‹ L'Allemagne et la Russie [microform]. Origines de leurs rapportsChapitre 13 sur 25 · FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II

CATHERINE II

terre et la Hollande, la convention assurant le maintien de cet empire ottoman dont Catherine avait projeté, de concert avec Joseph, la destruction en Europe. Au moment où ce grand événement se produisit, Joseph avait terminé, depuis cinq mois, sa carrière mouvementée. Sa politique orientale avait fait naufrage en même temps que îes vastes cl ambitieux projets de Catherine, projets que ses successeurs reprirent depuis, avec de glorieux succès militaires, mais sans retirer <de ces entreprises des avantages en rapport avec os sacrifices et en éloignant de plus en plus la réalisation de leur but final.

En attendant, Catherine, en dépit de ce traité <le Reichenbach, ne voulait rien abandonner de ses conquêtes sur la Turquie, u Je n'entends pas, ocrit-elle, signer" un pacte de servage. La Prusse :a garanti aux Turcs la possession d'Olchakow ? La Crimée est entre mes mains sous la sanction de S. M. Prussienne. Des chats enragés sont toujours turbulents. » Frédéric-Guillaume, lui aussi, tint bon. Il fit de sérieux préparatifs pour tino guerre contre la Russie. Mais, en dernier lieu, les pourparlers entre Alopéus et BischolTswerder avant aidé à dissuader le roi, la politique <le la paix l'emporta. Les progrès de la Révolulion française contribuèrent d'ailleurs à resserrer les liens d'amitié entre les vieilles cours monar-

chiques. Et c'est la malheureuse Pologne qui, comme naguère sur l'instigation de Frédéric II, faisait de nouveau les frais de l'entente des trois cours du nord, coalisées au surplus contre la Révolution fran(:aise qui faisait trembler toutes les couronnes de l'Europe. Le renouvellement de l'alliance de la Prusse et de la Russie vainement demandé par Frédéric-Guillaume II lors de son avènement, fut enfin consenti par Catherine. Au traité de Saint-Pétersbourg de 1792, succédèrent en 1793 et en 1795 le deuxième et le troisième et dernier partage de la Pologne.

Catherine fut l'instigatrice la plus ardente de la coalition contre la France révolutionnaire : l'exécution de Louis XVI avait mis le comble à son exaspération. Mais, après les campagnes malheureuses de la Prusse en France, Frédéric-G uillaume voyant l'impossibilité de se dédommager au détriment de la France, Catherine consentit à s'arranger avec lui et TAutriche pour le partage de la Pologne. Et cependant, Timpéralrice persistait à vouloir guerroyer contre la République française. Elle gourmande Frédéric-Guillaume qui veut se retirer de hi coalition, parce que son peuple, éprouvé par de longues souffrances, murmure contre cette guerre. Elle s'irrite de cette défaillance et sa colère éclate au moment où elle apprit que la Prusse songeait à faire sa paix

avec la République française. Elle se montrail étrangement surprise de ce que le roi de Prusse croyait à la solidité du gouvernement républicain; cette supposition est fausse, dit-elle, et il est du devoir de tous les gouvernements réguliers de ne pas laisser s'achever « rédilice érigé par la folie et la férocité du peuple français et menaçant ruine jusque dans ses fondements ... On peut mesurer, après la manifestation de telles pensées, 1-humeur do rimpéralrico apprenant la conclusion du traité de paix de Bàle entre la Prusse et la République. La cour de IJcrlm s'efforça vainement de l'apaiser et d'aflirmcr qu'après comme avant elle partageait les principes de la coalition. La Prusse, disait le mimstre lIaug^vil^ est prèle à tout faire pour contenter l'impératrice , excepté de recommencer la guerre avec la France. Le roi avait des raisons de rester ferme : ni l'Angleterre, ni l'Autriche ne le secondaient franchement. Catherine, alors, décida l'envoi d'un corps d'armée russe de 00,000 hommes contre la France. Dans ces conditions, demanda l'impératrice, la Prusse se joindra-t-elle à la Russie ? Le roi fit une réponse évasive et cela contre l'avis de plusieurs de ses conseillers, entre autres le baron de .Stcin, mal disposé envers la République française. 11 parait, du reste, que l'argent manquait à la Prusse pour déférer aussi-

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tôt au désir de rimpéralrice. La mort de Catherine, survenue le 17 novembre 1796, modifia toute la situation. Non pas que l'empereur Paul abandonnât sur l'heure la politique de sa mère; il avait les jacobins trop en haine pour entrer en relation avec les gouvernants de France. Ce qui l'empêchait de donner suile au projet d'expédition de l'impératrice Catherine, c'était le refus opiniâtre de Frédéric-Guillaume II de sortir de son attitude de neutralité. Le successeur de celui-ci, Frédéric-Guillaume III , monté sur le trône en 1 797, était un partisan encore plus résolu que son père, de cette politique; il avait la guerre en horreur et entretenait les meilleurs rapports avec le Directoire français.

L'empereur Paul était dans des idées différentes. Il voulait être le pacificateur de l'Europe, concilier l'Autriche avec la Prusse, donner à la France le Rhin pour frontière. Mais, avec la versatilité d'esprit qui le caractérisait, au bout de quelques jours, il modifia ce plan, pour refuser à la France la frontière du Rhin, laquelle, « en étendant les possessions de la France dans l'intérieur de l'Europe, donnerait à cette nation les moyens de répandre plus facilement le mal dont ses voisins auraient à souffrir les premiers ». Le « mal », dans l'esprit de Paul, c'étaient les idées de la Révolution française. Mais toutes ces sugges-

lions dont le but final était on somme la guerre, échouèrent devant le tempérament pacilique de Frédéric-Guillaume lll et devant la résistance de son ministre Ilaugwilz, que les Russes qualifiaient de « francomane ». Puis, par une nouvelle évolution, après avoir jusque-là blâmé la Prusse pour avoir conclu le traité de Baie, il se tourna lui-même du côté de la France républicaine. Les pourparlers à ce sujet n'ayant pas abouti, Tempereur, le prenant de haut avec la République triomphante, changea une fois de plus d'attitude, pour proposer une quadruple alliance de la Russie, de la Prusse, de l'Autriche et de rAnglelerre, alliance olTensive contre la France. Le négociateur russe, comte Panine, n'eut aucun succès auprès de Frédéric-Guillaume III qui refusa net d'entrer dans une pareille combinaison, non par amitié pour la France, à ce que disait Panine, mais parce que le roi ne voulait se lier avec personne et rester neutre. Paul accusa de cet échec le « perfide » Ilaugwitz et s'adressa à TAutriche et à rAnglelerre. 11 fit même des injonctions au cabinet de Berlin de s'unir à la coalition, en le menaçant d'une rupture. Le comte Panine revenant à la charge auprès du roi, pour le déterminer, celui-ci refusa de le recevoir. Panine, dans son rapport au tsar, s'en prend à Tincapacité du roi qui, écrit-il, « n'a aucune connaissance des inté-

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rôts de la monarchie, ni des premiers éléments de la politique ». Outré de ce nouveau refus, l'empereur déclare à l'envoyé prussien, qu'il accepte Tattitude de neutralité du roi, mais qu'il considérerait comme une violation de neutralité « toute démarche qui démontrerait de la prédilection pour les Français » et qu'en ce cas il agirait en conséquence. En même temps, il supprima la lég'ation de Russie à Berlin, et rompit les relations diplomatiques avec la cour de Prusse. Pas pour longtemps cependant. Si la Prusse refusait d'agir, l'Autriche ne voulait pas avoir agi sans recevoir des compensations considérables. Ces exigences irritaient le tsar qui ne guerroyait contre la France que pour le principe, par haine de la Révolution et sans réclamer un dédommagement quelconque. Par suite, il rompit avec l'Autriche et conséquemment, par nécessité, revint à la Prusse. En octobre 1799, à peine trois mois après la rupture, l'empereur envoya le baron de Kriidener à Berlin pour rétablir les rapports avec la Prusse. Cette fois, Paul appelle l'attention de la IVusse sur « l'ambition insatiable de la maison d'Autriche » et il charge son ambassadeur, dans le cas oii le roi consentirait à prendre la place de l'Autriche dans la coalition, <( de flatter la passion dominante de la cour de Berlin, en offrant un appât à sa cupidité ». L'irritation et

L'ALLEMAGNE ET LA Rl'SSIE.

limpalience de Paul ne connaissaient plus de bornes; une fois de plus, il songeait à une guerre avec la Prusse, et son confident, le gént^ral Ilostopchinc, le poussait dans ccUc dircclion. Ses efforts on vue dune alliance olfensivc conli c la France ne trouvant aucun appui à Berlin, il déclara y renoncer pour se contenter d'une alliaucc défensive qui viserait aussi l" Autriche. La prudente cour de Berlin, tout en goûtant celte combinaison, y mit la condition qu'au préalable la Russie fit la paix avec la France. Le tsar s'y déclarait prêt, si la France voulait venir à lui. Mais alors le vieux chancelier comte Panine déclare, à son tour, qu'il ne signerait jamais la paix avec la France « tant que tous les trônes ne seront rétablis ». Kl il réussit à retourner son souverain de telle sorte qu'au bout de quelques jours, Paul déclare « qu'il ne veut entendre aucune négociation avec « l'usurpateur corse » et que par conséquent il déclinait l'offre de la Prusse qui voulait se charger de la médiation entre lui et la France. Tous ces pourparlers n'aboutirent pour le moment qu'à la conclusion d'une alliance assez inoffensive entre la Prusse et la Russie. Ce traité qui fut signé le lG-28 juillet 1800 à Pélersbourg, avait été demandé par l'empereur qui tenait à ce que l'Europe, ignorant le contenu de traité, crût à l'existence d'une union étroite entre les deux

cabinets. De plus, il espérait que la Prusse, après avoir franchi ce premier pas, forait le second en s'associant à la ligue contre la France. En cela il devait se tromper. 11 avait bien envoyé à Berlin projet sur projet de convention secrète ; le roi resta inébranlable et son ministre Ilaugwitz déclara au baron de Krudener que son souverain persisterait dans sa politique de neutralité.

L'empereur de Russie toujours hanté par le désir de faire marcher toute l'Europe contre la France ; le roi Frédéric-Guillaume 111, non moins résolu à ne pas entrer dans une coalition contre celte puissance ; l'Autriche visée et menacée par ses deux voisins : telle fut la situation dans le nord de l'Europe, au mois de mars 1801, au moment de la mort violente de Paul 1".

POTSDAM

lExXA.

ClIAPlTIiE V

Potsdam. — léna.

Jugements de Napoléon et de Metlernich sur Temperenr Alexandre. — Critiques allemandes d'Alexandre I". — Le Tsar désirant èlre larbitre entre rAulriche, la Prusse et Napoléon. — Ses soupçons à Tégard de Napoléon et de la Prusse. — Il désire une alliance exclusive avec la Prusse. — Le meurtre du duc d'Enghien jette l;i Prusse dans les bras de la Russie. — Il n'y a pas de patriotisme allemand. — Pour l'Électeur de Bavière, Napoléon est un libérateur. — Protestation du Tsar contre le meurtre du ducd'Enghien. — Silence de la diète de Ratisbonne. — Le roi Frédéric-fiuillaume demandant conseil au Tsar. — Alexandre lui reproche ses complaisances à l'égard de Napoléon. — Déclaration des deux souverains contre la politique d'expansion de Napoléon. — Traité de la Russie avec la Suède et l'Autriche contre la France. — Les mêmes puissances cherchent à rallier la Prusse à leur politique et à leur traité. — Négociations à Rerlin. — Le comte de Metternich. — Les deux partis à la cour de Prusse. — La reine Louise, llaugwilz, Lombard. — Le prince Louis. — Déclin de l'armée prussienne. — Caractère timide de Frédéric-Guillaume. — Les craintes à l'égard de ses deux voisins de France et de Russie. — Ses préférences obligées pour Napoléon. — Lombard et Beyme vendus à la France. — L'Autriche compte sur rinlluence personnelle du Tsar. — Alexandre veut exercer une pression violente sur le roi qui, à son tour, prend une attitude menaçante. — Napoléon, violant le territoire prussien, jette le roi dans les bras de la Russie et de FAulriche. — Agissements du parti

français. — Arrivée à Berlin du Tsar qui décide le roi.

— signature du traité de Potsdam. — Serment au tombeau de Frédéric le Grand. — Nouvelles hésitations du roi. — Défaite de l'Antriche à Auslerlitz et nouveau traité entre la Prusse et Napoléon. — Napoléon exaspéré de la dui>licité de la Prusse. — La Prusse et l'Angleterre, brouillées pour le Hanovre. — La diplomatie russe signale le chaos gouvernemental en Prusse.

— Les partisans de Napoléon à la cour de Prusse. — llaugwil/. à Paris. — Napoléon furieux contre la Prusse.— Hardenbergen conllit avec llaugwitz. — Son travail secret en faveur de la Russie. — Il cache ses pourparlers devant Lombard. — Traité d'alliance entre la Prusse et la Russie. — La Russie méfiante demande à la Prusse de se déclarer formellement. — La Russie ne veut pas d'une Prusse vaincue ni du voisinage français eu Pologne. — Alexandre poussé par son aristocratie anti-française, excite la Prusse à la guerre. — Napoléon promet Je rendre le Hanovre au roi d'Angleterre. — Consternation à Rt-rlin. -— Le Tsar dénonce Lombard et Beyme comme recevant des subsides de Napoléon. — Le roi, à conire-cœur, se décide pour la guérie. — L'outrecuidance des officiers de la garde. — Le peuple peu enthousiaste pour la guerre. — Mauvaises impressions du roi. — La Prusse sans alliés. — Ses amis ne croient pas qu'elle sera si promplement battue.

Les deux hommes d'État qui ont approché de plus près Tempereur Alexandre I" et étudié son caractère avec une certaine liberté d'esprit, Napoléon et Metternich, ont constaté, tout en rendant hommage à ses hautes qualités de cœur, sa grande mobilité d'esprit en politique. « Si j'étais homme à me laisser aller à des impressions purement personnelles, disait Napoléon en 1810, je pourrais m'attacher à lui de tout cœur. Mais, à

coté (le ses grandes qualités intellectuelles et de cet art de captiver ceux qui rentourent, il y a en lui quelque chose que je ne puis définir. C'est un je ne sais quoi que je ne pourrais mieux expliquer qu en vous disant, qu'en tout il lui manque toujours ^^/^/y^/^ c/^ost. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'on ne peut jamais prévoir ce qui lui manquera dans un cas donné ou dans une circonstance particulière, car ce qui lui manque varie à l'infini. » « Le caractère d'Alexandre, écrit, de son coté, Metternich, après la mort de ce souverain, offrait un singulier mélange de qualités viriles et de faiblesses féminines... Son jugement se laissait toujours inlluencer par des idées favorites; ses idées lui venaient comme par une inspiration soudaine, et il les embrassait avec une ardeur extrême. Elles ne tardaient pas à emporter la balance au point de le dominer entièrement et de permettre à ceux de qui il les tenait d'asservir sans peine sa volonté. » Les deux personnages qui jugeaient ainsi Alexandre \'% l'un au point de vue de souverain français, l'autre à celui de premier ministre d'Autriche, n'avaient pas eu lieu d'être toujours satisfaits du souverain russe. Alexandre n'a pas été pi us heureux avec la Prusse cl l'Allemagne qui, à leur tour, par la bouche de leurs historiens, même les mieux disposés en faveur de la Russie, ont articulé bien des griefs

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contre le tsar, tour à tour a1Ué de la Prusse et de la France, et se proclamant toujours et dans toutes les circonstances ami dévoué du roi Frédéric-Guillaume m. Dans ces critiques comme dans CCS reproches il y a une grande partie de vrai : mais ce qui est vrai aussi et ce que ses compatriotes ne lui reprocheront pas, c'est que derrière ses protestations amicales, aujourd'hui pour xNapoléon, demain pour François ou pour Frédéric-Guillaume, se tenait toujours le Russe. A son avènement au trône, le 4 avril 1801, Alexandre manifesta aussitôt son ambition, conforme à ses sentiments généreux, d'être le conciliateur de toute l'Europe. Oubliant les torts de l'Autriche, il voulait l'entente entre cette puissance et la Prusse. Ne redoutant pas à ce moment les plans de Bonaparte - la France étant loin — il voulait s'entendre avec celui-ci pour arranger les affaires d'Allemagne, c'est-àdire d'en être l'arbitre de concert avec le premier

Consul.

Il est certain qu'à celte époque, il fut plus près de l'alliance française que de celle de la Prusse. Les dépêches de son cabinet parlaient de « l'ex- Irême avidité du cabinet de Berlin » et de l'obligation où il se trouvait « de mettre des bornes à une convoitise, dont les conséquences et l'exemple étaient également dangereux pour le repos de

Il i

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l^Europe ». Au fond, par-dessus la tête de la Prusse, le tsar visait Bonaparte qu'il supposait être en accord secret avec le- cabinet de Berlin pour un partage duquel la Russie était exclue. Il avait été confirme dans cette croyance depuis l'entrevue qu'il eut, en juin 1802, h Meniel, avec b'rédéric-Ciuillaunie qui s'était montre récalcitrant à l'outente avec l'Autriche, entente dont le tsar tenait à être l'intermédiaire. Il pensait que la Prusse avait pris avec Bonaparte des engagements contraires à un accord avec sa voisine et rivale. « Sans doute, lit-on dans une instruction adressée à celte époque au ministre de Russie à Berlin, le roi lui-même n'a pas de sentiments tout particulièrement amicaux pour le premier Consul, mais des inilucnces diverses ont eu souvent le dessus sur les goûts personnels de ce m<>narque. » Or, tout en étant satisfait de ses rapports personnels avec Bonaparte, il ne désire entrer dans aucune combinaison d'alliance que la Prusse pourrait proposer dans ce sens; il n'a confiance ni dans le caractère du Consul lendant à la domination de l'Europe, ni dans « les principes des hommes perfides » qui font partie de son gouvernement. Ce qu'il veul, cVstune union intime avec la Prusse seule. «Cette alliance, fait-il dire à Berlin quelques mois plus tard, qui a subsisté sous le règne de Catherine, a été

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utile aux deux puissances. Une liaison intime, raffermie par l'amitié et l'estime personnelles des deux souverains, ne pourrait qu'assurer le repos de l'Europe. Mais, la Prusse a manqué de franchise, elle a conclu une alliance secrète avec la France. » Ce « manque de franchise », tous les puissants voisins de la Prusse devaient encore bien souvent s'en plaindre : cette politique d'irrésolution, d'hésitation et de direction changeante était fondée à la fois dans le tempérament de Frédéric-Ciuillaume se méfiant de tout et de tous, y compris lui-même, et dans la situation et la conformation de la Prusse enserrée entre trois grands empires militaires et n'étant grande puissance elle-même que grâce au prestige acquis par le roi Frédéric II.

Dans Tannée 1803, on voit la Prusse sollicitée à la fois par Bonaparte et par Alexandre. Le premier lui fait annoncer l'occupation prochaine du Hanovre; l'autre veut que la Prusse fasse cause commune avec la Russie pour s'opposer à cette occupation. C'est à arracher cette résolution au roi que la diplomatie russe s'attachait pendant de longs mois, alors que celui-ci se cantonnait dans sa résolution de garder une stricte neutralité : neutralité bienveillante en faveur de Napoléon, comme le prétendaient Alexandre et ses conseillers. Peut-être ne seraient-ils pas venus à

bout de la politique timorée du cabinet de Berlin, sans l'incident du duc d'Enghicn. L'exécution de ce prince; la violation du territoire allemand par les soldats de Napoléon, grâce à laquelle le prince avait pu être enlevé de sa résidence sur territoire badois; d'autres infractions ilagrantes au droit des gens méconnu par le premier Consul, avaient soulevé l'opinion de l'Allemagne et de l'Europe et excité au plus haut point l'indignation de Frédéric-Guillaume.

Il avait fallu ce coup de violence pour ameuter l'esprit public dans cette Allemagne dont Napoléon pouvait en vérité méconnaître l'existence, en présence de Tattitude de ses princes et d'une sorle d'aiïaissementdes populations. Leur patriotisme n'était pas allemand, il était régional, dominé par une sorte de cosmopolitisme que les idées de la Révolution française avaient développé chez les Allemands. Cet état des esprits convenait aux princes en leur permettant de soigner leurs intérêts particuliers, badois, wurtembergeois, bavarois, saxons. Pour l'électeur de Bavière, la patrie était renfermée dans les limites de ses États. Menacé soit par la Prusse, soit par l'Autriche, secouru par Napoléon, l'électeur proclame celui-ci le libérateur de l'Allemagne et, en s'associant au conquérant français, ne pensait qu'à l'aider à combattre pour l'indépendance de l'AUe-

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magne menacée par Vune ou l'autre des deux grandes puissances, sinon par les deux. Cette manière de voir qu'il rencontrait chez les gouvernants, serviles et empressés auprès de lui; cette quiétude idéaliste, observée chez les classes bourgeoisesderAllemagne — pouvaient-elles inspirer à l'arbitre de l'Europe le respect des règles internationales? L'électeur de Bade n'était-il pas l'ami et l'allié de la France? Le territoire badois n'était-il pas ainsi, en quelque sorte, la continuation du territoire français? A une époque où tous les puissants visaient à la conquête, à l'agrandissement, les grands aux dépens des petits; où les idées sur le droit des gens étaient troublées, le sensmoralen matière politique oblitéré, comment s'étonner qu'un homme comme Napoléon ne voyait dans l'enlèvement du duc d'Enghien sur territoire voisin qu'un incident d'ordre secondaire et où, du moins, le souci de la sécurité de la France et de celle de sa personne devait primer toute autre considération? Mais, s'il pouvait dédaigner le jugement de l'opinion publique et même des souverains, il ne pouvait empêcher que cet incident fit sortir de son caractère paisible et pacifique le roi Frédéric-Guillaume. Déjà, Alexandre avait donné le signal des protestations. Et ce qui est caractéristique, c'est que le tsar se présentait, à son tour, mais dans un sens inverse, comme le

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fil

protecteur de l'indépendance de rAllemagne. La timide Diète germanique de Ralisbonne reçut une note russe, datée du i mai 1804, dans laquelle le cabinet de Saint-Pétersbourg faisait une leçon de patriotisme à cette haute assemblée. La note insistait « sur le danger que courait chaque membre de l'empire, si de pareils coups de force étaient admis ou pouvaient s'effectuer sans être blâmés ni empêchés ». Garant de la constitution de l'empire, médiateur entre les puissances germaniques, le tsar protesta solennellemet « contre un attentat qui avait aiïeclé la tranquillité et la sécurité de TAllemagne ». La diète se tut; rAutriche et la Prusse firent des déclarations anodines etrafï'aire en resta là. En revanche, les sentiments personnels du roi Frédéric-Guillaume furent tout indignation et révolte, un peu à cause de la violation du territoire allemand, mais plus encore à cause de l'exécution de l'infortuné prince français. Il chargea son ministre M. de llaugwitz d'exprimer ses sentiments au ministre de France pour les transmettre au premier Consul.

L'alTaire du duc d'Enghien était venue, il est vrai, se greffer sur l'explosion de la guerre entre la France et l'Angleterre, laquelle entraîna, avec l'occupation du Hanovre par l'armée française, la violation de la neutralité de l'Allemagne du Nord. Tout en n'osant pas rompre encore en visière au

premier Consul qui bientôt devait se proclamer empereur, le roi prévoyait lui-même que sa politique de neutralité ne pourrait pas longtemps se continuer et qu'il faudrait prendre parti. Dans sa perplexité, entretenue par les divisions entre ses principaux conseillers, il s'adressa à l'empereur Alexandre, lui exposant sa situation, insistant sur les procédés dangereux de Bonaparte et sur la nécessité de s'y opposer, et lui demandant si, dans cette dernière éventualité, il pourrait compter sur l'assistance de la Russie. Il place toute sa confiance dans la parole de l'empereur. « Je serai tranquille sur les destinées de la Prusse, écrit-il, dès que la Russie y associera les siennes. »

Alexandre ne demandait pas mieux. Mais, le

roi n'avait-il pas à plusieurs reprises demandé

conseil, reçu les mêmes conseils d'agir et toujours

reculé devant l'action? Aussi, le tsar répondit-il

froidement et en termes assez sévères. Il reproche

au roi d'avoir, par ses « complaisances » , concouru

à donner la monarchie universelle à qui le mérite

si peu, » et d'avoir travaillé ainsi à sa propre ruine.

Ou'il se décide maintenant à combattre, et l'em-

pereur sera avec lui, à la condition qu'il prenne

des engagements formels à ce sujet. C'est ainsi

qu'Alexandre remporta un premier succès sur

l'irrésolution de Frédéric-Guillaume, mais lui fit

faire aussi le premier pas dans la voie qui devait

aboutir deux ans plus tard à l'effondrement de la monarchie de Frédéric II.

Les pourparlers engag^és à la suite de cette correspondance des souverains, eurent pour résultat la signature dune déclaration (24 mai 1804) par laquelle le roi et le tsar promettaient « de s'opposer à tout nouvel empiétement du gouvernement français sur les Élats du Nord et l'empire allemand, ainsi qu'à toute augmentation des troupes qu'il entretient en Allemagne, et en cas de nouvelle usurpation, d'unir leurs forces pour marcher contre un adversaire aussi dangereux, pour l'arrêter sur les bords du VVeser et pour ne déposer les armes que d'après une entente préalable des deux alliés ».

Comme elfrayé par ce premier acte de résistance à Napoléon, le roi Frédéric-Guillaume eut encore des retours de « complaisances » quidevaient fortement irriter le cosignataire de la déclaration du 24 mai. En présence des progrès constants de l'invasion française, Alexandre s'était décidé à ordonner l'embarquement des troupes russes pour la Poméranie suédoise, lesquelles devaient marcher contre l'armée d'occupation française du Hanovre. Pressé par Napoléon et cédant à ses sommations, Frédéric- Guillaume lit occuper par ses propres troupes la Poméranie et prévint ainsi le débarquement des Russes. Exaspéré d'un pro-

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cédé qu'il pouvait considérer comme une violation de l'engagement du 24 mai, Alexandre informa le roi qu'il avait conclu avec la Suède un traité d'alliance où l'éventualité d'une guerre contre la Prusse était prévue. Mais ce ne fut pas avec la Suède seule qu'Alexandre avait concerté des mesures contre un allié si peu sur comme le roi de Prusse.

A la date du 25 octobre-G novembre, la Russie et l'Autriche avaient conclu à Saint-Pétersbourg un traité d'alliance pour enrayer les progrès constants de l'invasion française en xVllemagne, en s'opposant à toute nouvelle occupation de territoires adjacents. Par un article secret, annexé à ce traité, les deux puissances, bien que se tenant assurées des dispositions pacifiques du roi de Prusse, s'engagaient à se prêter mutuellement secours et assistance dans le cas où, pendant la guerre avec la France, l'une ou l'autre serait attaquée par la Prusse.

Au fond, ni l'Autriche ni la Russie ne songeaient sérieusement à cette éventualité d'une guerre avec la Prusse, greffée sur celle avec la France : bien au contraire, après s'être alliées entre elles et avec l'Angleterre, leur premier soin fut d'entraîner le roi Frédéric-Guillaume à entrer dans leur alliance, c'est-à-dire de lui faire reprendre la politique de résistance contre Napo-

léon, inaugurée par la déclaration du 2i mai. Le dicton ne se vérifia pas cette fois « qu'il n'y a que le premier pas qui coûte » : il devint bien autrement difficile de faire faire au roi le second pas, bien que l'empereur Alexandre se fiït personnellement chargé des négociations avec son voisin de Berlin.

De la part de TAutriclie, les négociations furent conduites par le comle de Jletternicli, que l'Europe connut [)lus tard comme priuce et chancelier de la monarchie autrichienne. Ce diplomate qui fit à Berlin ses débuts dans la grande politique européenne a laissé dans ses Mémoires des renseignements précis et pleins d'intérêt sur les hommes et les choses dans la capitale de la Prusse. Il y avait à Berlin deux partis, l'un contraire à une prise d'armes contre la

France, l'autrelademandant avec ardeur et y poussant. Le parti français, comme on l'appelait, était représenté par le premier ministre, le comte de Haugwitz et M. Lombard, ce dernier, conseiller du cabinet du roi et exerçant une grande influence sur son maître. L'autre parti, parti patriote prussien, se groupait autour du prince Louis-Ferdinand, cousin du roi, et autour de la reine Louise, elle-même. De ce parti était naturellement le corps d'officiers de Tarmée. Cette armée ellemême, d'après les témoignages des hommes com-

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pélents, était singulièrement déchue depuis la mort de Frédéric H. « On peut assurer avec certitude, écrit Metlernich, que l'état militaire (de la Prusse) est tellement déchu de son ancienne hauteur, et a tant perdu de son ancienne considération, ([ue la première guerre dans laquelle la Prusse se trouverait entraînée, peut-être malgré elle, lui prouverait qu'elle a reculé d'autant que ses voisins ont acquis de force réelle et d'expérience. »

Quoi qu'il en soit, l'Autriche et la Russie ne dédaignaient pas le concours de cette armée dont elles avaient une si pauvre opinion. Mais, pour arriver à leurs Uns, elles avaient à hillcr contre de puissantes inOuences. Et d'abord contre le roi Frédéric-Guillaume lui-même.

Le roi, dont la figure historique est faite depuis longtemps, était une nature timorée et irrésolue. Ceux qui l'approchaient d'assez près et pouvaient le juger sans ménagements, comme le ministre d'Autriche, disaient que sa conduite était déterminée, en premier lieu, par la peur de ses deux voisins redoutables : la France de Napoléon et la Russie d'Alexandre. Mais comme, à l'égard de ce dernier, s'associaient à la crainte aussi des sentiments d'alTection, il était naturel que le cabinet de Vienne comptât surtout sur l'intervention personnelle du tsar pour gagner

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la Prusse à la coalition. C'est avec une insigne mauvaise humeur que Metlernicli constate « rattachement sans bornes du roi pour tous les gouvernements français que la Révolution a enfantés, quoique diamétralement opposés aux sentiments personnels de ce souverain ». Les hommes qui confirmaient le roi dans cette ligne de conduite, étaient, comme nous venons de le dire, le ministre Ilaugwilz, ainsi que Lombard et Beyme, conseillers du cabinet, « liés d'intérêts ». C'est qu'aux yeux de ro[)inion publique et surtout de la diplomatie étrangère, ils passaient pour ùlre vendus au gouvernement français. « C'est cet homme, a écrit Melternich, en parhmt de Lombard avec une véritable haine. Tune des sources premières des maux qui affligent l'Europe, l'être sans contredit le plus dévoué aux intérêts de la France, salarié par elle et ne pouvant plus être acheté par personne, parce qu'elle paye tous ses services autant et plus que tout autre ne pourrait le faire, qui forme l'entrave la plus directe à notre réunion avec la Prusse. » Le roi accueillera avec empressement les propositions de l'Autriche et de la Russie, mais c'est Lombard qui les fera échouer. C'est Lombard que le tsar devrait tâcher d'éloigner, u il est placé comme une vedette de Bonaparte » pour entraver toute entente et, ce qui est pis, pour le mettre au fait de tout ce qui se pré-

pare. Et c'est là justement ce qui rendait le roi si rétif, non seulement à toute coalition, mais à toute négociation visant Napoléon et pouvant lui

être trahie.

A cette époque, Alexandre V' était dominé par la haine contre Napoléon, comme il devait l'être deux ans plus tard par le sentiment tout contraire. 11 voulait l'emporter à Berlin et sur-lechamp, sans désemparer. Avec sa vivacité habituelle, il résolut de frapper un grand coup, en procédant par la menace. Ce fut en vain que non seulement les Autrichiens, mais les partisans les plus décidés, à Berlin, de l'alliance russe, avaient averti le tsar, en lui faisant remarquer que la pression \iolente manquerait absolument son but chez le roi. Alexandre, cédant à sa fougue, envoya à Berlin le général Wintzingerode pour déclarer au roi que l'empereur ne pouvait plus soufl'rir la neutralité dans laquelle le gouvernement prussien se renfermait. L'empereur, disait, son envoyé, aime personnellementleroi ;maisce sentiment n'influera jamais sur sa manière de voir. Dans sa lettre au roi, Alexandre lui annonça son dessein de faire passer un corps d'armée russe par la Prusse pour aller se joindre à l'armée autrichienne ; en même temps, il proposa au roi une entrevue. Cette lettre jeta de Teffroi dans l'esprit de Frédéric-Guillaume, mais ne le déter-

mina point. Il donne ordre de mobiliser Farmée prussienne, sans dissimuler son intention de faire marcher ses troupes contre quiconque violerait son territoire. Le roi résolut, toutefois, de négocier avec le tsar, en allant à son rendez-vous, et avec l'empereur d'Autriche, en lui envoyant M. de llaugwilz. Ce fut en vain qu'on l'assurait que ces négociations ne mèneraient à rien, l'Autriche et la liussie étant résolues à agir de concert; on lui lit entrevoir, sans lui en CiUiiniuniquer la teneur, l'existence du traité d'alliance du 6 novembre, llien n'y lit. Le bruit, erroné d'ailleurs, de l'entrée des troupes russes en Prusse courait à Berlin : le roi déclara que ce serait le signal de la guerre.

Les négociations semblaient ainsi sur le point de se rum[)re, lorsqu'un événement grave se produisit. De même (juc l'exécution du duc d'Enghien avait amené le roi à céder aux instances du tsar pour signer la déclaration du 24 mai, de même un autre acte de àXapoléon jeta Frédéric-Guillaimie dans les bras de la Russie et de l'Autriche. Au moment où le roi l'ut sur le point de défendre sa neutralité contre un acte de violence projeté par l'empereur de lUissie, il se trouva tout à coup obligé de la défendre contre un acte de violation de son territoire accompli par jNapoléon. Le 3 novembre, on apprit à Berlin

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que les troupes françaises, en vue de prendre l'armée autrichienne par derrière, avaient forcé le passage du territoire prussien d'Anspach. Ayant été mandé auprès du baron de Ilardenberg, le ministre de Russie rapporte, au sujet de cette audience, que celui-ci, partisan de l'alliance russe, en le recevant, l'embrassa avec effusion, en lui disant : « Dieu est venu à votre secours. » En effet, au reçu de la grave nouvelle, le roi, sous le coup de la plus vive irritation, fit porter au tsar une lettre par laquelle il lui annonça qu'il se regardait comme libre de ses engagements envers Napoléon ; en même temps il déclara ne plus s'opposer au passage des troupes russes qu'il désirait voir rejoindre l'armée autrichienne par la route la plus courte. Ce fut un point de gagné par les Russes. Mais cela ne pouvait leur suffire. H fallait déterminer le roi à entrer dans l'alliance russe-autrichienne, à prendre position contre la France. Alors les tergiversations de la cour de Berlin reprirent de plus belle. De nouveau, les deux partis, russe et français, se disputèrent l'oreille du souverain qui, retiré dans sa ferme de Paretz, près de Potsdam, y subit l'influence de ses secrétaires. Lombard et Beyme, partisans de la France. L'exaspération des diplomates autrichiens et russes, des ministres Hardenberg et Schulenburg,du duc de Brunswick, du maréchal

MoellondoilT, fut au comble. « Lombard, écrit Melternich, a ou l'impudence de passer toute la soirée du jour où Ton apprit ici l'entrée des Français dans le pays d'Anspacli, avec MM. de Laforest et Duroc, » et Beyme, quinze jours auparavant, dans un diner, répondant à une objection sur lu puissance colossale de Napoléon, avait dit « ne pas savoir quel mal il y aurait, si Napoléon établissait un de ses frères à Vienne ». « Rien n'arrive jusqu'au roi que ces deux hommes n'étoulTent dans son germe. » llardenberg avait porté plainte au roi sur Lombard en disant que « la conviction générale était qu'il était vendu à la France ». Le roi avait accueilli ce propos avec humeur en disant « qu'il savait mieux ce qui en était ».

La patience de ces diplomates fut mise à une rude épreuve. Ils pressèrent le roi de se déclarer, attendu que les opérations militaires ne pouvaient plus être dilïérées. Au lieu de s'engager et de donner l'ordre à ses troupes de marcher, il parlait de médiation, de propositions de paix qu'il allait faire porter k Napoléon.

Cette situation ambiguë se serait probablement prolongée beaucoup sans l'arrivée de l'empereur Alexandre qui vint à Berlin le 29 octobre prendre la direction des négociations, avec Metternich comme auxiliaire. « Le sauveur de l'Europe »,

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comme le haranguait le ministre autrichien, par son charme, son amabilité, fascina la cour de Berlin. 11 en connaissait à fond tous les personnages, depuis la reine Louise, u plus courageuse » qu'il ne croyait, jusqu'aux secrétaires Lombard et Beyme, les hôtes noires du parti russe et de Metternich, dénonçant le premier comme «jacobin français » et le second comme « jacobin allemand ».

Berlin, à cette époque, fut entièrement russe et salua le tsar avec enthousiasme. Toute la cour se rendit le soir au spectacle où l'on donna l'opéra Armide avec ses ballets. L'arrivée de l'empereur fut marquée pardes fanfares et descris enthousiastes de: « Vive l'Empereur! »etde «Vive le Roi ! » — « La présence de l'empereur, écrit Metternich, a, en général, produit ici sur le public une sensation difficile à dépeindre, et MM. les Envoyés de France et de Bavière, qui se trouvaient dans une loge, auront de la peine à y puiser les éléments de rapports flatteurs. »

L'ascendant d'Alexandre fit enfin pencher la balance du côté de la coalition ; Alexandre obtint tout ce qu'un prince aussi irrésolu, aussi peu belliqueux comme Frédéric-Guillaume, était capable d'accorder pour rompre avec un homme comme Napoléon. Le 3 novembre fut signé à Potsdam un traité d'alliance entre la Prusse et la

Russie, et le 4 un traité d'accession fut signé entre l'Autriche et la Russie. Par le traité de Potsdam, le roi de Prusse se chargeait de la médiation armée entre les puissances belligérantes, médiation toutefois qui, si elle n'aboutissait pas, serait suivie de la participation de la Prusse à la guerre contre la France. Par un article secret, la Prusse élait confirmée dans la possession du Hanovre mais avec obligation d'en obtenirlacession par rAngloterre. A cette fin, la Russie lui promettait ses bons offices. En somme et eu égard à la rédaction assez vague des divers articles, la Prusse n'entrait pas encore en plein dans la coalition. Mais, comme écrivit Metternich, c'était « le nec plus uUra de ce qu'il était possible d'atteindre ». <( Sans l'empereur Alexandre, disait encore le ministre autrichien, la Prusse n'était plus entraînable. »

Alexandre considérait comme plus important que ne le jugeait Metternich, le résultat obtenu. S'il avait exercé son charme sur la cour, lui-même était sous le charme des grâces de la reine, et toute la sentimentalité dont il était rempli à ce moment, se fit librement jour. Dans la nuit du H au 4 novembre, à la veille de son départ, le tsar, sur son désir et accompagné du roi et de la reine, alla visiter le tombeau du grand Frédéric, dans l'église de la garnison de Potsdam. D'après des

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témoignages certains, l'empereur, après avoir baise le cercueil, tendit les mains au couple royal, en signe de serment éternel d'amitié.

Et cependant, en dépit de ces belles manifestations, Frédéric-Guillaume n'était pas encore gagné à ses nouveaux alliés ; il avait signé le traité, dans l'espoir que Napoléon accepterait sa médiation. Pour l'y persuader, le roi envoya llaugwitz, qui l'en avait sollicité, au quartier général français, llaugwitz, toujours contraire à l'alliance austro-russe, trouva moyen, sous différents prétextes, de retarder son départ ; il voulait attendre que le sort des batailles eut décidé. Les armées de Napoléon se trouvèrent en présence de celles d'Alexandre et de François. Dans l'armée russe on poussait à la bataille ; les officiers étaient impatients de se mesurer avec un ennemi qu'ils estimaient inférieur magré ses nombreux et glorieux succès remportés sur l'Autriche. Ce fut en vain que celle-ci s'efforçait de retenir Alexandre qui, entraîné par les llattories et les objurgations de son entourage, brûlait d'envie de livrer bataille. A ce moment encore, Napoléon essaya de négocier : ses ouvertures furent interprétées par les Russes, dans leur infatuation, comme un indice que les Français craignaient la bataille. C'est ainsi que s'engagea la bataille d'Austerlitz qui aboutit à la défaite formidable

des Russes. Ilaugwitz, qui avait sollicité sa mission auprès de Napoléon, avec l'intention de ne pas réussir, eut pleine satisfaction. L'empereur le renvoya du quartier général de Briinn à Vienne, où il ne lui resta plus qu'à saluer le vainqueur et à garder le projet de médiation prussienne en poche. L'ultimatum prussien, conformément au traité de Polsdam, portait que, si les armées françaises ne s'arrêtaient pas, l'armée prussienne se joindrait sur-le-champ à celle des deux alliés. La remise non effectuée de cet ultimatum constituait la Prusse défaillante à ses engagements. Vaincue par Napoléon, rAutriche, par le traité de Presbourg, fut forcée de se séparer de la Russie. Alexandre dut subir les conditions assez humiliantes sous lesquelles Napoléon permit la retraite de l'armée russe. IIaug>vitz substitua à son ultimatum des félicitations dont Napoléon lui demandait ironiquement l'adresse. Justement exaspéré au sujet du traité de Potsdam, il apostropha durement le diplomate prussien et ne méuagea pas le roi qui, disait-il, voulait être l'ami de tout le monde. « Je veux de la sincérité, s'écria-t-il, ou je me sépare de vous. » Alternant entre la menace et la tentation, il finit par imposer à Ilaugwitz, nullement autorisé à cet effet, un traité d'alliance et de garantie par lequel la Prusse consentait à des cessions de territoires à

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la France et à la Bavière, pour recevoir, comme compensation, le dangereux cadeau du Hanovre et s'attirer ainsi l'inimitié de l'Angleterre. Tout cela au moment où le parti de la guerre à Berlin avait eu le dessus et se disposait à venir au secours de la Russie. Les nouvelles d'Austerlitz et de Schoenbrunn y jetèrent la consternation : mais il fallait plier. Le roi ratifia le traité signé par Ilaugwitz. Il y eut à ce sujet de vives altercations entre ce dernier et llardenberg qui lui reprocha d'avoir signé une capitulation dictée par Napoléon. Quant au roi, il échangeait des lettres pleines de bons sentiments avec Alexandre qui, en dépit de la défection prussienne, ne rompit pas ses relations d'amitié si solennellement scellées dans la nuit du l] au 4 novembre. Le Tsar jugeait avec raison que, la Prusse abattue, ce serait le tour de la Russie de sentir le bras de Napoléon. Et le cabinet de Berlin continua ses errements passés, en évitant d'avouer franchement ses alliances. N'osant pas jeter le gant à l'Angleterre, il déclara, dans un manifeste, que jusqu'à la conclusion de la paix générale, la Prusse prenait en main l'administration de ce Hanovre dont elle avait, en réalité, accepté la possession des mains de Napoléon. Celui-ci fut irrité du procédé au dernier degré. Les diplomates russes eux-mêmes perdirent courage devant

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tant (le faiblesse et de manque de franchise. « Le moment viendra, écrit de Berlin le ministre de Russie, oh Talliance prussienne nous sera moins utile qu'onéreuse. » Le diplomate russe prédit la guerre d'Allemands à Allemands, allumée par Napoléon qui linira par subjuguer le nord comme le sud. Celle éventualité pouvait bienélre prévue par un observateur sagace. Les Allemands de cette époque constatèrent eux-mêmes l'absence de patriotisme allemand. « Jl n'y a plus d'Allemagne, lit-on dans le Journal de Mayence, l'Allemagne a vécu. » C'est que pour les princes la patrie était renfermée dans les limites de leurs Etats respectifs; un l^lecteur de Bavière, menacé par l'Autriche, tirait l'épée pour sa patrie bavaroise, et Napoléon, son allié, devenait le libérateur de cette patrie.

Le chaos régnait à la cour et dans les conseils du roi de l*russe. La diplomatie russe en sait raconter dans ses dé(>éches. Un premier ministre, Jlardenberg, qui n'a aucune inlîuence et avec lequel le minisire de France refuse de traiter. Un second ministre, Ilaugwitz, « dans lequel on ne sait ce qui l'emporte, de la fausseté ou de la faiblesse » et qui signe, sans l'autorisation du roi, un traité en violation des engagements solennels de Polsdam. La Russie devra donc être sur ses gardes contre un pareil ami. Le duc de

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Brunswick, autre ami de la Russie, fait au ministre de France des excuses au sujet de ses voyages à Saint-Pétersbourg. Le reine tient pour llardenberg, qui veut s'en aller, et écrit à Alexandre pour qu'il intervienne auprès du roi en faveur de ce ministre. Elle donnerait volontiers 1000 louis d'or pour être débarrassée de « l'odieux Lombard », l'homme de Napoléon. Celui-ci, en attendant, a encore à régler un comple avec la Prusse, dont l'attitude, au sujet du Hanovre, l'a exaspéré. Le cabinet de Berlin se décida à envoyer Haugwitz à Paris pour régler celle affaire : Napoléon l'accueillit fort mal. « Votre roi ne sait pas ce qu'il veut, dit-il, quelques insensés le poHSsent à la guerre, cela finira mal. » Et finalement, il imposa, avec menace de guerre, à la Prusse un nouveau traité, bien moins favorable pour celle-ci que celui de Schœnbrunn et qui établissait la Prusse en état de guerre contre T Angleterre. Haugwitz signa le 15 février 1806.

Cette fois, llardenberg insista plus que jamais sur sa démission que le roi n'accepta pas, en lui accordant toutefois un congé illimité. Retiré dans ses terres près de Berlin, il vint souvent à Charlottenbourg où il eut, par l'intermédiaire de la reine, des entrevues secrètes avec le roi. L'objet de ces entretiens fut un mémoire du cabinet russe, exposant les bases d'une entente future

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entre les deux cours. Les dépêches d'Alopéus, ministre de Russie à Berlin, rapportent un détail curieux et qui dépeint bien la situation intime à la cour et dans les conseils de Frédéric- Guillaume. Sachant le secrétaire Lombard acquis à la France et craignant quelque indiscrétion au sujet du mémoire russe, llardenberg et Alopéus rédigèrent un mémoire apocryphe qui, recopié par la femme du ministre de Russie, fut transmis au cabinet du roi et communiqué ainsi à Lombard. Huant à la réponse aux propositions russes, llardenberg la lut au roi dans la maison du duc de Brunswick, après quoi elle fut expédiée à Saint-Pétersbourg. Après plusieurs mois de négociations, le roi de Prusse consentit enfin à une de ces « déclarations » dont on avait pris l'habitude d'adopter Tétiquelte pour les traités, et par laquelle Frédéric-Guillaume proclamait que son récent traité avec Napoléon ne Tobligoait en aucune façon à se joindre à la France pour faire la guerre à la Russie; que le traité d'alliance deFannée 1800 subsistait toujours entre la l^russe et la Russie;on\ promettait la garantie territoriale pour la Turquie, la Russie, le Danemark, la Suède ; on s'engageait à presser l'évacuation de l'Allemagne du Sud par les troupes françaises; enfin,onypromettaitle rétablissement desrelations commerciales. De son coté, la Russie s'engageait

à employer la majeure partie de ses forces à la défense de l'Europe, et toutes celles de l'empire de Russie au maintien de l'indépendance et de l'intégrité des États prussiens. Tous ces engagements devaient être tenus dans le plus profond secret.

Pas plus qu'à Paris, toujours soupçonneux malgré le traité du io février imposé à llaugwitz, on ne se fiait à Saint-Pétersbourg, bien que muni du nouveau traité, à la constance et à la fidélité de la Prusse tant que llaugwitz dirigerait les affaires. Aujourd'hui, disait la diplomatie russe, la Prusse prétend n'avoir transigé qu'à contrecœur avec la France : elle a tenu le même langage sous le règne de l'empereur Paul, pour aboutir toujours à des actes contraires à nos intérêts. Sous l'empire de ces défiances, au lendemain de la déclaration du l'"" juillet et au moment où les hostilités paraissaient devoir éclater entre la France et la Russie, le cabinet russe mit celui de Berlin en demeure de s'expliquer nettement sur ce qu'il comptait faire dans cette éventualité. Les doutes du cabinet russe n'étaient-ils pas justifiés en présence de cette étrange situation grâce à laquelle llardenberg, ministre démissionnaire, avait signé avec la Russie un traité derrière le dos de llaugwitz, ministre dirigeant en réalité? D'un autre côté, les événements se

pressant, la guorrc devant se dérouler sur le territoire prussien, Alexandre ne pouvait pas rester indifférent au danger possible d'une Prusse vaincue, danger pour la Russie en tant que faisant Tempire de Napoléon voisin de la Pologne. Il fallait donc agir à Berlin, éloigner Ilaugwitz et amener au pouvoir les amis de la Russie, c'est-à-dire les partisans de la guerre avec la France. Car c'est à cette guerre que poussait Alexandre, poussé lui-même par une aristocratie qui haïssait la France de la Révolution. Il eut d'ailleurs plus haute opinion que les Autrichiens sur les moyens de l'armée prussienne. On a vu plus haut comment la reine Louise fit intervenir le tsar auprès du roi pour maintenir Ilardenberg au pouvoir. Cette fois encore la reine agit de concert avec Alexandre pour éloigner Haugwitz, que le roi soutenait et qu'il défendait même contre les dénonciations du tsar. La reine pria alors Alexandre d'écrire au roi pour que celuici employât exclusivement Ilardenberg dans les affaires qui se traitaient avec la Russie, et d'écrire dans le même sens et pour le même l)ut au roi d'An«leterro. Dans ses conversations avec le ministre de Russie, afin de mieux dissimuler ses démarches confidentielles auprès du tsar, elle disait le roi entièrement retourné; « ce monstre de Bonaparte, disait-elle, a achevé de se dé-

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voiler, et il ne nous trompera plus »; et elle fit môme l'éloge de Haugwitz, qu'elle signalait, en secret, à l'anima'l version d'Alexandre. C'est que le roi venait de recevoir une nouvelle qui devait le consterner. Ce qui l'avait rattaché encore au système de Xapoléon, c'était racquisition du Hanovre.

« La Prusse sera toujours à celui qui lui assurera la possession du Hanovre », avait très justement écrit le ministre de Russie à Berlin. On peut s'imaginer, dès lors, l'elTet foudroyant qu'avait produit sur le roi une dépèche de son ministre à Paris. Dans un dîner diplomatique, l'andDassadeurd'Angleterre avait dit àsoncollègue de Prusse que Napoléon avait fait promettre la restitution du Hanovre aux Anglais. L'irritation contre Haugwitz avait augmenté dans la population berlinoise et particulièrement chez les officiers. Le roi, à ce moment, pencha pour la guerre. Alexandre insistait sur le renvoi de Haugwitz et surtout sur celui des secrétaires Lombard et Beyme. Ayant appris que ces deux derniers recevaient des subsides du gouvernement français, le tsar fit écrire à Berlin pour que l'on essayât sur eux du mémo moyeu, « puisque ces messieurs sont habitués à être payés ». Tout en étant d'accord sur ce point avec la reine, i] n'adressa au roi la lettre concernant Haugwitz,

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([uo deux mois plus tard, alors que la catastrophe avait déjà foudroyé la Prusse.

Il n'entre pas dans le cadre de notre livre de raconter l'histoire de la guerre de 180G, entre la France et la Prusse. Xous ne parlerons donc de ce iïrand évéuement historique qu'en tant qu'il se rattache aux rapports ultérieurs de la Prusse avec la Russie. Quelque surexcitée que fut l'opinion contre la politique de M. de Jlaugwitz et des deux secrétaires de cahinet qui jusque-là avaient iniluencé les décisions de Frédéric-Guillaume dans le sens d'une neutralité toujours favorable à Napoléon, la masse de la population, dans la capitale même, n'était pas bien enthousiaste pour la guerre. Ce furent la reine, le prince Louis-Ferdinand, et surtout les jeunes officiers de la garde qui donnèrent l'impulsion et finirent par entraîner le public. Le roi s'estimait oiïensé par Napoléon qui promettait aux Anglais la restitution du Hanovre, aux Russes une partie de la Pologne prussienne. Les esprits faibles, après avoir subi longtemps et sans broncher des humiliations sanglantes, s'emportent tout à coup pour quelque injure moins grave et en moment inopportun. Ce fut là le cas du roi Frédéric- Guillaume. Cédant à un premier mouvement de colère, il ordonna la mobilisation de l'armée ; mais, quelques jours après, il semblait déjà re-

gretter cette grave résolution. Il n'envisageait pas sans crainte les éventualités possibles, et ne dissimulait pas ses doutes à l'égard de l'invincibilité dont se targuaient tant de militaires qui se croyaient encore au temps où le grand Frédéric conduisait Tarmée. Dès les premiers jours il constata un grand désordre dans la direction des opérations et s'en exprima avec amertume. « On prétend, disait-il, que j'étais trop jeune et n'y comprenais rien. Cela ne marchera pas bien. Je désire avoir tort. » En réalité, l'enthousiasme public n'était qu'un écho des démonstrations bruyantes des officiers. Quelques journaux soufflaient le feu; dans les théâtres le public, pendant les représentations des drames de Schiller, Jeanne d'Arc et Wallensteln, soulignait les passages s'adaptant à la situation. Jamais, disaient les gazettes, le pied de l'ennemi n'avait foulé le sol des vieux Germains. On eut le spectacle de ces manifestations exaltées et tumultueuses, produit d'une opinionabandonnée auxplus folles illusions, et qui grisent les foules. Plus tard, l'histoire a de la peine à distinguer ceux qui entraînent de ceux qui ont été entraînés. Ce qui est certain, c'est qu'à ce moment décisif pour la monarchie prussienne, les jeunes officiers donnaient le ton. Leurs bravades rappelaient celles des officiers russes à la veille d'iVusterlitz, si dédaigneux pour

l'armée de Napoléon. En poussant le roi à la guerre, s'étaient-ils préoccupés des alliés qui pouvaient Tassislcr dans celle redoutable entreprise? Nullemcnl. Le fait est que la Prusse n'en

avait pas.

L'Autriche se souvint que la Prusse avait signé le traité de Sclioenbrunn après celui de Polsdam. L'Ânglclerre, bien qu'clieeùl le Hanovre sur le cœur, voulait négocier au dernier moment : elle no réussit même pas îièlre entendue. Les pcUls princes allemands craignaient la colère el la vengeance do Napoléon. Quant au tsar qui avait le plus slimulé l'urdour belliqueuse de ses amis de Berlin, il fui tout feu, tout sonlimenl, il promit tout, argent, troupes; tout, disait-il, est à la disposition du roi, sans qu'il soit l)esoin de stipuler des conditions. Il fut moins prompt à réaliser ces promesses. Il mobilisa son armée, mais tardivement el lorsque le combat entre Français et Prussiens était déjà engagé sur loulo la ligne. Peut-être ponsa-l-il - l'histoire de nos jours présente des exemples analogues -que ses amis ne seraient pas si promptemenl anéantis.

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