaient devenir princes laïques et que les seigneurs érigeraient en fiefs héréditaires les églises et les abbayes; qu'ensuite on installerait des prédicants de la « pure doctrine» dans les paroisses. Déjà ils avaient commencé, là où la chose avait été possible, à mettre la main sur le bien des monastères, sur les bénéfices et prébendes; plus d'une fondation charitableavait été supprimée,en totalité ou en partie3. Les lettres du jésuite Canisius sont pleines de lamen-

1 Vom Jammer, etc.. f. B.

1 Vom Jammer, etc., f. 9-10.

3 Tiré du tableau de la Réformation de Steinhaufcr, dans Wolf, Geschichll. Bilder, pp. 177-179.

* Bucholtz, t. VIII, p. 415.

* Vom Jammer, etc., f. 12.

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