‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 99 sur 315 · MOTIFS DE LA DÉCADENCE DE LA RELIGION ET DES MOEURS · texte numérisé non relu

MOTIFS DE LA DÉCADENCE DE LA RELIGION ET DES MOEURS

des progrès du Luthéranisme *. « Le clergé régulier se conduit de telle sorte, » écrivait en 1554 Melchior d'Ossa dans son journal, «que des pa yens et des Turcs, pour peu qu'ils eussent quelque raison, auraient honte d'agircomme eux. Les chanoines vonlau chœur sans aucune dévotion, babillent tout le temps de l'office, et ne font attention à aucune leçon de la sainte Ecriture. Les plus graves questions théologiques font le sujet de leurs plaisanteries. Beaucoup disent que plutôt que de se convertir ils se feront luthériens 2. »

« La licence tolérée par la nouvelle religion, » écrivait on 1542 Févêque d'Augsbourg Christophe de Stadion, prélat si zélé pour la réforme, « favorise grandement les mœurs détestables du clergé 3. » « Le Protestantisme latent de beaucoup de prêtres restés extérieurement catholiques, » écrivait l'archevêque de Trêves, Jean de Leyen, au jésuite Jean de Reidt, t fait beaucoup plus de tort à l'Eglise et aux Catholiques qu'une franche apostasie4. »

Ferdinand disait en 1559 aux membres ecclésiastiques de la Diète d'Augsbourg : « Aujourd'hui qu'on hésite tant à réprimer les vices, on voit parmi nous beaucoup plus de révoltes et de misère que du temps de nos pères, alors que l'Eglise n'était pas à beaucoup près aussi attaquée qu'aujourd'hui. Un grand nombre d'abbayes, autrefois modèles de discipline chrétienne, de concorde et de paix, sont infectées par le vice ; les scandales y abondent et, en même temps, il y a un tel désordre dans l'administration que les revenus sont dévorés, en sorte que les pauvres gens sont privés des aumônes auxquelles ils ont droit. Les choses se passent au rebours des intentions des pieux fondateurs, et leurs dernières volontés sont méprisées. Et ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que beaucoup de pieux et honorables prêtres et religieux portent la peine de ces graves abus et subissent à cause d'eux toutes sortes d'outrages et de sanglants affronts. »

« On rogne tellement la portion aux curés et pasteurs des âmes,» avait ajouté l'Empereur, « ils finissent par être si bien dépouillés qu'il y a grande pénurie de prêtres instruits et capables.et qu'il devient extrêmement difficile d'en trouver pour annoncer la parole divine et administrer les sacrements. Là où ils s'établissent, ils nepeu-

1 Voy. par exemple la Reformatio Eccl. collegiatae ad St Martinum Heiligenstadii, dans Wolf, Eichsfeld, pp. 80-86. Là sont censurés entre autres vices :cpcrpotationes, scorlationes, concubinalus, rixac, contentioncs. p Sur l'histoire de la ville cpiscopale de Worms à cette date, voy. Corxely, p. 76, Rikss, p. 207.

* Langenn, Melchior von Ossa, pp. 151-155.

3 Laemmer, Mon. Valic, p. 402. Voy. p. 412, l'opinion du cardinal-archevêque de Mayencc à ce sujet.

* * Dépêche du 27 décembre 1560. Voy. plus haut p. 27, note 4

Page 1