‹ L'Allemagne et la Russie [microform]. Origines de leurs rapportsChapitre 11 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Frédéric II. —Frédéric -Guillaume II. —Catherine II. —

Paul P^

Politique de Catherine en général et à l'égard de la Prusse. — Frédéric et Marie-Thérèse concluent la paix sans Catherine. — Frédéric recherche Talliance russe.

— La question de Pologne, trait d'union entre les deux.

— L'allijince prusso-russe prédomine depuis lors. — Frédéric offre à Catherine sa médiation à Conslantinople.

— Catherine convoite les principautés danubiennes. — Le premier partage de la Pologne. — Cet événement resserre davantage l'alliance de la Prusse et de la lUissie. — Le traité de Teschen établit Tinfluence de la Russie sur les affaires d'Allemagne. — Chemin immense parcouru par la politique russe depuis Pierre le Grand. — Refroidissement entre Frédéric et Catherine. — Entente entre Catherine et Joseph IL — Visées des deux souverains en Orient. — Ils se comblent de flatteries. — Catherine repousse le projet de Frédéric d'une Iriple alliance de la Russie, de la Prusse et delà Turquie. — Elle propose à Joseph un projet de partage de la Turquie. — Son projet de démembrement de l'empire ottoman. — Ils se cachent devant Frédéric. — Ils comptent sur la mort prochaine du roi. — Frédéric s'inquiète de l'alliance austro-russe. — Catherine considère le roi comme un adversaire naturel de l'agrandissement de la Russie. — Elle accuse l'ambition insatiable du roi. — Sa politique à l'égard de la Prusse après la mort de Frédéric. — Rapports russes sur Frédéric-Guillaume II et la cour de Rerlin. — L'ambassadeur de Russie n'assiste pas aux funérailles de Frédéric. — Froideur du nouveau roi à l'égard de la

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Russie. — Sa haine contre l'Autriche. — Catherine se rapproche de la Prusse : elle déclare que Talliance avec cette puissance est naturelle. — Elle n'en continue pas moins à cultiver l'alliance avec l'Autriche. — La Prusse conclut un trait.- d'alliance avec la Turquie. — Catherine ne veut pas renoncer à ses projets. — La Prusse se prépare pour la -uerre avec la Russie. — Les progrès de la Révolution française rapprochent les deux puissances. — Leur traité d'alliance renouvelé. — Les partages de la Pologne. — Catherine principale instigatrice de la coalition contre la France. — Son irritation contre la Prusse qui a conclu la paix avec la République française. — Ses instances en vue d'amener la Prusse à renlrerdans lacoalition. — Frédéric-Guillaume s'y refuse et empêche Catherine d'envoyer une armée contre la France. — Mort de Catherine. — La Prusse maintient sa politique de neutralité. — Patil ["ennemi de la République française. — Sa versatilité. — Les Russes qualifient M. de Haugwitz de francomane. — Efforts inutiles de Paul en vue d'entrainerle roi Frédéric- Guillaume III à la guerre contre la France. — Colère et menaces de Paul contre la Prusse. - Rupture des relations diplomatiques. - Les exigences territoriales de l'Autriche rapprochent Paul avec la Prusse. - Paul propose de nouveau à la Prusse de prendre la place de l'Autriche dans la coalition. - Le roi refuse de s allier contre l'Autriche sans que Paul ait au préalable fait la paix avec la France. — Paul y consent et s'y refuse tour à tour. — Traité d'alliance anodin entre la Prusse et la Russie. — Paul espérait toujours gagner la Prusse à la coalition contre la France. — Le roi persiste dans sa politique de neutralité. — Les deux puissances menacent l'Autriche. — Mort de Paul I<=^

Les mécontentements des Russes à l'égard de la politique prussienne de Pierre III avaient puissamment secondé l'élévation de Catherine IL Cependant celte souveraine ne modifia pas de bcau-

coup la politique extérieure inaugurée par son époux. Elisabeth, avide d'agrandissements, s'était opposée à ce que la Prusse y eût sa part : Catherine, possédée à un plus haut degré de la passiondesconqueles, consentait volontiers à partager avec son voisin et parent, auquel elle ressemblait d'ailleurs beaucoup par son esprit et ses goûts littéraires. C'est sous son règne que fut fabriqué le document connu depuis lors sous le nom de testament de Pierre le Grand. Ce grand souverain n'a pas laissé de testament politique: ce que l'on désigne comme tel c'est le résumé de ses aspirations reprises et élargies par Elisabeth et concentrées dans un vaste plan par Catherine II. L'étiquette importe peu: le fond de ce testament, c'est la politique traditionnelle de la Russie qui s'efface pendant un temps pour ressusciter au moment opportun. Cette politique visait la Pologne et la Turquie. Dans la première, la Prusse est une auxiliaire utile , pour la seconde, la Russie trouvait sur son chemin TAutriche qui était déjà à cette époque l'obstacle de la Prusse dans l'empire germanique. Frédéric II et Catherine, — qui ne sacrifiaient rien au sentiment et n'obéissaient, chacun de son coté, qu'à ce que leur dictaient leurs intérêts; donfla politique d'expansion prenait des voies différentes et oii aucun des deux n'était gêné ni contrarié par l'autre —

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étaient donc bien faits pour marcher ensemble et tout portés à s'entendre. Elisabeth avait redouté « un voisin puissant » ; Catherine ne craignait point « un voisin satisfait ». Elle ne ratifia pas le traité d'alliance conclu sous le règne de Pierre 111: mais, d'autre part, elle ne continua pas les errements d'Elisabeth. Au début, son ambition fut d'être médiatrice entre Frédéric et Marie-Thérèse. En cela, elle ne réussit point. Délivré de l'inimitié d'Elisabeth, Frédéric repoussa une médiation qui pouvait le frustrer de ([uelques-unes de ses conquêtes. Étant épuisés, l'un comme l'autre, n'étant sûrs d'aucun secours efficace, Frédéric et Marie- Thérèse préférèrent s'entendre directement. Leurs négociations, poursuivies à l'insude Catherine, aboutirent à la paix d'ilubertusburg qui maintenait Frédéric en possession de tout ce qu'il avait enlevé à sa voisine.

En même temps qu'il terminait la guerre avec l'Autriche, Frédéric songeait aux moyens de s'assurer de l'alliance de la Russie. 11 n'ignorait pas les visées de Catherine à l'égard de la Pologne : aussi fut-ce sur cette question qu'il entama les négociations, en flattant l'ambition et la vanité de la souveraine russe. Interrogé par celle-ci sur ses intentions par rapport à la prochaine élection du roi de Pologne, le roi répondit qu'il accepterait tout candidat agréé par Catherine, pourvu que

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