‹ L'Allemagne et la Russie [microform]. Origines de leurs rapportsChapitre 9 sur 25 · FRÉDÉRIC 1". — FRÉDÉRIC-GUILLAUME I · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC 1". — FRÉDÉRIC-GUILLAUME I

accepté par Pierre, non cependant sans avoir obtenu de celui-ci, des lettres reversales portant que la reconnaissance de son nouveau titre « n'impliquerait aucune diminution du propre honneur ni du propre rang du roi de Prusse ». Frédéric-Guillaume, tout à fait gagné à l'alliance avec le puissant voisin, chercha à resserrer ces liens politiques par quelque union matrimoniale. La princesse Anna, nièce de Pierre et mariée au duc de Courlande, étant devenue veuve, le roi, en vue d'assurer à sa maison la succession en Courlande, proposa à l'empereur son cousin, le margrave Frédéric-Guillaume. Pierre accepta et signa même une convention préliminaire à ce sujet. Mais, ce projet ne se réalisa point. Chaque partie se mit à rélléchir. Il se trouvait, en effet, qu'aucun des personnages intéressés ne tenait bien fort à ce projet matrimonial. Le jeune margrave, le premier, le goûta peu; le roi de Prusse n'en voulait que pour l'époque oii la couronne ducale de la Courlande serait bien assurée sur la tète de son cousin ; quant au tsar, il reculait devant la somme considérable que le roi demandait en dot pour la future mariée. Finalement, le projet fut abandonné. Enrevanche, un autre mariage, d'une grande portée politique, se conclut, en 1724, entre la princesse Anna, fille dutsar, elle duc Charles-Frédéric de Holstein. Par

cette union, le sang allemand entra dans la famille Romanoff; et, après Textinction de la branche masculine de cette dernière, ce fut la maison de Holstein qui donnait à la Russie ses souverains, tous mariés à des princesses allemandes.

En somme, les relations entre Frédéric-Guillaume et Pierre restèrent bonnes jusqu'à la mort de ce dernier. Le roi ne craignait rien autant qu'un rapprochement de la France avec la Russie ; il entrevoyait, comme depuis lors ses successeurs l'ont entrevu, le rôle que la Russie serait appelée à jouer dans l'éventualité d'une guerre entre la France et la Prusse. Sa politique était flottante; mais, en dernier lieu, c'est toujours la Russie qui l'emportait dans ses résolutions. Il ne cessait d'affirmer à l'ambassadeur du tsar que tout en ayant fait la paix avec l'empereur d'Allemagne il n'avait aucune confiance enlui, qu'il en pensait de même du roi de Pologne, enfin qu'il n'entrerait jamais dans une combinaison hostile à la Russie. Il ne se plaignit m3m3 pas — et cette résignation devait lui coûter — de ce que le tsar avait rappalé les soldats géants pour les remplacer par des hommes de taille inférieure. Les moindres symptômes de rapprochement entre la Russie et la France, entre la Russie et l'Autriche l'inquiétaient et le troublaient, plus même que les circonstances ne justifiaient ses appréhensions.

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Car trop d'intérêts étaient communs aux deux États : avant tout les affaires de Pologne qui furent constamment l'objet de pourparlers. Les projets de partage planaient déjà en l'air à cette époque.

A la nouvelle de la mort de Pierre, le roi Frédéric-Guillaume fondit en larmes ; il avait perdu, disait-il, « son ami le plus cher ». Il ordonnait que son ambassadeur en Russie se comportât comme si le roi de Prusse venait de mourir. La Prusse et la Russie, alliées sous le règne de Pierre, « faisaient bonne figure », disait-il encore, en s'empressant de proposer à Catherine r*" de conclure un nouveau traité d'alliance, offre acceptée par la Tsarine et qui se réalisa quelques mois après son avènement. Les mêmes relations amicales marquèrent les premières années du règne de l'impératrice Anna. Un. traité conclu en 1730 confirme tous les traités antérieurs : ce furent toujours les mêmes promesses de rester unis et alliés, de traiter les intérêts de l'autre comme les siens propres. Mais, lorsqu'on arriva au fait, l'accord faisait défaut. Chacun nourrissait des désirs qui ne convenaient pas à l'autre partie. Anna voulait un Polonais pour le trône de Pologne : Frédéric- Guillaume tenait pour l'Electeur de Saxe, pour ne vouloir plus tard ni de l'un ni de l'autre. Alors

la Russie, d'accord avec l'Autriche, proposait un prince de Portugal, puis de nouveau l'Électeur de Saxe, que le roi repoussait absolument. C'est que le roi désirait le trône de Courlande pour son second fils : mais la Russie et rAutriche s'opposèrent à cet agrandissement de leur voisin. Enfin, cette grosse aiïaire du trône de Pologne désunit complètement le roi et la tsarine qui depuis longtemps s'était rapprochée de l'Autriche. La Russie soutenait la candidature de Stanislas Leszynski, appuyée par la France. Frédéric-Guillaume ne voulait pas se laisser entraîner dans une guerre avec cette puissance, guerre où il craignait être abandonné par la Russie et l'Autriche. Il ne voulait pas, déclarait-il, guerroyer à la fois contre la Pologne et la France. Il persévéra, jusqu'à sa mort, dans cette attitude indécise, ne voulant ni soutenir la politique russe en Pologne, ni rompre son alliance avec la Russie. Le maintien de celte alliance fut pour lui un axiome. Avant sa fm il recommandait, ainsi que le porte une dépèche de l'envoyé russe à Berlin, à son fils et à ses ministres, de maintenir constamment les rapports d'amitié et d'alliance avec la Russie : recommandation qui a été renouvelée depuis lors, comme on le verra par la suite, par tous les successeurs de Frédéric- Guillaume P^

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